Fiction: Visions d'un Dieu Endormi

Pour Tenten, une mission banale au Pays du Vent va prendre des proportions épiques qui vont la plonger, elle et l'équipe chargée de la retrouver, au cœur d'une machination qui pourrait bien menacer le monde entier. Car les fidèles du Dieu à la Main Sanglante, Jashin, ont décidé de réveiller le Dieu Endormi…
Classé: -16I | Action/Aventure / Horreur / Spirituel | Mots: 125927 | Comments: 38 | Favs: 35
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Kris'ter (Masculin), le 22/09/2009
Le groupe de Shikamaru fonce vers le Pays du Vent, et la route sera semées d'embûche : la chaleur étouffante du désert, le vent chargé de sable, des monstres venimeux gros comme une charrette de fermier, Temari… Ça sera tout sauf une promenade de santé pour notre pauvre manipulateur d'ombre.

Eeeet… Au fait, que devient Tenten depuis que nous l'avons laissé en mauvaise posture au chapitre 3 ? Elle va vous le raconter dans les lignes qui suivent.

Bonne lecture.




Chapitre 5: Dans le Désert



Le jour se levait sur une petite maison troglodyte creusée dans la paroi d’un gigantesque canyon. Ce type d’habitat présentait l’avantage d’offrir une protection contre les tempêtes de sable qui balayaient en permanence la région et son orientation préservait ceux qui l’habitaient du froid de la nuit et de la chaleur étouffante de la journée. Les murs étaient faits d’une structure de pierres sèches, solidarisées par du mortier, et recouvert d’une sorte de torchis. Le toit était couvert de couches d’argile et de branchages maintenus sur des rondins de bois. La maison ne comptait visiblement qu’un seul niveau au début, mais son propriétaire l’avait agrandi vers le haut, en y ajoutant un étage supplémentaire.

À l’intérieur, plusieurs pièces rectangulaires étaient réservées à l’entreposage de la nourriture au rez-de-chaussée et la vie quotidienne se déroulait surtout sur les terrasses de cette maison : espace de travail pour la préparation du maïs et le tissage.

Une jeune femme à la frimousse espiègle poussa la porte d’une des chambres. La vingtaine, elle était habillée d’une tunique à manche courte et d’un pantalon en toile usé coupé aux genoux, ses longs cheveux châtains étaient relevés en un chignon, maintenus en place par une baguette finement ouvragée. Observant un instant avec ses yeux gris comme l’acier celle qui dormait encore dans le lit, elle se dirigea vers la fenêtre et tira les rideau avant de clamer d’une voix claire et sonore :

“Debout Tenten ! Le soleil vient de se lever, encore une belle journée qui s’annonce.”

La kunoichi, réveillée en sursaut, se redressa sur le lit en maugréant, les yeux encore tout petits et s’étira.

“B’jour Jisha…” marmonna-t-elle. Contrairement à Lee, elle n’était pas du matin et il lui fallait toujours plusieurs minutes pour émerger.

“Bien dormi ?” Demanda la jeune femme avec un grand sourire.

“Ça va…” Répondit-elle en se grattant la tête.

“Dépêche-toi de te lever, le petit dej’ est servi, et je crois que mon mari va avoir besoin de ton aide pour réparer le réservoir d’eau après.”

Tenten hocha la tête. Cela faisait cinq jours qu’elle vivait chez ce charmant couple, depuis que Jisha, qui était sacrément précise avec une arbalète, avait assisté à une bonne partie du combat et, témoin de l’attaque en traître de Shigure, avait décidé de sauver la jeune fille. 

Après que Tenten ait remporté son duel contre Yoake, la kunoichi de Kiri avait tenté de l’assassiner pour en retirer seule tout le mérite, mais malheureusement pour elle, Jisha chassait justement par là-bas ce jour-là, et c’est Shigure qui était morte, un carreau d’arbalète planté dans le dos. La jeune femme avait ensuite chargé la kunoichi de Konoha, épuisée et empoisonnée, dans la charrette et ramenée chez elle où elle et Kouketsu, son mari, veillèrent sur Tenten pendant les plusieurs jours que mit la kunoichi pour se remettre entièrement des effets des toxines.

“Pas de soucis, il faut bien que je vous remercie de m’avoir sauvé la vie, et aussi que je vous rembourse le temps passé chez vous.”

