Fiction: Visions d'un Dieu Endormi

Pour Tenten, une mission banale au Pays du Vent va prendre des proportions épiques qui vont la plonger, elle et l'équipe chargée de la retrouver, au cœur d'une machination qui pourrait bien menacer le monde entier. Car les fidèles du Dieu à la Main Sanglante, Jashin, ont décidé de réveiller le Dieu Endormi…
Classé: -16I | Action/Aventure / Horreur / Spirituel | Mots: 125927 | Comments: 38 | Favs: 35
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Kris'ter (Masculin), le 02/05/2011
Des alliés inattendus, un combat que tout le monde attendait, une fuite quelque peu mouvementée et un adversaire récalcitrant, vous trouverez tout ça dans ce chapitre.



Chapitre 16: le Crépuscule du Maître (troisième partie)



Shikamaru et Temari avançaient à bonne vitesse à travers les étages, malgré les milles et unes précautions qu'ils déployaient pour passer inaperçus. Ils progressaient prudemment, en synchronisant leurs déplacements avec d’autres flux. Ils avaient cessé d’être des ninjas pour devenir des esclaves : d'abord des valets occupés à lustrer les cuivres, puis des allumeurs de lampes munis de leurs perches, puis des portiers. Ils patientèrent devant certaines portes tandis que passaient devant eux des escouades de Gardes Noirs qui marchaient d'un pas cadencé. Ils redevinrent des valets, puis des batteurs de tapis, puis des commis de cuisine, puis des messagers avançant dans des couloirs aux murs faits de bauxite décorés de quartz et d’agate, ils montèrent des escaliers aux marches taillées dans des blocs d’onyx.

De temps à autres, ils s’arrêtaient pour essayer de se situer. La citadelle était aussi grande que Commoragh ; apprendre à reconnaître tous ses niveaux et ses itinéraires devait demander une vie entière. Des milliers d'esclaves, hommes et femmes de tous âges, trimaient jours et nuits au cœur de cette ruche bourdonnante, leur corps décharnés noirs de crasse et ruisselant de sueur. Les malheureux étaient harcelés en permanence par des contremaîtres et leurs hurlements de douleur répondaient au claquement des fouets qui s'abattaient sur leurs échines avec une féroce régularité pour les inciter à montrer plus d'ardeur dans le travail.

Au cours de leur ascension, les deux ninjas avaient pu mieux appréhender l'organisation du pouvoir dans la cité. Ceux qui se battaient bien et apportaient de nombreuses victoires à Commoragh connaissaient les récompenses que le Roi Hakkyou pouvait offrir aux vainqueurs ; ceux qui gaspillaient ses troupes, apportaient la honte ou le déshonneur sur la ville apprenaient rapidement que leur maître savait aussi châtier ceux qui le décevaient. Une concurrence sans pitié régnait entre les dynastes, ainsi en fonction du rang, du machiavélisme et des capacités des individus, cet esprit de suprématie du plus fort confinait au sacrifice, au zèle, au meurtre social ou physique, et surtout à la trahison.

Le Roi Hakkyou laissait faire, et même encourageait ces pratiques car, de son point de vue, si certains se faisaient tuer lors de cette «sélection naturelle», c'était parce qu'ils étaient faibles et qu'ils le méritaient. Néanmoins, Commoragh avait dû perdre un certain nombre de combattant au potentiel prometteur au cours de ces luttes fratricides.

Dans une mezzanine où leurs images se reflétaient sur le sol de marbre poli, Shikamaru et Temari s'accordèrent une petite pause durant laquelle ils reprirent des forces en se restaurant un petit peu après avoir gravi un escalier de pas moins de 1200 marches. L'ambiance était plutôt gênée, chacun ayant envie et voulant éviter de parler de ce qui s'était passé la veille au soir. Ils tentaient de reléguer ce souvenir dans un coin de leur mémoire mais il les poursuivait, moqueur et obsédant. Ils se sentaient gagné par la honte à chaque fois qu'ils y repensaient. Où avaient-ils donc eu la tête ?

Les relations intercommunautaires étaient formellement interdites, tous les Livres de Lois de chaque Village Caché possédaient un chapitre explicite là dessus. C'était assez compréhensible en fait, cela avait été mis en place pour éviter les problème d'espionnages, toujours présent et alimenté par la rivalité entre les différents villages - une rivalité qui, au fond, ne pouvait pas faire de mal - et aussi pour ne pas perdre des ninjas quand l'un des amoureux quittait son village pour rejoindre celui de l'autre. Mais ceux qui avaient écrit ces lois avaient dû oublier qu'on ne pouvait pas commander les sentiments.

Shikamaru déplia la carte et s'éclaircit la gorge, brisant ce silence pesant :

"D'après l'itinéraire à suivre que nous a fourni Erwan, on doit avoir atteint la partie haute de la forteresse maintenant."

Temari voulut se pencher sur le plan, mais se ravisa.

"Comment ça se passe pour les autres, d'après toi ?" préféra-t-elle demander.

"Bien, j'espère. J'ai confiance en eux, je sais qu'ils…"

Un bruit soudain coupa le manipulateur d'ombre en milieu de phrase, un groupe de Gardes Noirs avançait le long du couloir qui leur faisait face, en direction de la mezzanine dans laquelle les deux ninjas se trouvaient. Avant qu'ils n'aient le temps de les apercevoir, Temari et Shikamaru se collèrent prestement contre un des murs où ils se dissimulèrent avec un Jutsu de Camouflage. Aussi immobiles que silencieux, ils observèrent l'escouade passer devant eux et commencer à descendre les escaliers.

Ils étaient intimidants, et pas seulement à cause de leur carrure - chacun mesurant bien une tête et demi de plus que les deux adolescents, de la massive armure de plates complètes couleurs de cendre qu'ils portaient ou du masque inhumain qui leur recouvrait le visage. Il se dégageait d'eux une aura de malveillance presque palpable qui avait rapidement fait comprendre aux deux ninjas que se faire remarquer par un Garde Noir aurait sans aucun doute été la plus grosse erreur de leur vie, pour ne pas dire la dernière.

C'est alors que la blonde du désert remarqua un petit symbole gravé sur la hanche de chaque Gardes Noirs, un scorpion rouge qui lui semblait familier et qu'elle était persuadée d'avoir déjà vu, bien qu'elle ne parvenait pas à dire où.

Soudain, l'évidence jaillit dans son esprit, et le choc de cette révélation lui arracha une sourde exclamation : c'était le symbole qui se trouvait sur les marionnettes de son frère Kankurô, celui de Sasori des Sables Rouges ! C'était un génie pour ce qui concernait les marionnettes et son talent lui avait permis de créer toutes sortes de pantins aussi complexes que variées. Suna lui devait beaucoup en termes d'amélioration des techniques de production et de combats à la marionnette, mais il avait déserté le Village Caché il y avait vingt ans de cela et personne ne savait ce qu'il était devenu depuis lors.

Hélas, la blonde du désert avait sous les yeux la preuve que le Nukenin avait passé du temps à Commoragh et qu'il avait fait profiter la ville de son savoir-faire. Kankurô avait vaguement expliqué à sa sœur que Sasori s'était fixé le but démentiel de fabriquer des Hitokugutsus, des pantins créés à partir d'êtres humains et dotés de chakra. Mais ce genres d'expériences n'avaient pas été très bien vues à Suna et le marionnettiste avait visiblement été trouvé refuge à Commoragh où il avait dû obtenir toute la «matière première» qu'il désirait pour mener ses travaux à bien.

