Fiction: Visions d'un Dieu Endormi

Pour Tenten, une mission banale au Pays du Vent va prendre des proportions épiques qui vont la plonger, elle et l'équipe chargée de la retrouver, au cœur d'une machination qui pourrait bien menacer le monde entier. Car les fidèles du Dieu à la Main Sanglante, Jashin, ont décidé de réveiller le Dieu Endormi…
Classé: -16I | Action/Aventure / Horreur / Spirituel | Mots: 125927 | Comments: 38 | Favs: 35
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Kris'ter (Masculin), le 11/11/2011
Quelques grandes erreurs particulièrement stupides :

"Et si nous invitions Hajime Kindaichi pour notre garden party dans notre maison de campagne isolée de tout ?"
- l'assassin dans «Les Enquêtes de Kindaichi»

"Nous allons construire une autre Étoile Noire, encore plus puissante que la précédente."
- l'Empereur, peu avant le «Retour du Jedi»

"Garder prisonnier six Genins et un Chuunin ? Pas un problème."
- Mitsumasa, chef de la secte de Jashin installé à Konoha




Chapitre 21: Point de Non-Retour




Sous le couvert de la nuit, les longs navires glissèrent jusqu'aux rivages du Pays du Feu, leurs coques frottant contre le sable de la plage dans une série de sifflements discrets. Les soldats de Commoragh lâchèrent tous les rames, abandonnant leurs rôles de marins pour celui de pillards. Des dizaines d'hommes et de femmes sautèrent des ponts et commencèrent à préparer leurs armes. Le Dynaste qui les commandait, un homme immense, leur fit signe de s'approcher pour qu'il n'ait pas à crier ses ordres. Son autorité était telle que tous ceux autour de lui obéirent aussitôt sans poser de question. Tous ces Pillards étaient pleins d'énergie, impatients de se mettre en action malgré les longues heures qu'ils avaient passées en mer à ramer. Ils étaient tous prêts à se battre.

"Je suis Ryôga, et je parle au nom du Centurion Xyshrenth lui-même." dit-il en maîtrisant avec difficulté sa propre soif de violence et de sang. "Rangez vos armes, notre commandant exige que nous établissions une tête de pont solide ici avant de lancer notre assaut au nord-ouest sur ce que les gens d'ici osent appeler une ville. Nous ne sommes que la première vague, beaucoup d'autres doivent suivre et cette plage sera notre point de ralliement une fois que nous seront fortement implantés. Vous avez tous été choisis pour votre férocité et votre talent au combat et je n'ai pas l'intention de laisser quoi que ce soit à la seconde vague." Souriant, il continua, "Quand ils arriveront, il ne leur restera plus qu'à nous aider à compter notre butin."

Des rires nerveux éclatèrent dans l'assemblée.

"Koketsu !" siffla Ryôga.

"Oui, chef ?" répondit le quartier-maître en s'avançant.

"Le soleil ne se lèvera pas avant encore au moins trois heures. Je veux attaquer la ville avant que ses habitants n'aient la chance de voir les lueurs de l'aurore. Tu as deux heures pour établir le camp." L'air mauvais, il ajouta, "Ne me déçois pas, ou tu seras le premier à mourir aujourd'hui."

"Il sera fait selon vos désirs." répondit calmement Koketsu.

Tandis que ses hommes repartaient pour se mettre au travail, Ryôga claqua des doigts et une petite flamme apparut dans le creux de sa main. Se servant de ce petit feu fragile qui dansait dans le vent comme d'une lampe de fortune, il se pencha sur la carte que les éclaireurs avaient tracée pour lui. Compte tenu de la configuration du terrain autour de la ville, un assaut frontal lui semblait être la meilleure stratégie. Ses hommes étaient certes moins nombreux que les villageois mais ils étaient mieux équipés et mieux entraînés que les paysans qu'ils allaient massacrer.

Sans oublier qu'il pourrait toujours faire en sorte que leurs maisons prennent mystérieusement feu pour faire diversion avant de lancer l'attaque. Satisfait de la façon dont les choses se présentaient, il ferma le poing, étouffant la petite flamme qui s'éteignit en sifflant…



La cloche de l'Auberge du Roi des Forêts qui sonna à toute volée vint saluer la naissance du jour.