Avant que Jisha ne puisse répondre, une voix s’éleva dehors :

“Ho ! Kouketsu ! Sors de ton trou !”

Jisha se raidit et se précipita à la fenêtre, elle s’exclama de dépit :

“Les soldats de Commoragh ! Encore eux ? Ce n’est pourtant pas leur jour !”

“Pas leur jour ? Que veux-tu dire ?”

Tenten s’approcha elle aussi de la fenêtre et vit que devant la maison se tenaient six hommes à la mine patibulaire (et même pas tibulaire du tout), équipés comme les soldats qui gardaient la caravane, juchés sur des chameaux.

“Bien que bannis de la forteresse,” expliqua Jisha, “les hommes du Roi Hakkyou nous forcent régulièrement à payer leurs lourds impôts. Hélas, où qu’on aille, ils nous retrouvent…”

Kouketsu sortit de la maison, Manuke, le chef du groupe lui lança : 

“La guerre se prépare tu sais, la forteresse est pleine à craquer et les greniers se vident trop vite, aussi viendrons-nous te voir plus souvent. Qu’as-tu à nous donner ?”

“Rien, bandits !” Tempêta Kouketsu, “Faudra abandonner l’idée de piller mon garde-manger à tout moment ! Respectez les échéances convenues et vous recevrez votre dû, ni plus ni moins ! Fichez le camp maintenant !”

Kouketsu n’était pas le genre d’homme à se laisser faire. D’une grande taille et de forte stature, la quarantaine passée, vêtu de la même manière que sa femme, il avait la peau plutôt pâle pour un habitant du désert, son visage était presque entièrement caché par une tignasse ébouriffée de cheveux roux et une grande barbe également rousse.

“Pardon ? Tu préférerais que notre Seigneur revienne sur sa décision et que tu finisses ta vie comme esclave ?” Manuke baissa la pointe de sa lance au niveau de la gorge du mari de Jisha pour accentuer sa menace, “Sinon, on peut envisager une autre solution… héhé…” le visage du chef se fendit d’un sourire mauvais, “À défaut d’or où de gibier, tu n’as qu’à nous donner ta femme…”

“Quoi ?!? Ordure !! Vermine !! Espèce de pourriture !!” l’insulta Kouketsu, surtout en sachant qu’il ne pourrait rien y faire.

Le chef de l’équipe, que sa position rendait arrogant, se tourna vers un de ses soldats et lui ordonna d’aller chercher leur nouvelle compagne de jeu, quand soudain il hurla de douleur : un carreau d’arbalète venait de se planter dans sa main qui tenait la lance.

“C… Clouée…” marmonnait-il en grimaçant de souffrance, “Ma main… Clouée à la lance… Raaaah !!!”

Tenten s’était ruée hors de la chambre, révoltée, en entendant ce qu’avait dit Manuke. Elle avait attrapé au passage une des arbalètes à répétition que Jisha avait récupéré sur les cadavres de l’escorte (car dans le désert, jamais rien ne se perd). Son tir avait été précis, comme à son habitude, et à une distance aussi courte, la force de l’arme avait fait s’enfoncer profondément le projectile dans le bois de la lance. La kunoichi se tenait fermement dans l’encadrement de la porte, l’arbalète à répétition prête à lâcher un nouveau carreau.

“Abrutis ! On ne dispose pas d’une femme comme d’un quartier de viande. Partez ! Vite ! Où le prochain carreau ouvrira le troisième œil de celui qui lambinera.”

Les soldats regardaient ce petit bout de femme en petite tenue avec un mélange de surprise et d’appréhension. Le ton sur lequel elle avait proféré cette menace, ajouté à la froide détermination de son regard, fit pâlir ces hommes plus habitués à inspirer la crainte qu’à la ressentir. Manuke repris rapidement ses esprits :

“Que vois-je Kouketsu, tu héberges une fille plus vive et plus jolie que ta femme ? Sa compagnie me plairait bien à moi, et à eux aussi… Suis-nous, belle tourterelle, et nous laisserons désormais ces gens vivre en paix.”

Tenten considéra la proposition qui venait de lui être faite. Ces hommes la dégoûtaient déjà, mais un combat ici risquait de créer des ennuis au couple qui l’avait si gentiment hébergé. Plus loin, dans un endroit désert, par contre… Elle baissa son arbalète et accepta l’offre.