La réaction de surprise de Temari, aussi discrète fut-elle, n'était malheureusement pas passée inaperçue. Les Gardes Noirs s'arrêtèrent immédiatement, l'un d'entre eux se tourna vers le mur, en direction de la kunoichi, prenant un moment pour analyser ce qui avait attiré son attention. Ce moment fut suffisant pour la blonde du désert qui s'élança vers le Garde Noir, tendant la main en avant pour utiliser l'Épée de Vent. La plaque pectorale se fendit et craqua sous la puissance de la technique que lui avait enseignée Baki-Sensei, de grands geysers de chakra s'élevèrent et l'armure tomba en morceau au sol, complètement vide.

"Galère !" jura Shikamaru en sortant à son tour de sa cachette tandis que, dans la mezzanine, les Gardes Noirs remontaient de l'escalier pour traiter les deux intrus comme ils devaient.

Temari bondit en arrière, évitant les coups de naginata qui commençaient à pleuvoir. Leurs adversaires les attaquaient avec une agilité hors du commun malgré leurs armures qui devaient bien peser dans les quatre-vingt dix kilos. Soudain, les Gardes Noirs cessèrent tous mouvements et restèrent figés dans leurs postures de combat, comme une sinistre exposition d'armures d'apparats. La blonde du désert n'avait pas besoin de se poser de questions pour comprendre que le manipulateur d'ombre était passé à l'action. Sans hésiter une seconde, elle décrocha l'éventail de son dos et balaya l'escouade de Gardes Noirs d'une puissante Lame de Vent.

De larges entailles apparurent sur les armures disloquées de leurs adversaire tandis qu'ils étaient propulsés en arrière, les deux ninjas ne perdirent pas une seconde pour tourner les talons et décamper. Mais alors qu'ils quittaient la mezzanine, ils virent que les Gardes Noirs étaient déjà en train de se relever, leurs corps désarticulés se réassemblant pour reprendre le combat, tous sauf celui dans l'Épée de Vent avait brisée la plaque pectorale.

Si Kankurô avait été là, il aurait pu saisir toute l'horreur que représentait ces marionnettes, car à la différences de ses pantins mécaniques, les Hitokugutsus conservaient une bonne part d'individualité mais ils étaient possédés par l'irrésistible volonté du Maître-Marionnettiste. À moins d'un miracle, seule la destruction du «cœur» de la marionnette pourrait délivrer l'âme du malheureux… si cette dernière n'avait pas été réduite en lambeau en assistant, impuissante, aux horreurs commises par son hôte.

Pour le moment cependant, les conditions de création des Hitokugutsus étaient le cadets des soucis des deux ninjas. L'alerte avait été donnée aussi Shikamaru décida que le plus sage était de se trouver un endroit pour se cacher et laisser les choses se tasser quelque peu plutôt que de foncer tête baissée dans un autre régiment de Gardes Noirs. Ils aperçurent une lourde porte entrouverte et s'y précipitèrent, espérant que ce qui se trouvait de l'autre côté fut moins dangereux que ce qu'ils avaient derrière eux.

La porte se referma sur les deux ninjas dans un claquement sec et Temari la verrouilla immédiatement. Il leur fallut quelques secondes pour habituer leurs yeux à la pénombre de l'endroit, mais ils constatèrent bientôt qu'ils se trouvaient probablement dans l'antichambre d'une vaste salle. S'orientant d'après les chuchotements qu'ils percevaient, Temari et Shikamaru s'engagèrent sous une porte voutée puis ils suivirent avec précaution le couloir menant à la pièce principale où ils découvrirent plusieurs vieillards, chacun habillé de couleurs distinctes, réunis autour d'une grande table ronde en métal brillant, penchés au dessus de livres et de cartes astronomiques, engagés dans une conversation animée. Pour éclairer leur travail, des globes immobiles étaient suspendus dans les airs et diffusaient une lumière bleutée.

Personne n'avait remarqué la présence des deux ninjas mais soudain, comme s’il avait reçu un signale muet, l'un des vieillards vêtu de pourpre leva la tête en direction de Temari et de Shikamaru et poussa un cri de stupeur. Les autres érudits se retournèrent tous en direction des deux ninjas en les regardant comme s’ils étaient des spectres ; certains se mirent à pousser des cris, la stupeur la plus totale se lisait dans leurs yeux écarquillés et de grosses gouttes de sueur commencèrent à perler sur leur front. Leur apparition causa un tel choc à l'un des vieillards qu'il en défailli, s'affalant mollement sur les cartes et les livres qui jonchaient la table. De toute l'assemblée, un seul homme, vêtu de blanc, parvint à garder son calme et son sang-froid.

"Calmez-vous, mes frères et sœurs." déclara le sage en blanc, "Ce sont bien eux, l'Ombre de la Flamme et la Tempête du Désert."

À mesure que les vieillards effarouchés se remettaient de leurs émotions, la stupéfaction fit place à un espoir mêlé de crainte.

"Mon nom est Vai'Gar," reprit le sage en blanc, "Le premier des devins du Roi, et nous vous attendions."

"Comment saviez-vous que nous allions venir ici ?" demanda Temari à brûle-pourpoint, légèrement irritée par la façon cavalière dont les devins les avaient accueillis, elle et le manipulateur d'ombre.

En réponse, Vai'Gar désigna de la main les cartes sur la table ainsi que le vaste dôme du toit sur lequel s'étendait une représentation de la voute céleste sous la forme de plusieurs milliers de points brillants de couleur blanche, rouge, orangée ou bleue.

"Les étoiles prédisent l'avenir et sont pour nous des conseillères." répondit le vieil homme, "Nous sommes au courant de votre quête, tout comme des raisons qui vous ont amenés jusqu'ici et nous allons vous aider."

Soudain, les paroles de Vai'Gar furent interrompues par une série de coups frappés à la porte de l'observatoire, les Gardes Noirs avaient visiblement retrouvé les deux ninjas.

"Vite, vous devez partir sans perdre une seconde !" chuchota le sage en blanc en s'approchant d'un mur, il tira un petit loquet bien dissimulé et une porte dérobée s'ouvrit sur un étroit passage, "Par ici, vous arriverez dans une galerie qui vous mènera directement aux appartements du Maître. Faites vite."

Temari et Shikamaru remercièrent les devins pour l'aide providentielle qu'ils venaient de leur apporter, et lorsqu'ils furent entré dans le passage, Vai'Gar leur donna un dernier conseil énigmatique :

"Prenez garde au vert. Le vert, c'est la mort." et il referma vivement la porte derrière eux, les laissant dans le noir à méditer sur cet avertissement sibyllin.


Vai'Gar était assis et attendait la mort. Il écoutait les Gardes Noirs qui s'affairaient à enfoncer les portes de l'observatoire. Ce n'était plus qu'une question de minutes maintenant, et lorsqu'ils seraient entrés, lui et tous les devins rassemblés ici allaient mourir. Ses compagnons s'étaient réfugiés, tremblants, à l'extrémité de la pièce, attendant que la mort les fauche, ce qui n'allait d'ailleurs pas tarder. Kobal, un sage à la robe mauve, se tenait seul à part, une dague à la lame recourbée pointée en direction du couloir qui menait aux portes. Vai'Gar ne se faisait aucune illusion, le sage mauve ne tiendrait pas plus de trois secondes face aux Gardes Noirs ; peut-être voulait-il juste s'assurer que ceux-ci, le percevant comme une menace, le tueraient bel et bien. En tout cas la détermination qui animait ses traits était sidérante.