"Debout tout le monde ! Debout ! Le jour vient de se lever ! Debout, bonnes gens !"

Tandis que la voix du sympathique aubergiste résonnait dans tout le bâtiment, les ninjas rassemblèrent leur équipement. Ce sommeil réparateur, couplé à un bon petit-déjeuner, leur avait fait le plus grand bien et c'est avec entrain qu'ils se remirent en route pour Konoha. Le sommet des arbres disparaissait dans la brume matinale mais le soleil ne tarda pas à percer, inondant la forêt de lumière dorée. Le temps passa vite et agréablement, la haute voute feuillue des grands arbres nimbait d'une éblouissante mosaïque d'ombre et de lumière la route qui déroulait en serpentant entre deux murs d'une végétation touffue nuancée de vert, de brun et de gris.

Les ninjas tournèrent à droite sur un petit chemin afin d'éviter de rester sur la grande route. À mesure qu'ils progressaient cependant, le chemin devenait peu à peu plus difficile et plus accidentée : de jeunes plants d'arbres et de petits buissons étaient parvenus, par endroits, à coloniser sa surface rocailleuse tandis que, de chaque côté, leurs aînés étendaient leurs branches et leur feuillage de façon de plus en plus envahissante. Mais un peu plus loin, la forêt et le tunnel végétal prenaient subitement fin au bord d'une vallée abrupte ou la route, désormais à découvert, descendait, sinueuse, pour rejoindre un torrent aux flots rapides.

Suivant le chemin escarpé, les ninjas arrivèrent bientôt au fond de la vallée, à proximité d'une grappe de cabanes en rondins délabrée. La pourriture et la rouille avaient largement envahi les lieux mais Temari pouvait encore reconnaitre dans ces ruines les restes d'un ancien établissement minier où les hommes s'échinaient à laver la boue et le gravier à la recherche de pépite d'or. Une pancarte vermoulue et à demi déclouée se balançait en grinçant au-dessus d'une porte défoncée, sa peinture était défraîchie et craquelée mais l'inscription qu'elle portait était encore à peu près lisible : Mine de Doro.

Alors qu'ils passaient le gué, Sakura remarqua le reflet à peine visible d'un rayon de soleil sur une pièce de métal ternie, et l'ombre fugitive d'une silhouette glissant derrière l'encadrement d'une porte lui fit penser que les anciens baraquements enveloppés de silence n'étaient peut-être pas aussi désert qu'ils le paraissaient. Elle n'eut pas le temps de prévenir ses compagnons car un cri rauque rompit soudain cette tranquillité trompeuse et une volée de flèches fendit l'air avec un sifflement sinistre.

Les ninjas parvinrent à éviter ou dévier la plupart des projectiles aux pointes acérées, mais quelques-uns arrivèrent néanmoins à les toucher, leur labourant cruellement les membres. Sans leur laisser le temps de se remettre, leurs assaillants - une dizaine de bandits à l'allure patibulaire - jaillirent de la cabane la plus proche pour se ruer sur le groupe. Certains d'entre eux encochaient déjà une nouvelle flèche à leur arc tout en courant.

Tenten ne perdit pas un instant, avec une rapidité foudroyante elle lança un kunai sur un des bandits qui levait son arc pour tirer à nouveau. La lame le frappa en pleine gorge avant qu'il n'ait pu achever son geste et, fauché en plein course, il culbuta - mort - sur le sol. Mais il en fallait plus pour décourager ses camarades qui se précipitaient sur les ninjas comme une meute de chiens enragés en faisant tournoyer leurs épées et leurs haches. Trois des bandits restés quelque peu en retrait décochèrent rageusement leurs flèches en pleine course, mais leurs tirs étaient imprécis et la plupart allèrent se perdre dans l'eau sans toucher les ninjas - sauf une.

Le combat qui suivit fut aussi rapide que brutal, le groupe faisant aux bandits une meurtrière démonstration de leurs talents de ninjas. Décontenancés par la tournure inattendue des événements et effarés par les redoutables talents de combattant de leurs «victimes», les brigands ne tardèrent pas à reculer devant le foudroyant enchainement de coups implacables qui les fauchaient les uns après les autres et les survivants finirent par fuir sans demander leur reste, laissant sept de leurs comparses raides morts.

