Fiction: L'entretien d'embauche

Ce matin-là a lieu l'entretien le plus important pour Sakura. Elle n'espère qu'une chose : se faire embaucher. Seulement, ce matin-là, elle s'est réveillée avec un fièvre de cheval. Il va falloir composer avec, mais peut-être bien que la gentillesse d'un jeune homme pourrait l'aider.
Classé: -12I | Général / Romance | Mots: 18199 | Comments: 1 | Favs: 1
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hane-chan (Féminin), le 03/07/2020
Ça y est c'est le dernier chapitre ! Un gros morceau, parce que ça ne va pas être simple de régler les soucis. Mais l'aide ne vient pas toujours de là où on l'attend !

J'avoue, je suis assez contente du dénouement et de l'évolution des personnages. J'espère que ça vous plaira aussi !




Chapitre 5: Démission



Sakura attaqua la semaine toute tourneboulée. Elle salua Gaara et posa son sac sur son bureau. Les événements du week-end n'avaient fait que tourner en boucle dans son esprit, et elle s'était retourné la tête à propos de la photo. Elle n'avait que peu dormi, et ça se voyait. Gaara, peu sociable mais pas antipathique, hasarda une blague sur sa ressemblance avec lui. Lui-même grand insomniaque, il avait pris l'habitude de se maquiller le contour de ses yeux en noir pour cacher ses cernes. Elle esquissa un sourire forcé.

Sakura jeta un œil à la note que le directeur de la rédaction littéraire, en déplacement, lui avait laissée. Elle avait en charge la critique d'un thriller. Il aurait normalement dû échoir à Gaara, le spécialiste des thrillers et policiers, mais il suivait une femme victime d'abus, et même s'il avait été écrit par un homme, ou d'autant plus parce que c'était le cas, le directeur tenait à ce que la critique soit faite par une femme.

- Gaara, tu sais où est le livre que je dois critiquer ?

Il lui tendit un livre de sa propre pile.

- Désolé, je suis arrivé en avance, j'ai pris la liberté de le lire.
- Alors ?
- Tu vas en avoir des choses à critiquer.

Elle sourit, plus sincèrement cette fois. Gaara ne s'en rendait pas compte, mais son humour faisait plus facilement mouche de son ton pince-sans-rire que ses blagues forcées, trop calquées sur celles de leur ami commun, Naruto.

La surprise arriva alors qu'elle en était aux deux-tiers du livre. Sakura releva les yeux pour fixer, interdite, Sasuke sur le pas de la porte. Elle nota la page à laquelle elle s'était arrêtée, signala à Gaara qu'elle prenait sa pause, et enjoignit Sasuke de la suivre. Elle le mena jusqu'au petit jardin intérieur, où elle savait trouver calme et intimité à cette heure. Elle désigna le banc à Sasuke, mais il ne semblait pas disposé à s'asseoir, aussi se rapprocha-t-elle de la fontaine, dont le bruit couvrirait assurément leur discussion.

- Je veux me désolidariser d'Orochimaru.

Pour le coup, Sakura lui fit les gros yeux.

- Je... contrit, il reprit sa phrase comme si elle lui coûtait. Je ne savais pas à qui m'adresser.
- Tu as besoin de mon aide, articula Sakura, trop choquée par la révélation. Mais... Il y a encore pas longtemps, tu refusais jusqu'à ce que je signe un article élogieux à ton propos.
- C'est parce que je pensais que... enfin.

Sakura s'ébroua. Sasuke, sous ses yeux, réclamant son aide. Elle peinait encore à y croire.

- Non Sasuke. Tu veux mon aide ? On joue carte sur table. Ensuite on verra si j'accepte.

Contrit, Sasuke finit par avouer.

- Je pensais sincèrement que tu me courrais encore après.
- Donc... T'as voulu m'éloigner.
- Je ne te croyais pas impartiale.
- Je suis journaliste.

Il lui lança un drôle de regard, en demi-teinte, et elle sut qu'il avait vu la photo.

- Le professionnel et le privé, tu te rappelles ? lui lança-t-elle aigrement pour couper court à ses jugements.

Sasuke grimaça. Il se perdit dans ses pensées, réfléchissant avec soin à ce qu'il devait révéler.