En observant le visage de Kobal, le sage blanc découvrit que des gouttelettes de sueur perlaient le long de ses tempes et que les muscles de sa mâchoire étaient crispés. Il remarqua aussi le tremblement à peine perceptible de ses mains, il était certes terrifié mais semblait décidé à mourir la tête haute. Vai'Gar n'était pas un soldat, mais il savait reconnaitre le vrai courage. D'un bond, il se leva et força son corps tremblant à avancer en direction du sage mauve. Sa fin ne faisait aucun doute, mais il allait regarder à sa propre mort en face. Un léger sourire sur les lèvres, Kobal l'accueillit d'un hochement de tête qui disait sa gratitude pour le soutien moral que venait lui apporter son supérieur.

Le sage mauve sortit un autre poignard de sous sa robe et le tendit vers Vai'Gar.

"Vous savez vous en servir ?" demanda-t-il.

"J'ai de vagues notions…" avoua le sage en blanc. Le poids de l'arme dans sa mains avait quelque chose de rassurant.

"Oh, ce n'est pas très difficile, on la tient par la poignée en essayant de planter le bout qui pique dans celui qui est en face. Il faudra essayer de toucher le sceau qui relie le Garde Noir au Maître-Marionnettiste pour avoir une chance de le désactiver."

Vai'Gar hocha la tête en guise de réponse au moment où, à l'autre bout du couloir, un grand bruit de bois fracassé indiquait que la porte venait de lâcher. Dans quelques secondes, les Gardes Noirs allaient entrer dans l'observatoire.

• Qu'on en finisse… • pensa le sage en blanc.



Tenten grimaça lorsque l'aiguille lui transperça la peau, ses bras étaient tellement couverts de bleus qu'on aurait aisément pu la prendre pour une junkie. Elle se consola en se disant que tout ça allait bientôt être fini. La kunoichi se redressa sur la table, son corps lui faisait mal comme la plupart de ses muscles souffraient de crampes. Elle se concentra et pratiqua quelques exercices pour chasser les vestiges de la raideur somatique.

"C’est le grand jour." annonça Erwan en lui tendant deux de ses rouleaux de parchemins.

Tenten acquiesça en s'en saisissant et elle les déroula pour vérifier que tout était en ordre sur le papier. Ça avait l'air bon, l'arbalète à répétition était présente. Les Lames Jumelles d'Oomizu aussi.

"J'en avais un troisième, non ?" demanda-t-elle.

"Exact." répondit le med-nin, "Celui contenant la bombe alchimique, mais je l'ai donné au groupe chargé de la placer sous l'arène."

La kunoichi hocha la tête. Elle savait pour le parchemin, Shikamaru lui avait expliqué en détail la situation hier soir, et il avait également insisté pour que rien ne filtre au sujet de ce qui allait réellement se passer. Tenten avait désapprouvée l'idée de ne pas mettre Erwan dans la confidence, mais le manipulateur d'ombre était le chef de l'équipe, et elle allait faire ce qu'il lui demandait, même si ça ne voulait pas dire qu'elle approuvait.

"Que peux-tu me dire d'utile sur ce Karn'Aj ?" questionna la maître d'arme en enroulant ses parchemins.

Devant le mutisme du med-nin, celle-ci cru qu'il ne voulait pas en parler, mais il avait simplement pris le temps de rassembler tout ce qu'il savait :

"Et bien, que dire… Il est presque aussi large d'épaule qu'il est grand, et sachant qu'il fait à peu près deux fois ta taille, je te laisse imaginer. C'est un être titanesque, bardé de muscles saillants dessinés au-delà des normes physiologiques, il a à peu près les mêmes proportions et la même forme qu'un gorille, excepté sa tête hideuse et gigantesque qui a la forme d'un taureau avec des cornes pointues d'environs 1 mètre dont il se sert parfois pour éventrer ses adversaires. Sa peau est pratiquement aussi solide que du cuir bouilli, ce qui le rend très difficile à blesser, encore qu'une fois que le sang a coulé, il se transforme en une d'effroyable machine à tuer. La simple odeur du sang le plonge dans une frénésie meurtrière le poussant à démembrer ses victimes pour les dévorer et à se lancer à l'assaut pour massacrer encore."

Tenten blêmit en entendant cette description. Elle allait devoir se mesurer face à un colosse pour essayer d'éliminer le Roi Hakkyou en faisant sortir ce dernier, distrait par le match, de son bouclier invincible que formaient ses quatre gardes du corps et lui tirer un carreau entre les deux yeux. L'entrainement de la kunoichi repoussa sa peur. Pour elle, ce n'était pas une émotion légitime, la peur et le désespoir n'étaient que des illusions de l'esprit. Elle se rappela une conversation qu'elle avait eue avec Gaï-Sensei alors qu'elle était encore une toute jeune Genin fraichement promue…


L'escorte était sensée être mission de rang C, ce qui signifiait qu'il n'y aurait dû y avoir que quelques combats éparses, mais l'homme que l’équipe Gaï devait protéger se révéla être le témoin clé d'un procès de corruption qui, on ne s'en rendit compte que plus tard, remontait loin au sein de l'entourage du Daimyo du Pays du Feu. Gaï avait conduit l'homme et sa famille dans un refuge aussi secret qu'isolé leur assurant une relative tranquillité. Mais aujourd'hui ils allaient devoir sortir pour se rendre au tribunal et il ne faisait aucun doute que celui qui tirait les ficelles allait faire tout ce qui était en son considérable pouvoir pour que le témoin ne parle pas.

Ce matin là, Tenten était assise à l'extérieur du refuge, seule, profitant de la quiétude du petit matin et observant les étoiles qui disparaissaient progressivement une à une, éclipsées par la lueur du soleil qui se levait. Gaï la trouva là et s'installa à côté d'elle. La Genin ne fit aucun effort pour parler à son Sensei, celui-ci semblait aussi se satisfaire du silence, ce qui était plutôt étrange de sa part. En vérité, il attendait simplement que la kunoichi fasse le premier pas.

"Le combat m'effraie." dit-elle enfin.

Elle avait l'air honteuse d'avoir fait un tel aveu.

"C'est tout à fait normal." lui confirma Gaï, "Il faudrait être bien stupide pour ne pas éprouver de peur lors d'un combat. Stupide ou fou."

"Vous ne semblez pourtant pas inquiet, Sensei."

"Je ne suis ni stupide, ni fou." expliqua le Juunin, "Par conséquent, moi aussi j'ai peur. Mais c'est l'influence qu'a la peur sur nous qui importe au bout du compte. Sois tu la maîtrises et tu l'utilises comme un avantage, sois tu la laisses te contrôler." Gaï croisa les doigts et étira ses bras, faisant craquer ses articulations, "Si tu laisses la peur te dominer, elle te rongera jusqu'à ce que tu devienne son esclave."

"Utiliser la peur à mon avantage ?" demanda Tenten en fronçant les sourcils, "Comment la peur pourrait-elle représenter un atout ?"

"La peur nous maintient en vie." répondit son Sensei en souriant, "C'est elle qui nous dit de ne pas nous approcher du bord d'une falaise pendant une violente tempête."

"Il faudrait être stupide pour faire ce genre de chose." admit la Genin.

"Ou fou. Mais si tu la domines, la peur te donnera une force, une rapidité et une clairvoyance hors du commun. Si tu la laisse faire, elle deviendra un handicap, ralentissant tes réactions les rares fois ou elle te laissera agir."

Tenten acquiesça :

"Je me souviens de m'être égarée dans la forêt quand j'étais une enfant et j'ai été surprise par un ours. Je me suis retrouvée figée, incapable de courir, de crier ou de faire quoi que ce soit. Je ne pouvais que fixer l'animal qui m'aurait sans doute tué si un autre ninja ne s'était pas trouvé là."