Ces bandits de grands chemins n'avaient sans aucun doute pas vraiment réalisé à qui ils allaient s'attaquer. Cependant, une des flèches à l'empennage noir avait atteint son but et était fiché dans le ventre de Shikamaru ! La blessure saignait et semblait sérieuse. Il fallait retirer la flèche sans attendre, mais la pointe de celle-ci était barbelée, de sorte qu'elle déchirerait la peau du manipulateur d'ombre s’ils essayaient de la dégager en tirant dessus.

En fait, il n'y avait qu'une seule solution : pousser.

Shikamaru blêmit mais il n'y avait pas vraiment d'autre choix. Lee posa sa main sur l'épaule du manipulateur d'ombre et assura de l'autre sa prise sur la hampe de la flèche. Sans plus attendre, il poussa fortement, enfonçant la pointe dans sa chair. Shikamaru grimaça de douleur mais ne laissa pas échapper un seul cri alors que du sang se mettait à couler abondamment de la blessure. Le Fauve de Jade continua à pousser et la vicieuse pointe barbelée sortit par son dos. D'un geste vif, Lee poussa le reste du projectile, saisissant la pointe et faisant coulisser la flèche dans la blessure. Shikamaru s'évanouit brièvement et Sakura soigna ses blessures pendant ce temps.

• Il est plus costaud qu'il en a l'air. • pensa Temari qui était resté à l'écart, dissimulant habilement son inquiétude pour le manipulateur d'ombre.

Lorsqu'il se réveilla, il geignit de douleur, tâtant l'endroit avec son doigt. Après avoir remercié Lee et Sakura, il se remit debout et le groupe reprit la route. Malgré la douleur causée par sa blessure, Shikamaru gravit stoïquement la pente raide du sentier qui s'échappait de la vallée pour rejoindre la crête en haut de laquelle la dense forêt reprenait ses droits. Les rangs serrés d'arbres et la masse touffue de fourrés formaient un enchevêtrement si compact qu'il limitait la visibilité des ninjas à moins de quinze mètres sur les côtés.

Le manipulateur d'ombre était optimiste. Selon lui ils allaient apercevoir les murs du Village Caché de la Feuille d'ici une heure, tout au plus. Mais après s'être enfoncés d'une centaine de mètres dans la forêt, les ninjas se retrouvèrent subitement encerclés par un groupe d'ANBU de Konoha surgit de nul part, armes au clair, dont le chef leur somma d’une voix calme mais ferme de s'arrêter et de s'identifier. Les ninjas obéirent immédiatement et Shikamaru se présenta en effectuant les signes de reconnaissance secrets de Konoha, prouvant par là qu'ils étaient bien des ninjas du Village Caché de la Feuille.

Le chef des ANBU lui rendit ses signes et tout le monde se détendit. Il expliqua aux ninjas que Konoha avait eu à faire face à un flux massif d'espions dernièrement, aussi la Hokage avait-elle décidé d'organiser des équipes d'interception chargés de traquer et, éventuellement, d'éliminer toutes menaces cherchant à s'infiltrer dans le village.

"Et il faut dire qu'avec vos bandeaux rayés, vous aviez l'air suspect." finit par dire le chef du groupe d'ANBU.

"On s'en doute." acquiesça Shikamaru, "Mais c'est une longue histoire."

"Elle, par contre, n'est pas de Konoha." dit l'un des ANBU en désignant Temari.

"Exact." confirma cette dernière, "J'ai un message de la plus haute importance du Kazekage à remettre en mains propres au Hokage."

"On peut le voir ?" demanda le chef en plissant les yeux d'un air suspicieux.

La blonde du désert eut un instant d'hésitation. Et s’il s'agissait de ceux dont lui avait parlé son frère et qui en avaient après le contenu de ce message ? Ceci dit, Shikamaru et les autres avaient l'air plutôt détendu, il n'y avait sans doute pas lieu de s'inquiéter outre mesure.

Le chef réitéra sa question d'une manière plus ferme et Temari sortit le parchemin de sous sa tunique, sans imaginer un seul instant ce qui allait se passer.

Le sceau se mit à vibrer avant de se briser dans un craquement sinistre, le parchemin s'ouvrit de lui même et explosa dans un flash aveuglant, enveloppant tous les ninjas de la zone.