- Orochimaru veut s'attirer la gloire sur lui. Tu me... Tu me connais. La gloire...
- Tu t'en fiches tant que t'en as suffisamment pour participer aux concours à l'échelle nationale et internationale pour prouver ta valeur.

Il acquiesça. Elle voyait sur son visage les petites rides qui signifiaient qu'il n'était pas d'accord avec les mots employés, mais que, l'idée y étant, il ne se lancerait pas dans un débat stérile. Cinq ans qu'ils ne s'étaient pas vus, mais les dix années où ils s'étaient côtoyés trahissaient ce que le temps ne changeait pas.

- Le problème...
- C'est qu'il m'a fait signer un contrat d'exclusivité. Avec un pourcentage de gains élevé en sa faveur.

Sakura déglutit. Il ne lui en avait jamais fait part lorsqu'ils étaient jeunes. Mais à cette époque, personne ne s'était sérieusement intéressé à Sasuke pour une carrière d'athlète, et il était fort possible qu'Orochimaru ait profité de sa naïveté d'antan. Si elle se souvenait bien, l'argent de ces gains, dans ses rêves les plus fous où il devenait riche et célèbre, Sasuke avait prévu de le reverser en grande majorité à des associations qui s'occupaient d'orphelins. S'il était relativement riche à l'heure actuelle, nul doute qu'avec l'entretien du manoir de ses parents et ses dépenses personnelles, il ne devait plus rester grand-chose pour des associations caritatives. Beaucoup, certes, mais pas suffisamment à ses yeux.

Sasuke n'était peut-être pas totalement le connard fini qu'elle s'était imaginé.

- Donc tu veux rompre ton contrat. Pourquoi ne pas avoir fait appel à un avocat ?
- Orochimaru est déjà avocat. Je n'ai aucun moyen de rompre son contrat. Sauf si sa morale et son éthique sont remis en cause.
- Auquel cas, il perdrait son droit d'exercer comme avocat, et son contrat deviendrait caduque. Et c'est là où j'interviens. Tu veux que je rédige un article qui ferait tomber le masque.
- Exact.

Sakura soupira, et s'assit finalement au bord de la fontaine. Lorsqu'elle jonglait entre plusieurs sections du journal, elle aurait pu faire quelque chose, mais maintenant qu'elle était vissée à la rédaction littéraire, elle n'avait plus aucun moyen d'agir.

- Si tu le fais tomber, tu y gagnes aussi.

Il faisait référence à la photo. Si Orochimaru perdait, il pourrait toujours faire publier la photo, mais elle aurait un impact beaucoup moins retentissant. Cependant, par vengeance, il restait capable de mettre sa menace à exécution, et les risques restaient élevés.

- Sakura...

Qu'il l'appelle ainsi de nouveau, sur ce ton qu'il avait employé lorsqu'il la suppliait de le laisser vivre son rêve... Elle était sur le point de se faire manipuler par ses sentiments, et ça lui fit peur.

- Si je plaide en ta faveur, que j'accepte un autre interview, ce qu'il pourra dire se retournera contre lui. Je... Je suis même prêt à...

Elle le coupa. Quoi qu'il s'apprêtait à dire, elle se douta que ce n'était pas une bonne idée de l'énoncer dans le jardin de l'entreprise.

- Tu habites toujours au manoir Uchiwa ?

Il acquiesça.

- Je viendrai. Ce soir. Peut-être pas seule, précisa-t-elle.

Il opina de nouveau avant de s'en aller. Sakura resta quelques minutes supplémentaires assise sur la fontaine, à le regarder s'éloigner et réfléchir. Sasuke devait vraiment être aux abois. Pour faire appel à elle, pour être aussi volubile. Attrapant son téléphone, Sakura rédigea un texto à Ino, son intermédiaire le plus sûr et son amie la plus fidèle dans la boîte.

Sakura eut beaucoup de mal à se remettre à sa lecture, son bloc-notes raturé et griffonné dans tous les sens. Elle était ailleurs, et attendait le soir avec un mélange d'appréhension et d'impatience. Elle parvint à finir le livre avant la fin de la journée, à se demander comment elle y était parvenue, mais en sachant qu'elle devrait le lendemain s'atteler à une relecture de la fin, et de l'ensemble de ses notes. Gaara n'avait pas tort, lorsqu'il lui avait signifié qu'elle aurait beaucoup à dire. Frustrée, fatiguée d'avance, elle rangea le livre dans son secrétaire, et fourra son cahier dans son sac.

