Fiction: O-BoN (terminée)
« Que tu entres pour rester ou ressortir le temps s’abbatra sur toi pour t’avaler. »
Shikamaru se rend dans le cimetière de Konoha pour voir quelqu'un qu'il pensait haïr ; cet effort est-il respectueux du principe de l'équivalence qui régit le monde ? ONE-SHOT
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Rien à dire, juste à réfléchir.
Chapitre 1: O-BoN
- Mais qu’est-ce que je suis en train de faire…
Shikamaru cessa de marcher et se passa une main sur les yeux. Il goûta quelques instants au calme que peut donner le noir complet, en imaginant être ailleurs.
Mais, en rouvrant les yeux, il était toujours devant le grand portail du cimetière de Konoha.
- J’ai l’impression que c’est un mauvais rêve…
C’était sûrement ça, au fond. Une telle chose ne pouvait pas arriver ! Jamais, jamais, jamais Shikamaru ne se serait aventuré dans ce genre de reflexion. Ce qui touchait au quotidien devait toujours le rester ; comment aurait-on put arracher à un enfant sa peluche préférée, ou simplement briser son confort, son mode de vie, d’une façon aussi cruelle que subite ?
Et pourtant.
On sait que ce genre de choses arrive tous les jours ; on sait qu’il y a des gens opprimés, perdus, brutalisés. On sait que le malheur de perdre ce qu’on aime s’abat forcement sur nous à un moment où à un autre ; le bonheur est toujours compensé par son lot de malheur, le monde ne marchait que par equivalence.
Aimer quelque chose fait souffrir…
- Mais je ne l’aimais pas, murmura tout haut Shikamaru. Je ne l’aimais pas.
Le vent caressa la peau nue de ses avants-bras et il frissona.
- Qu’est-ce que je dois faire ? demanda-t-il. Je ne peux pas…
Le grand portail en forme d’arche accueillait le visiteur par ces mots :
Nouveau frisson.
- Qu’est-ce que je dosi faire ? répéta Shikamaru.
Aucune voix ne lui répondit, parce que personne ne l’accompagnait. Et le jeune homme frissona une nouvelle fois, distrait par la cime des arbres qui se balançait doucement.
Il n’y avait aucun bruit. Il aurait put se croire hors du monde. D’ailleurs, le monde n’existait plus, maintenant. Le quotidien avait été brisé, le confort habituel détruit. Il ne resterait rien, et cela ne changerait plus jamais.
C’était inévitable désormais, et Shikamaru le savait bien. Il aurait seulement aimé, comme autrefois, fuir devant les responsabilités.
Il s’avança doucement sous l’arche, balayant des yeux l’inscription lue tant de fois mais qui jamais jusque-là n’avait eut le moindre sens.
Le cimetière de Konoha était situé sur une haute colline, en dehors du village proprement dit. En haut d’un immense escalier de pierre, on pouvait trouver les tombes des habitants décédés. Les ninjas y étaient mélés aux autres habitants et tout y semblait harmonie.
Le lieu n’était pas emplie d’une tristesse grise et palpable comme dans les cimetières occidentaux. Ici, l’air n’était pas chargé de plaintes, les fleurs artificielles ne décoraient pas de pierres tombales en marbre.
Ici, les tombes étaient simples ; les pierres tombales blanches et verticales annonçaient le nom de leur résident, et ne portaient pas d’enjolivures écoeurantes. L’air portait des chants d’oiseaux mélancoliques mais vivants. Et le ciel y était aussi bleu qu’ailleurs.
C’est le constat que fit Shikamaru en levant le nez vers les nuages si familiers. Cela eut pour effet de le calmer très rapidement, et il s’avança donc entre les caveaux avec un peu plus d’assurence.