Lorsque la lumière s'éteignit, les six adolescents étaient étendus au sol, inconscient. Les ANBU, eux, étaient toujours débout, ils avaient échappé au pouvoir du message piégé grâce à leurs lentilles spécialement conçues à cet effet.

"J'adore quand un plan se déroule sans accrocs." s'exclama avec un large sourire le chef des faux ANBU.

Un de ses hommes dégaina un kunai et se pencha sur Sakura avec l'intention de la tuer sur le champ, mais son supérieur l'en empêcha. Les ordres de Jisha étaient clair : elle les voulait vivants, et il n'était pas bon de désobéir aux prêtresses de Jashin, à moins bien sûr que l'on ne réjouisse à l'idée de se faire trancher la gorge avec une râpe à fromage1. Le souvenir du calvaire enduré par le dernier membre de la secte à avoir déplu à une prêtresse incita le cultiste à ranger son arme.

Les sectateurs emportèrent les ninjas inconscients sur leurs épaules vers l'endroit où ils seraient retenus jusqu'à ce que Jisha ne décide de la façon dont ils allaient mourir pour ensuite rentrer au plus vite à Konoha avant que quelqu'un puisse remarquer leur absence.



Épuisé, Ryôga mit un genou à terre. Sa sueur se mêlait au sang qui s'écoulait des nombreuses blessures que lui avait infligées les défenseurs. Il était tombé, seul, sur un groupe de villageois qui s'était défendu avec une surprenante opiniâtreté, mais cela n'avait rien changé en fin de compte. Il n'entendit que vaguement les cris et les bruits de pas qui approchaient. Le vacarme du combat avait dû attirer ses hommes.

Au prix d'un énorme effort, le Dynaste parvint à se relever. Les cadavres des villageois qu'il avait tués gisaient autour de lui, pas un seul n'avait survécu à l'affrontement et la vue de ce carnage le revigora. Il prit de profondes inspirations, sa large poitrine se soulevant en rythme. Brandissant son arme sanglante, il poussa un grand cri, offrant les âmes de ses victimes à Jashin.

Ryôga se tourna alors vers ses hommes. Ils hurlaient tous son nom en levant le poing pour le féliciter. L'attaque avait été très fructueuse, prenant les villageois totalement au dépourvu, leur résistance avait été aussi brève que rapidement balayée par les Pillards avides de sang et de trésors. Conformément aux ordres, une fillette avait été épargnée et envoyée sur la route afin qu'elle aille raconter ce qu'elle avait vu, répandant la nouvelle et propageant la peur. Car pour le Centurion Xyshrenth, la terreur était un outil tout aussi efficace qu'un kunai pour écraser son adversaire.

Abandonnant les ruines fumantes du village que ses hommes étaient en train de finir de mettre à sac, Ryôga se dirigea vers le campement qu'ils avaient établis avant l'aube, dépassant une colonne de prisonniers destinés à une vie d'esclavage. Tous avaient l'échine courbée et leurs visages arboraient une expression de triste résignation qui arracha au Dynaste un rire sadique. Ceux qui n'étaient pas morts en combattant allaient bientôt regretter de ne pas l'être.



Dans son bureau, Gaara se servit un verre de sirop de fraise qu'il vida d'un trait. Il avait découvert cette boisson très récemment et l'avait immédiatement appréciée. Il reposa le verre et la bouteille de sirop dans la petite étagère et retourna s'asseoir sur son fauteuil où il parcouru une fois de plus le rapport de l'équipe envoyée vers les ruines de Commoragh qui était arrivé ce matin, cherchant à y trouver une logique. À part les charognards qui festoyaient sur les restes de cadavres, la cité détruite était entièrement vide, comme si les survivants s'étaient exilés en masse. Mais pour aller où ? Le vent avait eu le temps d'effacer toutes les traces aussi l'équipe partie enquêter n'avait pas pu déterminer ce qu'il était advenu des habitants de la cité du meurtre.

Fait étrange : les maisons encore debout étaient toujours pleines d'objets de la vie courante, comme si le départ avait été précipité. Pour quelle obscure raison les survivants de l'explosion auraient-ils quitté la ville sans rien emporter de leurs affaires personnelles ? À l'inverse, les baraquements qui bordaient les remparts de la ville étaient complètement vides. Hormis les meubles, rien n'avait été abandonné et ceci était un point inquiétant.