Elle aurait tout juste le temps de se changer chez elle avant qu'Ino et Shikamaru ne débarquent.

À dix-neuf heures tapantes, ils étaient devant le manoir. Sakura leur avait fait un bref topo chez elle. Elle n'avait pas voulu risquer d'en parler dans le taxi. La renommée de Sasuke, ravivée par son article, l'en empêchait. Il avait d'ailleurs fait installer un grand portail électrique qui dénotait avec ses souvenirs du magnifique portail en fer forgé.

- Installez-vous.

Une gouvernante vint leur apporter le thé, et ajouta quelques gâteaux en reconnaissant Sakura. L'attention la toucha, et elle la remercia chaleureusement.

- Tu disais donc...
- Je veux faire tomber Orochimaru.

Shikamaru et Ino se regardèrent brièvement.

- Pointer toutes les incohérences de son comportement, les abus de moralité... énuméra Sakura à sa place.
- Mais pourquoi faire appel spécifiquement à Sakura ?
- Parce qu'elle a l'enregistrement de l'interview. Et qu'en échange, je peux sauver votre peau.

Intrigué, Shikamaru se pencha en avant, attentif.

- Orochimaru a été stupide. Il n'a qu'une photo de vous. Or, sur cette photo, on ne voit pas votre visage. Sakura est facilement reconnaissable, avec sa couleur de cheveux, mais vous êtes caché par sa tête. Les seuls détails qu'on voit de vous sont vos vêtements, vos chaussures, votre montre et votre queue de cheval. Dans la pénombre, il est difficile de distinguer la longueur de vos cheveux. L'enregistrement prouve que Sakura et moi nous connaissons depuis longtemps. J'ai aussi des photos qui l'attestent. Si je me procure ces mêmes affaires, que je les porte suffisamment pour être visible, voire même pour une couverture d'interview...
- Manquera plus qu'à faire croire à une idylle de retrouvailles, et le tour est joué !

Sakura et Shikamaru se dévisagèrent, pas aussi enthousiastes qu'Ino.

- Ça peut le faire, mais alors Sakura prendrait encore des risques, et son professionnalisme pourrait quand même être remis en question.
- C'est là qu'intervient l'enregistrement, comprit Sakura. On m'entend dire noir sur blanc à Orochimaru que je ne compte pas me servir de notre passé comme source pour l'article. En plus, dans mes notes, j'ai le nom de tous les intervenants. Si j'arrive à les convaincre d'accepter de signer leurs citations...

Elle fixa d'un air acéré Sasuke. La plupart craignait les retombées du prince s'il apprenait qu'ils avaient parlé.

- Sans représailles, assura-t-il.

Sakura s'affala au fond du canapé, contempla le plafond ouvragé. La nostalgie lui étreignit soudain le cœur. Elle se redressa soudain.

- Ton contrat... Il te permet de faire des interviews sans l'aval d'Orochimaru ?
- Il est censé faire l'intermédiaire. Mais il ne peut pas brider ma liberté d'expression.

Soulagée, Sakura se renfonça dans le canapé. Elle croqua dans un gâteau, et faillit éclater en sanglots. Il avait le goût de son enfance.

- C'était pas une bonne idée de faire l'entrevue ici...

Sa phrase prit tout son sens lorsque l'interphone sonna, et que la gouvernante annonça que monsieur Orochimaru souhaitait voir Sasuke. Paniqué de perdre son atout, il les fit se planquer dans la grande armoire en chêne qui avait appartenu à sa grand-mère, tandis que la gouvernante faisait disparaître les tasses. Collée à Shikamaru, son cœur battant à cent à l'heure, Sakura tentait de fixer Ino qu'elle ne parvenait pas à distinguer dans la pénombre. Elle entendit la gouvernante dire que Sasuke se trouvait dans le petit salon, puis le rire d'Orochimaru.