Cette aventure traumatisante n'était pas vraiment son meilleur souvenir d'enfance, mais elle lui permit de mieux voir où voulait en venir son Sensei. Elle se tourna vers lui :

"Qu'arrivera-t-il si je reste figée aujourd'hui, Sensei ?"

Le Juunin se releva et, se tournant vers sa disciple, éluda la question avec un grand sourire :

"Tu veux un conseil ? Ne restes pas figée."


Le regard de Tenten était devenu fixe tandis qu'elle se souvenait. Elle leva les yeux vers Erwan qui continuait de lui parler, s'extirpant brusquement de sa rêverie.

"Il y a un point positif néanmoins, Karn'Aj n'est musclé que jusqu'aux sourcils." lui disait-il, "C'est une montagne de muscles avec une grosse tête et un large front derrière lequel l'épaisseur de la boite crânienne ne laisse pas beaucoup de place pour la matière grise. En d'autre terme, il n'essayera pas de te feinter, il va se contenter de frapper de plus en plus fort et de plus en plus rapidement afin d'écraser le problème sous la force brute."

"C'est noté."

La kunoichi avait dorénavant plus confiance, elle avait l'habitude de se battre avec des gens qui frappait vite et fort. Ceci étant dit ce Karn'Aj n'allait surement pas retenir ses coups comme le faisait habituellement Lee ces dernier temps - elle l'avait plusieurs fois réprimandé à ce sujet. Le cœur de Tenten se serra en repensant à son andouille de petit-ami, sa douceur et ses câlins lui manquaient. Bientôt ils se reverraient.

La porte finit par s’ouvrir, la clameur de la foule en délire inonda la petite pièce. La maître d'arme se leva, se dirigea vers Erwan et l'embrassa affectueusement sur la joue.

"Merci pour tout." lui murmura-t-elle avant de s’engouffrer dans l’arène.

Une fois à l'extérieur, éblouie, elle resta un instant immobile, le temps de laisser ses yeux s'habituer à la luminosité. Au fur et à mesure que sa vision s'améliorait, elle put constater qu'il n'y avait aucun groupe d'esclaves présent avec elle dans l'arène, le combat allait être un pur un-contre-un, ce qui n'entamait en rien l'ardeur des spectateurs qui encourageaient Tenten d'un flot d'obscénités braillardes. Dans la tribune en face d'elle se trouvait sa cible, le Roi Hakkyou qui était totalement seul, hormis son escorte d'automate, ce qui allait rendre son assassinat encore plus facile : personne ne serait à même de le prévenir qu'il se laissait emporter par le combat.

D'un geste du Roi, deux équipes de gardes retirèrent l'épaisse poutre qui barrait l’accès de la massive porte qui se trouvait directement sous la tribune officielle avant de disparaitre rapidement par des sorties spécialement aménagées qu'ils verrouillèrent derrière eux. Malgré le brouhaha sonore produit par le publique, la kunoichi entendit le grondement caverneux d'une bête énorme résonner dans l'ombre de la cellule, puis soudain, elle vit deux gigantesques battoirs, énormes caricatures de mains humaines, s'accrocher aux montant de la porte et une colossale silhouette s'avança dans la lumière en grondant.

Tenten nota qu'Erwan n'avait pas beaucoup exagéré concernant la taille de la créature, il s'agissait d'un incroyable monstre qui faisait bien trois mètres d'une épaule à l'autre. Son torse musculeux n'était recouvert par rien, si ce n'étaient de profondes cicatrices, des brûlures et des veines pulsantes épaisses comme un pouce. Il dominait la jeune kunoichi, chacun de ses bras était aussi large que le corps tout entier de Tenten, mais elle lui faisait face dans une posture de défi, repoussant sa peur, de crainte de se laisser dominer par elle.

Les deux combattants s'observèrent, momentanément figés, chacun jaugeant silencieusement son adversaire. Comme Gaï-Sensei lui avait appris à faire, Tenten banda ses muscles et sentit le sang affluer en eux ; du sang et de l'adrénaline. Cette dernière allait la rendre plus rapide, moins sensible à la douleur, l'aiderait à combattre la fatigue et rendrait les mouvements de son opposant plus lent qu'ils ne l'étaient en réalité. Mais à quelle vitesse pouvait vraiment bouger ce monstre ?

L'instant se brisa comme du verre et le combat commença.

Karn'Aj beugla un hurlement de guerre à glacer le sang, faisant surgir de sa bouche de gros jets de salive, et il chargea la kunoichi. Ses jambes incroyablement musclées avalèrent la distance le séparant de la maître d'arme en quelques secondes. Tenten invoqua une masse d'arme et courut en avant pour le rencontrer. Les deux combattants se percutèrent violemment au centre de l'arène, la kunoichi évita un premier coup de poing capable de tuer un éléphant et son arme frappa la poitrine du monstre mais ce fut comme si elle avait frappé un mur : la violence de l'impact vibra le long du bras de Tenten et faillit lui faire lâcher son arme alors que Karn'Aj n'avait apparemment même pas remarqué le coup. Celui-ci s’élança dans un coup de poing investi d’une force immense mais de façon peu convaincante, comme si ça le chagrinait qu’il dût se donner tant de mal. Ce coup avait la prétention de régler les choses en mettant la kunoichi à terre, la mâchoire en bouillie et la tête pendante, déconnectée de sa colonne vertébrale, mais celle-ci était rapide et l'attaque la manqua d'un cheveu.

La maître d'arme tenta de rester le plus près possible afin de faire jouer la taille du monstre contre lui, et comme la portée de ses coups était bien plus courte que celle de Karn'Aj, il ne lui servait à rien de reculer, pour l'instant en tout cas. Un autre balayage offrit une ouverture à Tenten et sa masse d'arme s'abattit sur le poignet droit du monstre, sans beaucoup plus d'effet que son attaque précédente. La kunoichi grogna de frustration, elle avait l'impression de n'être qu'une enfant se démenant contre cette chose, incapable de lui faire le moindre mal. La foule devait apprécier le spectacle.

Karn'Aj donna un coup de pied, profitant du fait que la maître d'arme était focalisée sur les mouvements mortels de ses bras. Le coup lui arriva droit dans le ventre et l'envoya quinze mètres en arrière, glissant sur le dos à la surface de l'arène. Une clameur s'éleva des gradins. Elle toussa. Elle avait réussi à amortir le choc, qui sinon l'aurait sans aucun doute tué, mais l'impact lui avait quand même vidé les poumons.

Le monstre chargeait droit sur Tenten alors qu'elle était encore sur le dos, il avait levé ses deux poings en même temps de façon à y mettre toute sa force pour placer un coup mortel à la verticale. La kunoichi roula sur le côté au dernier moment et les poings de Karn'Aj frappèrent durement le sol sableux de l'arène, soulevant un nuage de poussière. La maître d'arme en profita pour se remettre debout et se placer à distance du monstre. Lorsque celui-ci se retourna, son adversaire avait réussi à mettre une vingtaine de mètres entre lui et elle. Il hurla et chargea à nouveau, tête baissée comme un taureau furieux. Tenten l'attendit en lui disant, comme si il pouvait l'entendre :

"Si je ne comptais que sur ma force, comme toi, j'aurais de quoi trembler. Mais Gaï-Sensei m'a appris le Taijutsu et tous les hommes, quels qu'ils soient, ont le même point faible !"