Malgré la mort du Roi Hakkyou, les armées de Commoragh s'étaient selon toutes vraisemblances misent en marche, les rumeurs faisaient état de la présence des Pillards dans plusieurs petits pays. La question était de savoir si leurs attaques allaient être coordonnées ou si, n'ayant plus rien à perdre, ils étaient en train de se lancer dans une guerre d'anéantissement désespérée dans le but d'entrainer avec eux autant de personnes que possible dans leur disparition.

Aucune des deux possibilités n'était à prendre à la légère. Commoragh possédait une armée pléthorique, au moins aussi nombreuse que celle des cinq grands pays réunis et si, comme le rapport semblait le suggérer, les Légions n'avaient pas ou peu souffert de l'explosion, cela laissait présager du pire. Quelqu'un frappa à la porte du bureau, ce qui tira le Kazekage de ses pensées.

"Entrez."

Kankurô entra dans la pièce et referma la porte derrière lui.

"On m'a dit que tu voulais voir Temari." annonça le ninja marionnettiste.

"Exact." confirma Gaara, "J'ai quelques questions à lui poser sur son séjour à Commoragh."

Kankurô eut l'air ennuyé.

"Je sais que tu es super occupé en ce moment, mais ta mémoire te joue des tours on dirait."

Le Kazekage haussa un sourcil.

"Que veux-tu dire ?"

Kankurô eut l'air encore plus ennuyé.

"Gaara… Tu as envoyé Temari en mission à Konoha il y a deux jours, juste après que Shikamaru et son groupe ait quitté Suna."

Le visage du Kazekage ne varia pas d'un iota, bien qu'il fût extrêmement surpris d'entendre l'explication de son frère. Temari aurait donc pris la décision de quitter le Village Caché du Sable pour rejoindre celui de la Feuille en prétextant une fausse mission. Cela semblait surprenant. Le manipulateur d'ombre était-il responsable du départ de leur sœur, ou bien cela avait-il un lien avec les événements qui s'étaient passé à Commoragh ? La première hypothèse aurait pu sembler crédible à n'importe qui d'autre, mais les deux savaient à quel point Temari était loyale envers Suna.

La ficelle était trop grosse pour Gaara, conscient que quelque chose n'allait pas et qu'un élément lui échappait, mais incapable de dire quoi. Soudain il réalisa ce qui était en train de se jouer et ses yeux s'agrandirent de stupeur.

"Va prévenir les Oinins ! Nous avons des cultistes de Jashin à Suna !!!"



L'autel de fortune était couvert de sang séché. Uchitoru se demanda combien de malheureux étaient morts ici, sacrifiés lors de rituels dépravés. Tandis que l'indécente question naissait dans l'esprit de l'Oinin de Suna, une boule de rage portée à blanc consuma sa poitrine. Ces pratiques devaient avoir cours ici depuis longtemps déjà… peut être depuis des années. Le nombre d'exactions ignobles infligées au Village Caché du Sable par les traitres dont il avait été le témoin n'y changeait rien, chaque fois elles faisaient naitre en lui cette même fureur qui l'avait guidée sur la voie des Oinins.

"Il paraît qu'ils bouffent leur victime après les avoir sacrifiés." annonça Hakuchi, un des apprentis de Uchitoru en regardant le tas d'ossements au sol. Tous étaient humains.

"T'es cinglé ! Où est-ce que tu as entendu ça ?" répondit - incrédule - Joshu, l'autre apprenti qui maintenait au sol le dernier cultiste encore vivant.

"C'est Oroka qui me l'a dit."

"Ha ! Oroka est tellement bête qu'un jour, on a réussi à lui faire croire qu'un bol de soupe était un chapeau. Il l'a gardé sur la tête pendant une bonne semaine ! Cet idiot a déjà du mal à se rappeler de son nom, alors une histoire comme ça ?"

"Fermez-là vous deux !" les réprimanda Uchitoru.