Retournant dans la chambre, elle commença à rapidement enfiler ses habits mais Kouketsu, qui l’avait suivit, visiblement inquiet par la tournure qu’avait pris les événements, essaya de la dissuader.

“Tu prends trop de risque pour une affaire qui ne te concerne pas.”

“Erreur.” Répondit-elle avec assurance, “il y a cinq jours, vous m’avez sauvé la vie, il est normal que je tente de vous tirer du pétrin, non ?”

“Certes, mais sois tout de même prudente, ces hommes sont extrêmement cruels. Tu sais aussi bien que moi ce qu’il vont essayer de te faire.”

“Ne vous inquiétez pas.” Assura Tenten en nouant son bandeau de ninja sur son front, “s’ils imaginent vouloir me toucher, ils seront morts bien avant !”

Après avoir fini de rassembler ses affaires, elle s’apprêta à partir quand Kouketsu l’arrêta.

“Prends garde en te baladant avec ça par ici.” Dit-il en désignant son bandeau frontal, “les Nukenins sont accueillis à Commoragh à bras ouverts, mais les ninjas encore fidèles à leur village sont exécutés dans l’instant.”

Tenten fut surprise par les paroles qu’elle venait d’entendre, mais elle comprit les périls que lui épargnerait cet avertissement et remercia son hôte pour tout ce qu’il avait fait pour elle, puis elle enfourcha un des chameaux pour suivre le groupe de soldats.



Vers 10h20, les quatre ninjas de Konoha étaient arrivés à la frontière. Devant eux, les arbres séculaires caractéristiques du Pays du Feu avaient laissés la place à une large étendue couverte de hautes herbes jaunissantes, plus ou moins parsemée d’arbres et d’arbustes : la savane qui précédait le désert du Pays du Vent. Ils avaient couvert la distance en moins de vingt-quatre heures, car Lee avait poussé le groupe, ce qui était compréhensible de sa part, si impatient qu’il fut retrouver celle qu’il aimait. Étrangement, Neji était d’accord avec le Fauve de Jade, même s’il assurait qu’il n’était inquiet que parce que Tenten était le troisième membre de son équipe. Plus surprenant encore était l’attitude de Shikamaru qui n’avait pas opposé d’arguments vraiment convainquant.

Sakura observait. Les ordres de Tsunade-sensei avaient été clairs, si les choses dégénéraient, elle avait toute latitude pour remettre ses coéquipiers dans le droit chemin. Sur le coup, la rose n’avait pas compris ce que l’Hokage avait voulu dire, mais déjà, les différents comportements qui apparaissaient sous ses yeux dessinaient un groupe qui risquait d’être… pittoresque.

“Vous voyez, c’était pas la peine d’être aussi pressé.” S’exclama mollement Shikamaru en direction des deux membres de l’équipe Gaï, “maintenant on est en avance…”

“Ce n’est pas très grave, puisque je suis déjà là aussi…” fit une voix familière venant de l’ombre.

Une voix bien trop familière aux oreilles de Shikamaru, qui sentit son estomac se nouer.

Temari…



Tenten suivait le groupe de soldats depuis une bonne demi-heure déjà, essayant de ne pas perdre le sens de l’orientation. Elle se demandait comment des gens pouvaient vivre dans une contrée aussi inhospitalière dont la végétation ne se composait que de buissons épineux et d’une multitude de variété de cactus dont la taille allait de quelques centimètres à plusieurs mètres de haut. Sans compter les scorpions, serpents et autre prédateurs venimeux qui faisaient de la survie une question de chance. Un village comme Konoha aurait fait office de paradis pour les habitants de cette région abandonnée des dieux.

Finalement, les soldats s’arrêtèrent sur un ordre de Manuke dans un canyon. Ils se placèrent en arc de cercle, le chef au centre, et se tournèrent vers Tenten, leurs arbalètes à répétition prêtes à tirer.

“Il est temps qu’on s’occupe de ton cas, ma jolie.” Déclara Manuke sur un ton pervers.

“J’allais justement vous le proposer.” Répondit la kunoichi en tentant de ne pas sourire.