- Sakurasu Ichiro, Mishimoto Aruza, Yakimiki Urashi, Ubiro Shimaru, Ikitchi Yuraru…
Ces noms n’évoquaient rien pour lui, et, calmement, il les énuméra en passant devant eux. Il agissait mécaniquement. Plus tard, en réfléchissant à son geste, il aurait put interpréter ça comme une sorte d’hommage. La vie est fragile… on ne vit pas, ou peu. On existe encore, quelque part, dans le cœur des gens après avoir quitté son monde. Seulement, après quelques années, c’est finit. On existe plus pour personne. Notre passage sur Terre aura été aussi vite effacé qu’un papillon meurt en touchant la lumière qui l’attire…
- … Tohru Zakiro, Ryatchi Kimimarino, Yoku Kazuri, Oyamada Tatsuya, Satsure Fukimaro…
Qui somme-nous ? Des papillons ?
- … Yareï Garuha, Yurusa Takeo, Orayuma Hurashi, Maderaru Tamari, Kazehure Mikoto…
Des insectes futiles mais de brillants raconteurs d’histoires…
- … Yamirosu Akira, Mishiro Kikaba, Toroyu Makiru, Kibare Sumika…
Shikamaru s’arrêta net devant la tombe suivante. Instantanément, ses mains se glacèrent à l’intérieur de ses poches et des frissons le secouèrent de haut en bas sans qu’il ne puisse rien y faire.
Shikamaru se sentait minuscule. Insignifiant. Impuissant.
- Galère…
Il avala sa salive avec difficulté et reporta de nouveau son regard sur la tombe qui était devant lui.
- …. Nara… Shikaku…
En prononçant le nom de son père, Shikamaru sentit un poids disparaître de son estomac.
Ce n’était plus un mythe, une légende. C’était vrai, et le jeune homme le comprit en avançant les doigts vers la pierre blanche pour caresser les deux mots qui le faisaient tant frémir.
Shikamaru souffla et ferma les yeux. Son père… il l’avait toujours traîté assez durement. Oh, il ne le frappait pas, ou rarement ; mais il ne cessait de trop espérer de son fils. Il aurait voulu qu’il soit le meilleur en tout et pour tout. Lorsqu’il invitait Choji chez lui, Shikamaru subissait les lourds regards de son père qui signifiaient que Choji avait plus l’image qu’il se ferait d’un fils parfait.
C’était en partie pour cela que Shikamaru passait le maximum de temps hors de chez lui ; il avait apprit à se contenter de choses simples : trouver des formes dans les nuages, regarder les feuilles en haut des arbres quand il y avait du vent et rester alongé sous les cerisiers quand ils étaient en fleurs.
En grandissant cela ne s’était pas amélioré, loin de là ; Shikamaru n’était pas très sociable, et son père ne cessait de lui reprocher de ne pas aller à des tonnes de fêtes ou de soirées comme les autres personnes de son âge. A vrai dire, Shikamaru trouvait que ceci était tout sauf distrayant. Il n’était pas à l’aise avec les gens…
Les seules fois où cela ne le gênait pas, c’était lors des entraînements avec Asuma-senseï, lorsqu’il n’était encore qu’un genin. Choji et Ino étaient ses seuls véritables amis, mais ils étaient tout pour lui.
Shikamaru s’assit devant la tombe de Shikaku et soupira.
- Quel abruti. N’importe qui aurait survécut.
Sa voix qu’il voulait ferme bégayait quelques peu cependant… Shikaku était mort. Son père était mort.
Son père qu’il croyait haïr. Mais aujourd’hui, devant sa tombe, Shikamaru sentit des larmes perler dans ses yeux. Avec un hoquet, il les essuya d’un revers de main. C’était impossible ! Il ne pleurait jamais habituellement !
Son père…
Shikamaru donna un coup de poing sur le sol en jurant.
S’il n’avait pas voulut impressioner son père, ce jour-là... La guerre entre Konoha et Oto no Kuni faisait rage, et il n’avait pas put s’empêcher de défier l’Hokage et de participer à la bataille.
Quand une raffale de shurikens lui étaient arrivée dessus alors qu’il ne s’y attendait pas, c’est lui qui aurait dû y rester, il l’aurait mérité. Ca aurait été égal à l’équivalence qui régit le monde…
Mais si son père l’aimait, finalement, se sacrifier pour le sauver était sûrement un dû égal.
Shikamaru s’alongea sur la tombe et ferma les yeux. Il avait joué à l’imbécile toutes ces années ; et maintenant, comme cela avait été maintes fois prouvé, il en payait les conséquences.
EnD
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