Lui aussi regardait le tas d'os au sol et il avait noté qu'il n'y avait pas un seul crâne. Où étaient-ils ? Qu'en avaient fait les cultistes ? L'Oinin se tourna lentement vers le sectateur. L'homme s'était montré bien plus résistant qu'il ne l'aurait cru, même ses méthodes les plus brutales n'avaient pu le briser et pourtant, Uchitoru était connu pour ses tactiques vicieuses, la brutalité de ses tortures et les atrocités commises dans le cadre de ses missions.

Les règles établies obligeaient les Oinins à travailler avec la loi : ils ne pouvaient être à la fois procureur, jury, juge et exécuteur ; mais certains préféraient travailler en marge de la loi, parce qu'ils savaient qu'ils ne pourraient jamais arrêter leur gibier et le présenter à la justice où parce qu'ils estimaient que la justice de leur Village Caché était trop bonne pour la racaille qu'ils pourchassaient.

Uchitoru s'approcha du cultiste :

"Ou sont les têtes de vos victimes, misérable traitre ?"

Les lèvres de l'homme se retroussèrent en un rictus méprisant. Luttant pour parler, il hurla :

"Du sang pour le Dieu du Sang ! Des crânes pour le trône de Jashin !" avant de rendre son dernier soupir.



"Œufs de saumons." annonça la servante, "Boulettes de riz aromatisées et anguilles d'eau douce marinées."

Elle posa les plats sur la table puis, après une courbette, alla se placer dans l'ombre d'un coin de la grande salle de réception, hors de vue, mais suffisamment proche pour répondre à une requête quelconque de son maître ou de ses trois invités.

Le soleil venait peine de se coucher que Mitsumasa, un riche marchand de Konoha, avait reçu une visite inattendue : celle de Jisha. Il avait alors immédiatement fait appeler ses deux bras droits2, Akahoshi et Mudake, pour ce qui allait sembler être un banal dîner d'affaire. En apparence seulement, car sous ses airs de marchand sympathique et débonnaire, Mitsumasa était en fait le chef de la secte de Jashin installée à Konoha.

Lucide et déterminé, usant de sabotage au mieux, et d'ingérence au pire, il avait mis en branle au cours des années de nombreuses machinations à plusieurs niveaux d'intrigue lui permettant de s'en prendre à l'intégrité du Village Caché de la Feuille tout en restant dans l'ombre. La manipulation était la marque de fabrique de Mitsumasa. Occupant des places de premier plan - et donc très influents - lui et ses acolytes ne souhaitaient qu'une chose : renverser la Hokage et corrompre toutes les organisations du village. Si leurs desseins étaient terrifiants, les méthodes utilisées l'étaient plus encore.

C'était eux qui avaient placé la mue de serpent blanc, symbole d'immortalité et de renaissance, sur la tombe des parents d'Orochimaru, ce qui allait le mettre sur la voie de cette quête insensée de la vie éternelle. C'était encore eux qui avait fait en sorte que la tentative de coup d'état orchestré par le clan Uchiwa parvienne aux oreilles de Danzô, ne pouvant se permettre qu'un clan aussi fort parvienne au pouvoir (et accessoirement, d'éliminer cette police au Sharingan qui leur posait de sacrés problèmes). Lorsque Kyûbi attaqua Konoha, c'était aussi eux qui soufflèrent à Minato Namikaze l'idée de se sacrifier pour sceller le démon renard à neuf queues dans le corps de Naruto. C'était également eux qui, avec l'aide de la secte présente au Pays des Rizières, organisèrent la rencontre entre le Daimyo et Orochimaru qui fut point de départ de l'attaque du Village du Son et du Village sur Sable sur Konoha pendant l'examen Chuunin.

Et ce n'était qu'une infime part des actions que ce culte avait orchestrées, celles-ci tournaient invariablement autour des tentatives d'assassinat des différents Hokage et de leur remplacement par un dirigeant fantoche à leur service. Récemment, après la mort du 3ème, ils avaient tenté de localiser et d'éliminer Tsunade pour la substituer avec un sosie docile et manipulable, mais leurs efforts avaient été déjoués par la présence fortuite de Jiraya et de Naruto d'un côté, et d'Orochimaru et de Kabuto de l'autre.

Mitsumasa jouait dans la cour des grands, de petites victoires ne l'intéressait pas et il visait un but ultime : prendre le contrôle de Konoha pour la détruire de l'intérieur.