Alors que Karn'Aj était sur le point de la percuter, la kunoichi glissa en avant sur le sable de l'arène, passa sous le monstre et abattit sa masse d'arme sur son entrejambe. Dans les gradins, tous les spectateurs masculins serrèrent les cuisses en grimaçant, imaginant sans peine ce que devait ressentir leur champion.

Celui-ci était tombé à genoux, les mains crispées sur sa virilité, et avait poussé un hurlement de douleur qu'on avait dû entendre depuis les murailles de la ville. La maître d'arme en profita pour grimper sur le dos du monstre et, s'accrochant de sa main libre à sa tignasse poisseuse, commença à lui marteler le coté droit du visage. Karn'Aj se secoua pour la faire tomber, se déhanchait pour essayer de l'attraper, mais Tenten avait compris que la morphologie du monstre empêchait ses mains d'atteindre ce qui se trouvait derrière sa tête. Elle fit s'abattre impact sauvage après impact sauvage dans le visage de son adversaire, brisant une de ses cornes, labourant profondément sa joue et son arcade sourcilière, crevant un de ses yeux et cassant son imposante mâchoire.

La douleur, l'odeur du sang, mais surtout la frustration que ressentait Karn'Aj lui fit perdre tout contrôle, une agressivité à l'état brute le submergea comme un torrent de lave en fusion. Se secouant encore plus fort, il parvint à déséquilibrer la kunoichi et réussit enfin à l'attraper pour la projeter au sol avec une force quasi-sismique !


Dans la tribune officielle, le Roi Hakkyou ne put s'empêcher de frissonner. Il avait déjà entendu ce genre bruit, quand un soldat avait marché sur un parchemin explosif lors d'une mission, son torse avait fait un bruit à vomir en retombant. Le bruit qu'avait fait le corps de Tenten en percutant le sol était le même, mais mille fois pire ! Le maître de Commoragh soupira, le combat avait été intéressant, mais bien trop cours malgré tout. C'est alors qu'il remarqua une silhouette descendre depuis le ciel sur Karn'Aj. La kunoichi ? Comment était-ce possible ? C'était pourtant bien elle. Une technique de substitution pour échanger sa place avec le cadavre d'une victime des précédents combats ? C'était bien trouvé. Élégant, en vérité.

Elle avait échangé sa masse d'arme pour un lourd marteau de guerre à deux mains et tombait à toute vitesse vers son adversaire qui s'acharnait sur le mauvais cadavre, inconscient du danger. Dans les gradins, des spectateurs hurlèrent des avertissements, mais Karn'Aj ne les entendit pas, ou du moins, il n'y prêta pas attention. Tenten lui tomba dessus en abattant son marteau avec toute la force de son élan sur l'épaule droite de son adversaire. Le monstre n’exprima aucun son de douleur lorsque son deltoïde explosa dans une gerbe de sang, révélant l'os et les nerfs en dessous, il se contenta d’écarquiller les yeux, comme si il ne comprenait pourquoi son bras droit mort pendait désormais inerte à son côté.

Le Roi Hakkyou frémit d'excitation, il n’était venu à l’esprit de personne que ce petit bout de femme, cette fillette, pût poser problème un seul instant à Karn’Aj, l’Invincible Seigneur de la Fosse, auréolé de sa gloire sanglante de champion de l'arène, mais c'était pourtant ce qui était en train d'arriver. Ce combat promettait d'être passionnant, il faudrait qu'il félicite Dohyou pour l'avoir organisé.

Où était passé l’organisateur des jeux de l’arène au fait ?



Dans les sous-sols du colisée, Dohyou se tenait au dessus de la fosse où l'on enfermait les Tigres de Jashin. Ceux-ci étaient parfois lâchés dans l'arène pour pimenter un peu les combats, mais c'était devenu relativement rare : très peu de gladiateurs arrivaient à rivaliser avec 15 Tigres de Jashin déchaînés. Le biopiste qui avait conçu ces monstres avait dit à l'époque :

"La Nature n'aurait jamais pu créer une telle abomination, et c'est là ma plus grande fierté, car celui qui n'a jamais affronté un Tigre de Jashin ne peut prétendre connaître l'essence même de la sauvagerie."

L’organisateur des jeux de l’arène comptait d'ailleurs sur la férocité de ces monstres pour échapper aux ordres de la Prêtresse. S’il ne pouvait se soustraire à son influence, il allait faire ce qu'elle avait ordonné et serait responsable, bien malgré lui, de ce qui allait arriver au Roi Hakkyou. Il avait retourné la question dans tous les sens, mais n'avait trouvé que cette solution. Puisqu'il était le seul et unique à pouvoir couper les sécurités situées sur la cellule de Karn'Aj, sa disparition allait empêcher quiconque d'entrer dans cette cage, qui était actuellement vide puisque son unique occupant était en ce moment même en train d'équarrir la jeune Tenten.

Les ordres de la prêtresse se faisaient de plus en plus pressant et, sentant qu'il ne pourrait pas y résister plus longtemps, Dohyou lâcha prise et bascula en arrière, vers les Tigres de Jashin qui saluèrent leur nouveau repas en poussant des grognements furieux…



Sakura referma prestement la porte derrière elle, échappant ainsi à la patrouille de gardes qui approchait. Le tintement d'une cloche d'alarme lui indiquait qu'à présent, tout l'Azukarijo devait être sur le pied de guerre pour la capturer ou l'abattre - et assurément, l'un n'irait pas sans l'autre. Après les dégâts qu'elle avait faits dans le Kusuriya, elle savait qu'il n'y avait aucune pitié à espérer de la part de la garnison si jamais ils la rattrapaient. Elle était à présent dans une sorte de salle d'expérimentation et devant elle se trouvait un Biopiste vêtu d'une ample robe, assis en train de lire. Sans lui laisser le temps de pousser un cri ni de faire un geste, elle s'élança sur lui et le réduisit au silence d'un direct dans la mâchoire.

Un bruit de pas la fit se retourner et elle vit un Factotum arriver vers elle en sortant d'un petit couloir, les bras chargés de matériel. Découvrant ce que la Genin avait fait à son maître, l'homme laissa échapper un couinement perçant et, laissant tomber tout ce qu'il tenait, détala à toutes jambes le long du couloir. Bien décidée à ne pas laisser cet indiscret s'enfuir, Sakura se lança à sa poursuite mais deux gardes apparurent de part et d'autre du couloir et la mirent immédiatement en joue.

Pas assez vite cependant, car la Rose les expédia en enfer grâce à deux kunais, lancés en plein cœur avec une rapidité d'action et une précision foudroyante. Leurs hurlements d'agonie figèrent sur place le Factotum qui fit volte-face et sa face hideuse devint un masque de terreur abjecte lorsqu'il vit Sakura se ruer vers lui le point levé. C'en était de trop pour le cœur fragile du misérable scientifique qui cessa de battre, sans même avoir l'élémentaire politesse de laisser la Rose lui asséner le coup fatal !

Suivant le couloir, Sakura arriva jusqu'à une vaste salle dans laquelle résonnait le glouglou constant d'une vaste quantité de liquide en mouvement. En se penchant légèrement par dessus le parapet en métal, elle découvrit un spectacle impressionnant : situés autour d'un gigantesque puits dont l'eau jaillissait tel un geyser, une dizaine d'hommes et de femmes étaient attachés à des tréteaux. Leurs corps émaciés étaient percés de parts et d'autres par des tubes transparents qui leur apportaient des liquides vitaux et les débarrassaient de leurs excréments. L'eau qui sortait du puits s'écoulait dans un petit lagon et était évacuée via une cinquantaine d'ouvertures pratiquées sur les parois. Des Factotums sur des barques voguaient ça et là sur la surface turbulente, nettoyant les entrées des canalisations, testant la qualité de l'eau et faisant quelques réglages sur la machinerie qui alimentait les personnes autour du puits.