- Tu vis comme un vieux avant l'âge, Sasuke. Tu es réglé comme une horloge pour l'heure du thé.
- Ça ne m'empêche pas de faire mes entraînements quotidiens. Vous me disiez même que ce n'était pas une mauvaise chose.
- Ce n'est pas toi que je retrouverais à trois heures du matin à faire la fête, c'est sûr. Au moins, avec toi, je n'ai pas de scandale à étouffer.

C'est le moment que choisit Ino pour se cogner, alors qu'elle tentait probablement de s'installer plus confortablement. Sakura se serra d'autant plus contre Shikamaru qui la tenait fermement. La porte s'ouvrit à la volée, et Sakura ne regretta pas de s'être collée autant à son patron. Ino éclata d'un rire bête, et sortit de sa cachette. Elle referma la porte derrière elle, la laissant à peine entrouverte. Sakura distinguait la pièce, mais pria pour qu'Orochimaru ne la remarque pas.

- Je me suis peut-être trompé sur ton compte.

Ino enchaîna, entre son rôle d'écervelée retrouvée dans le placard, et de journaliste futée.

- Vous m'excuserez, monsieur, je ne tiens pas à ce que mes histoires de fesses fassent le tour des tabloïds. Au moins là-dessus, nous nous entendons bien avec Sasuke.

Orochimaru éclata d'un rire franc. Sasuke derrière lui, s'était statufié.

- Croire qu'un jeune homme au comble de sa forme physique pouvait résister aux plaisirs de la chair était mon erreur la plus naïve.
- Bon, vous m'excuserez de vous fausser compagnie, mais je ne suis pas venue pour faire la conversation.

Elle s'inclina, envoya à Sasuke un baiser de la main d'une pirouette.

- Attends ! Ton sac à mains.

Il vint le piocher dans l'armoire, en profita pour faire les gros yeux à Sakura qui avait décidément bien du mal à s'empêcher de pouffer, et referma bien la porte derrière lui. Ino le remercia chaudement après un " Mais oui ! Suis-je bête ! " fit claquer un baiser sur ses lèvres - du moins c'est ce que le bruit laissa paraître - avant de prendre la poudre d'escampette. Une chose était sûre : si un jour Ino ne perçait plus en temps que rédactrice mode, elle pourrait aisément se reconvertir en temps qu'actrice. Sakura se retint de nouveau de rire.

Shikamaru n'osait plus bouger. Il retenait sa respiration, mais elle se sentait excité contre elle, et ce n'était pas pour lui déplaire. Elle sentait le désir électrifier le moindre de ses muscles, et dut se rappeler qu'ils ne se sortiraient de ce mauvais pas qu'à la condition où Orochimaru était floué. La petite magouille d'Ino les arrangeait bien ; il ne verrait rien venir.

Sasuke finit par proposer à Orochimaru d'assister à son entraînement. Les deux partis, la gouvernante vint libérer Sakura et Shikamaru de leur incommodante situation. À peine sortirent-ils du manoir qu'ils se mirent à courir comme des dératés. Impossible de faire venir le taxi directement devant le manoir. Main dans la main, Sakura et Shikamaru riaient aux éclats. Le soulagement, d'enfin savoir qu'ils pouvaient se dépêtrer du bourbier dans lequel ils s'étaient fourrés était tel qu'ils ne pouvaient s'en empêcher.

Soudain, Shikamaru tourna à droite, entraînant Sakura dans son sillage. Surprise, elle le suivit alors qu'il l'obligeait à se baisser, à contourner un immense grillage. Grisée par l'adrénaline, Sakura escalada la fenêtre qu'il lui indiquait. Une femme passa dans le jardin, et il lui fit signe de se taire. Finalement arrivé dans la chambre, il ferma automatiquement la porte à clé avant d'abaisser les volets. La lumière filtrait encore au travers, permettant à Sakura de distinguer son patron. Il était beau, en ombres découpées sur les murs. Il était beau et débraillé, et malgré la discrétion qu'il lui demandait, ou peut-être justement à cause d'elle, elle avait envie de le faire gémir.

Sakura se réveilla à la lueur de la lune. Shikamaru lui caressait affectueusement la tête, et elle soupira de plaisir.

- Vous croyez qu'un jour on pourra se promener sans avoir à se cacher ?
- Un jour... Oui, probablement. Mais la clandestinité a du bon, ne trouvez-vous pas ?