“On va se régaler.” S’exclama un des gardes, “j’ai toujours adoré les fillettes prépubères.”

“Allez-y. Défoulez-vous.” Ordonna le chef, “je lui passerai dessus plus tard.”

“Tu pêches par excès d’optimisme.” Lâcha froidement Tenten, “il n’y aura pas de «plus tard» pour vous.”

“Et qu’est-ce qui te fait dire ça ?” Demanda Manuke, sans prendre la peine de cacher son scepticisme amusé.

“Et bien… Tout d’abord je sauterai de ma monture et, pendant que je serai dans les airs, j’abattrai deux de tes hommes avec des kunais. Ensuite, j’atterrirai derrière toi et je t’utiliserai comme bouclier humain, tout en me servant de ton sabre pour tuer le soldat à coté de toi. Après ça, j’éliminerai les deux soldats restant avec d’autres kunais et, pour finir, je t’achèverai en te brisant la nuque.”

Les soldats éclatèrent d’un rire gras en entendant ses paroles, rire qui leur resta en travers de la gorge quand Tenten mit sa menace à exécution.

Les deux soldats situés à droite du groupe s’écroulèrent avant d’avoir eu le temps de comprendre. L’instant d’après, Manuke se retrouva immobilisé par une vigoureuse clé à la tête, protégeant de son corps la kunoichi des deux gardes à gauche qui n’hésitèrent pourtant pas à tirer. Elle attrapa le sabre de sa main libre et, dans un même mouvement, trancha la gorge du soldat à côté d’elle en dégainant, le décapitant presque. Les deux soldats restant avaient déjà rechargé leurs arbalètes à répétition, mais deux kunais mirent fin à leur vie avant qu’il n’aient pu tirer.

Le chef de l’équipe, seul survivant, respirait avec difficulté avec les deux carreaux d’arbalète plantés dans sa poitrine, malgré son armure en écaille, il implora Tenten :

“Pitié !” Gémit-il d’une voix apeurée, “je ne suis qu’un simple soldat, je n’ai fait qu’obéir aux ordres, épargne-moi, je t’en supplie !”

“Si la situation avait été inversée, tu m’aurais épargnée ?” Demanda la kunoichi.

L’éventuelle réponse qu’aurait pu donner Manuke fut couverte par l’horrible craquement de ses propres vertèbres…



Les quatre ninjas de Konoha suivaient la kunoichi de Suna à travers le désert. Le paysage était plutôt morne, une étendue sauvage de pitons rocheux et de collines arides à perte de vue, dont les vents qui la parcouraient déplaçaient les dunes d’un jour à l’autre. Selon Temari, une blessure ici pouvait s’avérer mortelle en moins d’une journée et un corps disparaissait en quelques heures à peine.

“J’ai pas très bien compris où est-ce que tu nous emmènes…” dit Shikamaru.

“À l’Oasis des Mille et Un Chameaux.” Ré-expliqua la blonde, “nous nous y arrêterons pour la nuit et je vous ferai acheter un peu d’équipement. Le voyage jusqu’à Commoragh est plutôt long et il vaut mieux être fin prêt car c’est loin d’être une promenade de santé. De plus, le maître de l’oasis est un ami de Suna, il nous donnera des infos sur les dangers du désert qu’on pourrait croiser en chemin.”

“Quel genre de dangers ?” S’enquit le manipulateur d’ombre, “à part mourir d’ennui à force de regarder défiler encore et encore le même paysage, je vois pas ce qu'il pourrait nous arriver.”

“Contrairement à ce que tu peux croire,” répondit Temari en fusillant Shikamaru du regard, “le paysage lui même est un danger, particulièrement les mirages, qui ont conduit plus d’un voyageur à sa perte. Imagine : alors que tes réserves d’eau sont presque épuisées, tu tombes soudain nez-à-nez avec une oasis luxuriante. Certains sont devenu fous en essayant d’atteindre ces visions trompeuses. Une fois, je suis tombée sur le cadavre de l’un d’entre eux dont les outres étaient pleines de sable et il était mort à force d’en avaler, persuadé qu’il s’agissait d’eau fraîche. En plus, le désert n’est pas dépourvu de vie, loin de là, elle est simplement plus endurcie et plus dangereuse que n’importe où ailleurs. Ça va des Scorpions de Feu dont le poison consume un homme de l’intérieur en quelques secondes, aux Assoiffés qui drainent toute l’humidité de leurs proies, en passant par les monstrueux Vers des Sables qui surgissent brusquement du sol pour engloutir un adulte d’une seule bouchée.”