Sakura réalisa alors ce qu'elle avait sous les yeux : ces hommes et ces femmes autour du puits étaient des ninjas spécialisés en Suiton et leurs corps étaient utilisés pour pomper l'eau qui alimentait la ville. La machinerie les maintenait en vie et les Factotums les forçaient à créer de l'eau, ce qui siphonnait le chakra de ces malheureux jusqu'à ce qu'il n'en reste plus que des carcasses vides. Ces pratiques lui hérissaient les cheveux sur la tête, mais pouvait-elle vraiment s'attendre à autre choses de la part des habitants de cette ville. Ceci étant dit, le hasard avait voulu qu'elle trouve l'endroit d'où partait toute l'eau potable qui alimentait Commoragh, mais comment allait-elle faire pour détruire ce puits ?

Les secondes s'écoulaient inexorablement tandis qu'elle tentait d'élaborer un plan, quand son regard se posa sur les poutres de pierre qui s'entrecroisaient et maintenaient le plafond vouté de la vaste salle. Si ses connaissances en géométrie, en architecture et en physique des forces ne la trompaient pas, il lui suffirait de briser la sablière [Longue poutre horizontale, sur laquelle s'appuient les autres pièces d'une charpente] pour que toute la structure s'écroule comme un château de carte. Stimulée par l'audace de son projet, elle se mit à chercher un moyen d'atteindre ces poutres qui étaient disposées fort haut. Heureusement, au bout de la coursive où elle se tenait se trouvait une échelle menant à un portique duquel elle pourrait sauter et frapper la poutre de soutien.

Tout à la joie d'atteindre bientôt son objectif «bonus», Sakura s'élança vers l'échelle mais alors qu'elle n'était plus qu'à un mètre d'elle, la Rose entendit soudain un cri d'alarme : elle avait été repérée !

"Alerte ! Aleeeerte ! Un intrus !" beuglait un des Factotums sur les barques en la pointant du doigt.

Alors que retentissaient les cris d'alarme, Sakura courrait tête baissée vers l'échelle et commença à y grimper. Jetant un œil derrière elle, la Rose vit que des soldats avaient fait irruption sur la galerie, ils se déployaient le long du parapet et commencèrent à lui tirer dessus ; seule au milieu de l'échelle, elle faisait une cible parfaite. Les carreaux ricochaient sur les barreaux de fer et frôlaient la Genin de toutes parts en sifflant, mais sa remarquable agilité ainsi que sa rapidité lui permirent de continuer son ascension indemne, jusqu'à ce qu'une douleur fulgurante lui traversa la jambe gauche et elle ne put réprimer un cri. En baissant les yeux elle constata avec horreur qu'un carreau s'était planté dans sa cuisse ! La Rose l'arracha d'un geste vif puis, serrant les dents, elle poursuivit son ascension avec d'autant plus de détermination qu'elle touchait presque au but.

Sakura atteignit le haut de l'échelle et parvint enfin à se hisser sur la plate-forme. Désormais les carreaux ne pouvaient plus la toucher : il ricochaient sur le plancher en métal qui l'isolait et la cachait à la vue des gardes. Elle en profita pour stopper l'hémorragie grâce à ses Jutsus de guérison et une fois ses souffrances apaisées, elle se concentra sur sa cible. La sablière était énorme, mais elle devait pouvoir réussir à la briser en concentrant au maximum son chakra. Le vrai problème était qu'elle allait se retrouver coincée ici si elle ne trouvait pas un moyen de sortir au plus vite une fois sa tâche accomplie. Mais alors qu'elle pensait devoir filer sans pouvoir réussir à détruire le puits, elle avisa un balcon d'observation situé sur le mur d'en face, à une trentaine de mètre de distance et environ trois mètre plus bas que la plate-forme où elle se trouvait. Pile ce qu'il lui fallait.

Soudain, des bruits de bottes sur l'échelle qui menait à la plate-forme l'alertèrent et elle eut juste le temps de se retourner pour voir dépasser une tête mal intentionnée. Elle envoya son pied dans le nez du soldat, le lui brisant sur le coup. L'homme lâcha l'échelle et tomba à la renverse en criant.

"Et restes-y !" lui lança la Rose en l'observant chuter.

Un carreau lui frôla l'oreille droite, déjà un autre soldat grimpait à l'échelle. Sakura prit tout l'élan possible et s'élança de toutes ses forces dans le vide. Les gardes semblaient avoir compris la manœuvre et tentèrent de s'y opposer en arrosant la kunoichi d'une multitude de carreaux. Tâchant d'ignorer les traits qui sifflaient autour d'elle, la Rose concentrait une immense quantité de chakra dans son poing afin de se donner assez de force pour détruire l'énorme poutre de pierre d'un seul coup.

Ce qu'elle fit.

La sablière explosa dans un craquement terrible, aussitôt suivi par un grondement sourd dans le plafond que des crevasses commencèrent à lézarder. Des éclats de mortier et des poussières de pierre tombaient en pluie dans le lagon alors que les dalles du plafond se fissuraient comme la banquise au dégel. Les yeux rivés sur le balcon d'observation, Sakura avait parfaitement calculé son saut, mais sa réception laissa quelque peu à désirer : elle heurta violemment la rambarde et s'érafla le nez, les tibias et les coudes. Fort heureusement, elle parvint à reprendre son équilibre et à se hisser sur la galerie d'où elle se hâta vers la porte qui la desservait, sans un regard vers les Factotums sur les barques qui hurlaient d'effroi tandis que des météorites de maçonnerie pleuvaient autour d'eux.

La porte donnait sur un escalier qui montait en colimaçon et dont la Rose grimpait les marches quatre à quatre, le cœur battant au même rythme que ses pas. La destruction de la sablière avait apparemment provoqué une réaction en chaîne, les murs s'étaient mis à trembler et le sol s'agitait si fort que Sakura avait un mal fou à garder l'équilibre. Glacée de terreur à l'idée d'être enterrée vive, assourdie par le fracas des énormes pierres qui tombaient autour d'elle, la gorge envahie par la poussière, elle montait vers le toit de l'Azukarijo dans une course éperdue, volant littéralement par-dessus les marches.

Lorsqu'elle atteignit enfin l'extrémité de la rampe qui menait au toit, elle trouva les deux battants gisant sur le côté, arrachés de leurs gonds, ils encadraient un monceau de décombres qui grossissaient de secondes en secondes et menaçaient d'obstruer la sortie. Mû par l'énergie du désespoir, Sakura se fraya frénétiquement un chemin au milieu les débris, enjambant au passage les cadavres de quelques gardes, et elle plongea à travers l'étroite ouverture une fraction de seconde avant que la voute s'effondre dans un gigantesque fracas.

La Rose n'était pourtant pas tirée d'affaire pour autant. Un terrible grondement et des bruits d'explosion remontaient des étages inférieurs, comme un début de tremblement de terre, le sol se souleva par endroit et la section centrale du toit trembla furieusement alors que tout l'édifice commençait à s'effondrer sur lui-même ! Sans perdre une seconde, Sakura utilisa une technique de transformation pour prendre l'apparence d'un des grands charognards qui peuplaient le ciel de Commoragh et s'envola à tire-d’aile vers l'arène, laissant derrière elle un Azukarijo en ruine. Elle l'ignorait, bien-sûr, mais le hasard avait voulu que juste au dessus du puits se trouvait un hangar où était entreposé un gros stock de produits chimiques inflammables et volatiles, l'effondrement de la salle avait provoqué une réaction en chaine massive, détruisant l'imposant édifice de l'intérieur.