"Tu as déjà bien servi les desseins de notre maître à tous, Mitsumasa." déclara la prêtresse en avalant une pleine bouchée d'œufs de saumons avant de continuer, "Tout ce temps passé à Konoha sans jamais te faire prendre, la secte que tu diriges est une des plus stables."

"Nous ne vivons que pour servir le Grand Prêtre, et à travers lui, notre dieu Jashin."

Jisha leva son verre en direction du chef de la secte et tous portèrent un toast, puis elle découpa une tranche d'anguille d'eau douce marinée avant de continuer.

"Comme tu t'en doutes, j'ai voulu aller chercher les 6 ninjas responsables de la destruction de Commoragh. Malheureusement les cellules étaient toutes vides."

Mitsumasa savait pertinemment où la prêtresse voulait en venir et réfléchissait déjà à un moyen de s'en sortir.

"Nous ne pouvions laisser des cultistes de Konoha surveiller les prisonniers, leur absence aurait fini par éveiller les soupons. Nous avons donc dû faire appel à des bandits pour se charger de cette tâche. Leurs morts est le résultat de leur incompétence."

Jisha l'interrompit.

"Ces ninjas ont beau être jeunes, ils ont une sacré bonne étoile qui veille sur eux et semble leur permettre de se sortir des pires situations qui soient. Peut-être aurais-je dû insister sur ce point dans ma lettre. Toutefois, et comme tu l'as si bien souligné à l'instant… la mort est la seule récompense de l'incompétence."

Ces dernières paroles à peine prononcées, Mitsumasa commença à se sentir mal. Il tourna son regard vers son assiette et comprit aussitôt : son repas avait été empoisonné. Il s'accrocha à la table pendant que le poison de Jisha gagnait tout son corps, minuscules ruisseaux de mort qui couraient dans ses veines pour atteindre son cerveau. La prêtresse préparait ses poisons avec une maîtrise inégalée, elle se tourna vers Akahoshi et Mudake :

"Bien, après la mort aussi tragique qu'accidentelle de votre chef, je compte sur vous pour ne pas me décevoir pendant les événements qui vont arriver." Le corps de Mitsumasa se raidit brusquement et il s’effondra. "Il est évident que les ninjas ne vont pas revenir à Konoha de si tôt, sachant que vous les y attendez, mais il y a fort à parier qu'ils vont essayer d'avertir la Hokage de ce qui s'est passé."

"Des Oinins vont très certainement venir fouiner un peu partout." approuva Akahoshi, "Ceci n'est toutefois pas un problème, nous avons un tas de bouc-émissaires tous prêts à prendre notre place. Ils en savent suffisamment pour que l'ANBU ait un os à ronger, mais pas assez pour remonter jusqu'à nous."

Mudake approuva. Il avait été relieur de son état avant de rejoindre le culte, et quand on collait le cuir sur un livre pour faire une reliure, il arrivait parfois qu'une petite bulle d'air se retrouvait piégée en dessous. Il n'y avait rien de plus frustrant que d'essayer de chasser une bulle d'air coincé sous la reliure d'un livre : on aplatissait le papier et la bulle réapparaissait bientôt ailleurs. C'était pareil pour les sectes de Jashin, chaque fois que les Oinins s'amenaient et envoyaient plus d'innocents que de vrais cultistes dans les bras de Shinigami, les disciples du Dieu à la Main Sanglante recrutaient de nouveaux adeptes. Ils revenaient toujours, comme une bulle d'air sous une reliure.

"En ce qui concerne la présence des Légions au Pays du Feu," poursuivit-il, "Nos agents vont faire en sorte d'en minimiser l'importance autant que faire ce peut. Nous sommes déjà en relation avec les cinq Centurions qui commencent à submerger le pays pour les prévenir des mouvements des ninjas de Konoha."

"Parfait." acquiesça Jisha en avalant une boulette de riz, "Le destin est en marche."




[1] La prêtresse de Jashin trouvait ça plus convivial.

[2] Il s’agit bien sûr de ses sbires et non pas de ses membres, car peu de gens non affiliés aux céphalopodes peuvent se targuer d’avoir plusieurs bras droits.




Qu'est-il arrivé à Shikamaru, Temari, Lee, Tenten, Neji et Sakura ?

Il va falloir un peu attendre pour le savoir :)




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