Shikamaru grimaça en écoutant la blonde. Elle devait exagérer. Il fallait vraiment être idiot pour se laisser tromper par des mirages, et les seuls animaux qu’il avait repérés étaient les grands oiseaux charognards qui planaient au dessus du petit groupe. Ils étaient descendus suffisamment bas pour que le manipulateur d’ombre constate qu’ils n’avaient que la peau sur les os, preuve que même les vautours n’avaient pas grand chose à manger par ici.

Temari leur parla également des tempêtes de sable qui pouvaient se lever brusquement et recouvrir des hectares entiers du désert en quelques minutes. Les habitants du Pays du Vent avaient établi des cartes sur lesquelles se trouvaient les principaux «couloirs» qu’empruntaient ces tornades, ainsi que des formules qui étaient sensées anticiper la date et l’heure de leur furie. Les unes et les autres n’était hélas pas toujours fiable, des caravanes de marchands et d’antiques cités aux fondations gorgées de trésors dormaient sous les dunes en attendant que le désert daigne les libérer de leur tombeau de silice.

“Tu penses que Tenten est toujours en vie ?” S’inquiéta Lee, visiblement peu intéressé par la faune et la flore du désert.

“C’est possible.” répondit la kunoichi de Suna, sans chercher à être particulièrement rassurante, “nos ANBU enquêtaient sur un convoi en provenance de Commoragh qui se dirigeait vers notre Village Caché. Mais tout ce qu’ils ont trouvés, c’est les reste d’un combat. Il y avait sept ninjas de Kiri et une dizaine de gardes, tous mort.”

“Ça devait être le groupe qu’elle accompagnait.” suggéra Sakura.

“Je ne connais pas les détails, mais ladite cargaison a disparue et il n’y avait aucun corps de ninja de Konoha. En tout cas, si votre amie a passé une semaine seule dans le désert, je ne donne pas chère de sa peau.”

Soudain, alors qu’ils passaient une des innombrables dunes qui jalonnaient le paysage désolé, le sable devant eux se mit à remuer, jusqu’à ce qu’en émerge une créature abominable : une sorte de scorpion aussi gros qu’une charrette de fermier. Sakura réprima à grand-peine un cri d’effroi en voyant le monstre qui attaqua immédiatement les ninjas à l’aide de ses énormes pinces, et son dard dégoulinant de poison arc-bouté au dessus de son corps ne passa qu’à quelques centimètres de Neji.

Une fois l’effet de surprise passé, le groupe se prépara à contre-attaquer, mais Temari cria :

“C’est un Scorpion de Feu ! Sa carapace de chitine est trop épaisse, les kunais sont sans effets sur ce monstre blindé, partons vite !”

Suivant les conseils de la blonde, les cinq ninjas firent volte-face et commencèrent à courir, mais le Scorpion de Feu, affamé et peu désireux de laisser s’échapper son prochain repas, avançait incroyablement vite pour une créature aussi grosse, ses longues pattes grêles s’enfonçant à peine dans le sable. Il rattrapait le groupe et, les yeux animés d’une lueur vorace, s’apprêtât à en harponner un ou deux avec son terrible dard.

Shikamaru eut alors une idée. Il attrapa un repas dans son sac et commença à émietter la nourriture derrière lui. L’opération se révéla efficace : incapable de résister à la tentation, le scorpion se jeta goulûment sur les provisions, laissant les ninjas disparaître au loin sans être plus inquiétés…



Tenten devait se rendre à l’évidence, elle était bel et bien perdue. Tous ces ravins et ces surplombs rocheux se ressemblaient et le soleil l’avait accablé de ses rayons brûlants, jusqu’à ce qu’une violente tempête de sable se lève.

Rentrant la tête dans les épaules, elle faisait péniblement gravir à son chameau la pente escarpée d’une colline en luttant contre la tourmente. Contrainte de garder la plupart du temps les yeux fermés pour les protéger du vent furieux et des torrents de sable qu’il soulevait, elle s’en remettait entièrement à sa monture pour la guider vers un éventuel abris de fortune. Gaï-sensei lui avait dit que les animaux était plus malins que les humains sur bien des aspects et que bien souvent ceux-ci savaient d’instinct quoi faire en cas de danger naturel.