Si Lee et Neji avaient déjà été dans de sales draps, ce n'était rien comparé à la situation dans laquelle ils se trouvaient à présent. D'un geste terrifiant de facilité, Caduceia fit si violemment pivoter le lourd vantail de pierre qu'elle l'avait arraché de ses gonds, elle tendit les mains en avant pour attraper les deux ninjas par leurs tuniques, les soulever du sol comme des fétus et les projeter avec violence à l'intérieur de temple. Hébétés par la violence du choc et effarés par la rapidité et la puissance inhumaine de leur adversaire, Neji et Lee se remirent fébrilement sur leurs pieds et se préparèrent à combattre. La commandante en chef des armées de Commoragh avançait vers eux avec la feinte nonchalance d'un chat jouant avec sa proie, savourant avec un rictus sauvage l'idée de tuer ce qu'elle prenait pour des envoyés du Grand Prêtre de Jashin venu la déloger d'ici.

Une fois qu'elle fut à portée, le Hyuuga passa immédiatement à l'action en utilisant la technique des 64 Poings du Hakke, prenant Caduceia de vitesse et fermant l'un après l'autre un nombre équivalent de ses tenketsus. Surprise par ce qui lui arrivait, elle mit un genou terre et Neji enchaina immédiatement sur un coup de grâce… que la commandante en chef des armées de Commoragh para avant de riposter avec un balayage latéral que le ninja aux yeux d'ivoire évita de quelques millimètres !

"Sssympa le coup des tenketsus." dit-elle en se relevant, "Hélasss, comme tu peux le voir : totalement inefficace."

Elle disait vrai, Neji pouvait le voir avec son Byakugan, son chakra circulait à nouveau dans son corps comme s'il ne s'était rien passé, l'attaque qu'il avait porté n'avait réussi qu'à brièvement la déstabiliser. Comment était-ce possible ? La seule fois où il avait vu ce genre de chose était lors de son combat face à Naruto. Leur adversaire était-elle une Jinchuuriki ? Ça allait compliquer les choses. Le Hyuuga se prépara à repasser à l'attaque, mais une main se posa sur son épaule, celle du Fauve de Jade.

"Va placer la bombe, Neji, celle là elle est pour moi."

Le ninja aux yeux d'ivoire fusilla Lee du regard, il savait ce que l'honneur exigeait, mais certainement pas ici ou maintenant. Cependant, il connaissait son coéquipier, il connaissait la flamme qui habitait ses yeux. Un contre un, et il n'en serait pas autrement, l'honneur l'interdisait. Il hocha la tête et se recula vers l'autel où il allait placer la bombe tandis que le Fauve de Jade ôtait les poids qu'il avait autour des mollets, conscient de la gravité du combat et de la force de son adversaire.

La commandante en chef des armées de Commoragh releva le défi, elle se redressa et écarta les bras en poussant un hurlement de guerre à glacer le sang. Elle n'avait aucun doute sur le résultat de cet affrontement, mais si ce petit présomptueux voulait une mort digne, il l'aurait ! De petites bulles commençaient à crever la surface du lac de sang, mais personne n'y prêta attention. Pour Lee, l'univers sembla se réduire. Il n'y avait plus rien d'autre : seulement lui et Caduceia, bloqué dans un combat à la vie à la mort, la définition même de leur existence.

Bientôt il n'en resterait plus qu'un.


Erwan leur avait expliqué en détail comment armer la bombe et faire en sorte qu'elle explose avec le maximum d'intensité, mais cela allait prendre du temps. Les bombes alchimiques étaient des engins mortels, même quand elles n'étaient pas armées, aussi les plus grandes précautions étaient-elles nécessaires pour celui qui les amorçait. Neji était incontestablement le plus qualifié des deux pour ce genre de travail, mais cela l'enrageait de savoir que le Fauve de Jade allait s'attirer tous les honneurs en triomphant de son monstrueux adversaire.

Si il en triomphait.

Son Byakugan lui permettait d'ailleurs de suivre le combat en même temps qu'il armait la bombe, et en comparaison avec Caduceia, Lee semblait pathétiquement petit, mais comme Gaï-Sensei leur avait appris, la Force ne faisait pas tout dans un combat, c'était la compétence du ninja qui importait vraiment. Le son des coups, assénés les uns après les autres, ainsi que les cris enthousiastes du Fauve de Jade ou les sifflements courroucés de Caduceia résonnaient dans l'air moite. La commandante en chef des armées de Commoragh avait beau être rapide, Lee l'était encore plus ; chaque fois qu'elle balayait l'air de ses mains griffues, il feintait juste assez pour éviter le coup et contre-attaquer dans l'instant. Le Genin était certain que les attaques toutes en force de son adversaire commençaient à ralentir, à peine, peut-être, mais assez pour lui offrir l'ouverture dont il allait avoir besoin pour assener un coup mortel.

Caduceia semblait à présent se rendre compte que le combat n'allait pas dans le sens qu'elle désirait et changea de tactique. Feintant un rapide coup de taille, elle fonça sur Lee lorsque celui-ci bougea pour esquiver. La ruse fonctionna. Le Fauve de Jade se retrouva déséquilibré et la commandante en chef des armées de Commoragh effectua un salto avant pour lui envoyer ses deux pieds directement dans la poitrine !

Lee fut violemment projeté en arrière, il rata sa réception en glissant sur les petits gravillons qui parsemaient le pont et se retrouva sur le ventre. Sans lui laisser le temps de se remettre, Caduceia bondit en avant pour abattre son talon sur sa victime à terre mais Lee roula sur le côté, attrapa la cheville de Caduceia avant de prendre appui sur ses épaules pour envoyer ses deux pieds dans la figure de son adversaire. Désorientée, elle n'arriva pas à réagir assez vite lorsque le Genin poursuivit son mouvement en se mettant sur ses mains, coinçant la tête de la commandante en chef des armées de Commoragh entre ses pieds, bascula en arrière pour l'entraîner avec lui dans son mouvement et la claquer au sol !

Peu affectée, Caduceia se releva d'un bond et se jeta sur le Fauve de Jade dans un sifflement furieux avec l'intention manifeste de le plaquer au sol. Celui-ci savait que, s'il se retrouvait au sol coincé sous son adversaire, il ne pourrait pas se relever et que cela signifierait sa fin. Il lui attrapa donc les poignets - il ne pouvait pas vraiment en faire le tour avec ses doigts, vu que ses poignets étaient aussi gros que les genoux de Lee - et lutta en opposant sa force à celle de la commandante en chef des armées de Commoragh, même s’il était conscient qu'il n'allait pas gagner en ces termes.

Un rire cruel remonta de la gorge de Caduceia qui sentait la victoire proche, elle n'avait qu'à se laisser tomber sur ce guignol en vert pour remporter le combat. Bientôt elle allait écraser le ninja au sol, s'assoir sur lui et lui arracher les membres les uns après les autres, comme on retire la chair d'un fruit. Elle aimait dépecer ses ennemis. Elle aimait les motifs que dessinaient les éclaboussures qui accompagnaient l'acte. Elle aimait les sons que ses victimes faisaient, les cris perçant et les hurlements d'agonie qu'ils poussaient lors de leurs derniers instants.

Le moment était venu. La commandante en chef des armées de Commoragh poussa en avant une fois de plus de toute sa force, ses jambes musculeuses lui assurant une puissance irrésistible. Les jambes de Lee, elles, commençaient à céder, mais c'était ce qu'il avait attendu : l'ultime poussée en avant de son abominable adversaire, c'était à ce moment là qu'elle serait la plus vulnérable. Le Fauve de Jade se tordit violemment, changeant la direction de sa propre énergie, non pas tout droit vers Caduceia, comme celle-ci s'y attendait, mais en arrière et sur la gauche, bougeant en même temps et ajoutant sa propre puissance à celle de son ennemie.

Cela fonctionna. La commandante en chef des armées de Commoragh se retrouva déséquilibrée, sans aucun moyen de se rattraper. Elle partit en avant, cherchant désespérément à retrouver sa position verticale, mais Lee était déjà derrière elle, il frappa durement dans les jambes de Caduceia qui s'effondra de tout son long sur le pont de pierre. Le Fauve de Jade effectua une Tornade de Konoha verticale sur le dos de son adversaire, la percutant de son talon droit directement dans la colonne vertébrale qui émit un vil craquement.

La commandante en chef des armées de Commoragh hurla de douleur, les yeux écarquillés de stupeur avant de s'affaler mollement au sol et de s'immobiliser.

Le Fauve de Jade se redressa en reprenant son souffle. La poussée d'adrénaline commençait à retomber dans son organisme et il se sentait exténué par le combat qu'il venait de mener. La douleur provoquée par les coups de Caduceia commençait à se rappeler à son cerveau maintenant qu'il n'était plus sous l'effet de l'excitation.

"Beau combat." lui dit simplement Neji, sans lever le nez de la bombe alchimique qu'il était en train de finir d'armer.

Lee sentait de la tension, pas de la fierté, dans la voix du ninja aux yeux d'ivoire. Il était sur le point de répondre quand le Hyuuga se retourna, l'air affolé, en lui criant de faire attention derrière lui. Caduceia n'était pas aussi morte qu'elle semblait vouloir le faire croire et malgré l'avertissement de son coéquipier, le Fauve de Jade n'eut pas le temps de réagir : la commandante en chef des armées de Commoragh le frappa d'un revers qui le cueillit en pleine joue et le propulsa hors du pont, directement vers le lac de sang qui bouillonnait à présent.

Sans même regarder Lee tomber vers sa fin, Caduceia reporta son attention sur Neji, un sourire sadique sur les lèvres, se délectant à l'avance de sa mise à mort prochaine.

"Comment peux-tu encore être debout ?" demanda le Hyuuga, interloqué, "J'ai vu Lee te briser la colonne vertébrale !"

"Exact." concéda la commandante en chef des armées de Commoragh, "C'est bien pour ça que j'ai mis du temps à m'en remettre, car même pour mon démon, une blessure de ce genre n'est pas chose facile à encaisser."

"Tu es bien une Jinchuuriki alors ?" demanda Neji, remarquant que son adversaire se déplaçait de manière en peu raide, ses pouvoirs de guérison n'étaient visiblement pas aussi étendus que ceux de Naruto.

"Le terme exact est «Possédée», car ce n'est pas un démon à queues que j'héberge. Mais assez parlé de moi, parlons plutôt de ta mort. Tu devrais d'ailleurs me remercier, pour toi ça sera peut-être douloureux, mais ton ami va passer l'éternité à souffrir en compagnie des âmes damnées prisonnières du lac de sang."

La commandante en chef des armées de Commoragh se prépara à passer à l'attaque quand une voix enthousiaste aboya :

"On n'en a pas terminé toi et moi !"

Une silhouette verte bondit de derrière, Caduceia se retourna juste à temps pour recevoir un coup-de-pied bicyclette en pleine figure. Elle vacilla, mais ne tomba pas. Lee bondit en arrière, prêt à reprendre le combat.

"Comment peux-tu être encore ici ?" siffla Caduceia, "Depuis quand les ninjas savent voler ?"

"Il faut toujours avoir une carte dans sa manche." expliqua le Fauve de Jade en désignant le câble qu'il avait sorti de sa sacoche pour se raccrocher au pont et ainsi remonter.

"LEE !" l'interpela le ninja aux yeux d'ivoire, "La minuterie est sur compte-à-rebours ! Il faut qu'on se tire d'ici maintenant !!!"

Le Fauve de Jade hocha la tête et se mit en position, légèrement accroupis, les avant-bras croisés devant son visage. La commandante en chef des armées de Commoragh se retourna vers Neji et dit :

"Ne rêvez pas, le seul endroit ou vous allez aller, c'est en enfer !"

Ce fut la vibration de l'air surchauffé autour de Lee qui alerta Caduceia qu'il se passait quelque chose d'anormal. Le Genin commença à se redresser en criant :

"Porte… de la Vie… OUVERTURE !!!!!"

La commandante en chef des armées de Commoragh reconnut immédiatement le danger. Ce gamin était en train d'ouvrir les Portes Célestes et il devait être arrêté au plus vite, sinon elle savait que, malgré toute sa force, elle serait dépassée. Lorsque le Fauve de Jade ouvrit la quatrième porte et son énergie physique fit voler des morceaux du pont autour de lui, elle lâcha un hurlement de guerre qui résonna à travers le temple et bondit sur le Genin. Elle avait été invaincue pendant plus de cinquante ans, tuant tous ceux qui osaient défier sa domination. Ce guignol en vert ridicule n'allait pas changer cette situation.

Lee n'attendit pas plus longtemps non plus, il s'élança vers son adversaire et ils se rentrèrent dedans comme deux camions se percutant de plein fouet. Caduceia tenta d'attraper le Fauve de Jade, mais ses mains se refermèrent sur le vide, il avait glissé sous elle d'un mouvement fulgurant et la propulsa en l'air d'un coup de pied à la puissance phénoménale. Elle n'arrivait plus à suivre, les coups de Lee s'enchainaient à une vitesse étourdissante, inhumaine.

Caduceia sentit que la mort était proche, bien plus proche qu'elle ne l'avait jamais été.

Le Fauve de Jade ouvrit finalement la cinquième porte et déclencha le Lotus «Verso», il expédia son adversaire directement dans le lac de sang. Le corps brisé de la commandante en chef des armées de Commoragh fit un geyser d'au moins 15 mètres lorsqu'elle percuta le liquide carmin bouillonnant ou elle s'enfonça et fut accueillie par les âmes damnées prisonnières qui se jetèrent sur elle comme des piranhas sur un morceau de viande, avides de s'approprier un corps qui pouvait leur permettre d'échapper à leurs tourments.

De son côté, Lee était retombé comme un sac sur ce qui restait du pont mais celui-ci, fragilisé par le combat, commença à s'effriter et le Fauve de Jade faillit basculer à son tour dans le vide. Il parvint à se rattraper in-extremis mais sa prise était des plus précaire, car ses poignets brisés souffraient de la technique qu'il venait d'utiliser : il n'allait pas tenir bien longtemps. Voyant ça, le ninja aux yeux d'ivoire hésita. Son petit démon aux dents longues lui susurrant d'abandonner Lee à son sort. Personne ne le saurait jamais et il pourrait aisément se rapprocher de Tenten pour la consoler et la réconforter.

Heureusement pour le Fauve de Jade, Neji se reprit. Il cloua le bec à sa jalousie et s'élança pour secourir son coéquipier, pour Tenten, pour le Hokage et pour Konoha. Comme lui avait dit son oncle, le Seigneur Hiashi : Aucun d'entre eux n'est correctement servi par la fierté personnelle. Un véritable ninja vaut mieux que cela. Il se pencha pour attraper la main de Lee et le hisser à bras le corps avant de sauter vers la sortie alors que le pont finissait de s'effondrer derrière eux.




Aller, courage, le prochain chapitre va conclure :)



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