Tenten n'était quand même pas rassurée. D'autant qu'il lui semblait qu'elle n'était pas seule dans la tempête : elle avait l'impression de sentir une présence indéfinissable qui se tenait dissimulé derrière les ocres tourbillons soulevé par le vent furieux, mais qui disparaissait dès qu’elle se essayait de les distinguer nettement, ou une voix incompréhensible qui semblait murmurer au loin, mais qui se taisait dès qu’elle voulait la comprendre.

Bien que restant sur ces gardes, elle finit par mettre ça sur le compte de ses sens abusés par les éléments naturels déchaînés. De toute façons, qui serai assez fou pour jouer à cache-cache dans une telle tourmente ?

Arrivée en haut de la colline, la kunoichi se risqua à jeter un regard au paysage qui l’entourait, mais elle ne vit pas grand chose. Tout était comme enseveli sous une lourde chape de sable et de poussière, jusqu’à ce qu’une brève accalmie de la tempête éclaircisse le paysage qui s’étendait à ses pieds, lui offrant une vision qui lui glaça le cœur d’effroi.

Elle contemplait, bouche bée, littéralement fascinée par sa masse imposante, l’immense forteresse de Commoragh qui se dressait devant elle.

Rouge comme le sang, une muraille d’enceinte constituée d’énormes blocs de pierre courrait autour de la cité sur plus de quarante kilomètres. Au centre de cette dernière s’élevait une prodigieuse citadelle aux murs hérissés de pinacles, de tours et d’arches en os sculptés qui se dressaient vers le ciel, comme des orants suppliant quelque dieu lointain. Ses contours dessinaient en tout sens des angles aigus, de sorte qu’elle semblait hérissée de piquants, sans oublier les nombreuses gargouilles qui ornaient chaque mur, et sa sinistre flèche qui culminait à au moins quatre milles mètres au dessus de la morne plaine.

Au cours de sa vie de ninja, Tenten avait déjà eu l’occasion de contempler bien des endroits intimidants, mais jamais ses yeux ne s’étaient posés sur une place forte aussi gigantesque que Commoragh. C’était un spectacle suffisant pour ébranler le courage de bien des ninjas parmi les plus vaillants. Puis le vent se remit à souffler, engloutissant la kunoichi et faisant disparaître la sinistre forteresse de sa vue.

Tenten étouffa un juron, ce maudit chameau l’avait amené directement à la citadelle. Elle n’était pas particulièrement enthousiasmée à l’idée d’entrer dans cette sinistre forteresse, mais l’alternative qui consistait à passer la nuit dans les canyons n’était pas franchement réjouissante non plus. Elle passa quelques instants à peser le pour et le contre, et opta finalement pour la première solution. Un coup de talons dans les flancs de son chameau le fit descendre dans la plaine, en direction de la Commoragh…



Le soleil couchant illuminait l’horizon du Pays du Vent de mille brasiers. De l’autre coté, vers l’occident, les premières étoiles apparaissaient les unes après les autres dans la voûte céleste comme autant de jolies femmes solitaires invitées au bal du firmament. La température baissait peu à peu, rendant l’air du désert plus respirable.

Le groupe avançait bon train. Temari leur avait dit qu’ils arriveraient à destination à la tombée de la nuit, et effectivement, les ninjas de Konoha pouvaient apercevoir au loin des lueurs de braseros. Ils furent frappés par un brusque changement de paysage : les plaines désertiques et arides firent soudainement place à une zone cultivée et irriguée, comprenant des palmiers et des dattiers, des arbres fruitiers comme des orangers, des bananiers et même des pommier, et au niveau du sol, à l’ombre, les plantes basses avec toute sorte de céréales. Pour les habitants du Pays du Feu, une telle abondance de vie au milieu du désert était tout à fait époustouflante.

Ils arrivèrent dans un petit village construit en bordure d’un lac aux eaux scintillantes. La plupart des habitants étaient regroupés sur la place centrale autour d’un grand feu de camp, partageant un casse-croûte en regardant le spectacle donné par une troupe ambulante. Cela formait un groupe joyeux, bavardant et jouant au cartes dans une ambiance très détendue. Cette agitation était agréable pour les ninjas de Konoha, qui n’avait eu toute la journée que le vent pour compagnon.

Temari les invita à s’asseoir près du feu et admirer le spectacle pendant qu’elle irait trouver le chef de l’oasis pour savoir s’ils allaient pouvoir passer la nuit ici. Les ninjas de Konoha s’installèrent donc au coin du feu, Shikamaru suivi la blonde du regard jusqu’à ce qu’elle sorte de son champ de vision.

Le manipulateur d’ombre éprouvait des sentiments contradictoires. D’un côté, il était satisfait que quelqu’un d’autre que lui s’occupe de gérer le groupe, ça lui enlevait le poids des responsabilités de ses fragiles épaules et lui permettait de ne pas se torturer l’esprit avec des détails galères. D’un autre côté, le fait que ça soit Temari qui le remplace au poste de leader portait un coup à son ego de macho. Ne pas être le chef de l’équipe, ça pas de problème, c’était sympa, mais remettre son destin dans les mains d’une femme… de Temari en plus, ça c’était galère.

En même temps, il fallait bien qu’il s’avoue à lui même ce qui l’ennuyait le plus, c’était cette assurance, cette force qui transparaissait dans chacune des attitudes de la kunoichi de Suna. Il était amusant de constater à quel point la blonde du désert et le manipulateur d’ombre était aussi dissemblable que le jour et la nuit.

Il fut tiré de ses pensées par le fruit que lui tendait une vieille femme, qu’il accepta avec plaisir, et il porta son attention sur la troupe de saltimbanque. Celle-ci était composée d’acrobates et de jongleurs de haut niveau, aussi la représentation était-elle des plus divertissante.

Temari réapparut accompagnée d’un homme grassouillet entre deux âges, à la moustache impeccablement taillée, vêtu d’une robe en soie et coiffé d’un turban bleu. Il se présenta aux ninjas d’une voix affable :

“Bienvenue dans mon humble village, voyageurs. C’est toujours un grand honneur pour nous d’accueillir des amis du Village de Suna. Considérez que vous êtes ici chez vous, une de mes servantes subviendra à chacun de vos besoins, car à l’Oasis des Mille et Un Chameaux, nous sommes tous frères. Temari m’a expliqué les raisons de votre voyage. Mon nom est Suli, je ne suis rien de plus qu’un humble marchand, mais ma connaissance des régions situées au-delà de ses terres est grande. Peut-être serait-il sage de m’écouter avant de vous aventurer plus loin.”

“Nous sommes honorés d’être accueilli dans ce petit paradis perdu dans les sables du désert, et nous serons ravi de profiter de votre sagesse.” Répondit Shikamaru, s’efforçant de paraître aussi respectueux que possible.

Le manipulateur d’ombre avait pourtant une sainte horreur du cirage de pompes et autres attitudes galère de lèche-cul. De plus, Suli ne lui plaisait pas de trop, il était à première vue trop poli pour être honnête à son goût, mais dans la situation, se montrer irrévérencieux n’aurait rien apporté de bon.

La discussion s’engagea autour de choses et d’autres, Suli fit apporter un repas fait de pain noir, de poulet froid et de fruits que les ninjas dévorèrent avec appétit. La soirée était déjà bien avancée lorsque le spectacle des saltimbanques toucha à sa fin. Suli appela une servante pour mener ses hôtes, fatigués par leur longue marche, jusqu’à la chambre qu’il avait mis à leur disposition.

“Rassurez-vous.” Leur dit-il alors qu’ils allaient suivre la femme, “ici, vous pouvez vous reposer l’esprit tranquille, l’aube venue, vous respirerez encore.”





Et oui, les habitants du Pays du Vent ont bien du courage pour vivre dans un endroit aussi inhospitalier où la mort vous guette à chaque instant.

Tenten dans Commoragh, voilà qui risque de compliquer les choses : la Cité du Meurtre ne porte pas ce surnom au hasard, comme vous allez bientôt le découvrir. La kunoichi aux macarons va-t-elle s'en sortir ?

Mais pour le moment concentrons nous sur le groupe de ninjas, leur voyage sera encore très long avant de retrouver Tenten…




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