Sakura sourit contre son torse, et enroula ses jambes autour des siennes. Personne ne pouvait lui enlever son bonheur fou mais fragile. Les rumeurs, basées sur du vent au départ, ne l'atteindraient pas tant que les bras de Shikamaru étaient là pour l'en protéger. Les rumeurs, elle en était fière, car cela signifiait qu'elle avait suffisamment attisé l'envie et la curiosité de ses pairs pour qu'ils aient conscience qu'elle pouvait attirer l'attention du président. Ils s'entendaient bien autant au niveau intellectuel que sexuel, et se portaient un respect mutuel qui ne faisait que grandir au fil de leurs rencontres. Ça lui changeait, et ça lui faisait du bien.

Le lendemain, ce fut une autre paire de manches pour sortir du manoir Nara. La femme de chambre qu'ils avaient croisée la veille fut leur fidèle alliée, portant discrètement à Sakura un café alors qu'elle ne pouvait pas sortir de la chambre, et des vêtements de rechange qu'elle piocha directement dans sa penderie personnelle. Sakura la remercia avec chaleur. Elle aurait voulu lui offrir quelque chose, mais la femme de chambre balaya sa remarque. Si elle rendait heureux le jeune Shikamaru et son air morne, c'était le plus beau cadeau qu'elle pouvait lui faire.

Elle regagna le bureau dès que la femme de chambre lui annonça que la voie était libre, et que son taxi l'attendait. Shikamaru était parti plus tôt, pour ne pas éveiller les soupçons. Gaara l'accueillit de son éternel air froid, qui camouflait la gentillesse dont débordait son cœur. La semaine promettait d'être éreintante, et il n'était pas question de se tourner les pouces. Elle avait un article sur le feu, et un autre qu'il lui faudrait rédiger sur son temps libre, faute de pouvoir s'y consacrer au bureau. Elle se sentait comme un agent double et l'excitation la grisait.

Le soir, elle put déjà présenter à Gaara une maquette de sa critique littéraire, suffisamment satisfaite pour le faire passer par la moulinette de son regard avisé. Plusieurs changements seraient encore à opérer, des corrections auxquelles elle devrait s'atteler le lendemain, mais elle put regagner son appartement avec fierté.

Elle ne se laissa le temps que d'un café avant de s'installer à la table de son salon, la liste des intervenants sous les yeux, le téléphone vissé à l'oreille. Pas question de retourner les voir en personne. Son apparence, bien trop repérable, finirait par mettre la puce à l'oreille d'Orochimaru s'il avait vent de sa présence. Elle assura avec conviction la promesse de Sasuke de ne pas mener de poursuites contre ceux qui dévoilaient leur identité, dut jouer la carte de la haine d'Orochimaru, et prier pour qu'aucun ne vende la mèche. Seuls quelques uns refusèrent de sortir de l'anonymat, ce qui lui laissait malgré tout un nombre conséquent de témoignages.

Puis, l'heure n'étant plus à déranger les gens dans leur intimité, elle s'attaqua au plan de son article. Elle ratura, modifia, insista sur les transitions, jusqu'à parvenir à un résultat suffisamment fluide pour s'autoriser une pause.

L'interview de Sasuke eut lieu au dojo Hyûga, où Naruto exerçait comme professeur. Il avait accepté de couvrir leurs intrigues à condition que Sasuke consacre une après-midi à ses élèves. Accompagnée de Saï, le photographe d'Ino, qui, s'il n'était pas fiable pour les horaires l'était pour tout ce qui relevait du secret professionnel, Sakura se servait du prétexte que Naruto leur offrait sur un plateau d'argent pour suivre l'événement en sa qualité de journaliste.

Naruto, grand sourire, les accueillit dans son kimono.

- Ça fait bizarre de se revoir, tous les trois. Ça rappelle des souvenirs !

Sasuke se renfrogna, comme s'il n'était pas sûr d'avoir envie de se remémorer cette période de sa vie. Il avait relevé ses cheveux en une queue de cheval haute, prenant à cœur son rôle de substitut de Shikamaru. Un peu blessée, Sakura se tourna vers son ami pour demander des nouvelles de sa femme.

- Enceinte jusqu'aux os ! fit-il en dessinant de ses mains un ventre comme un ballon. On dirait une baleine. Mais lui répétez pas ! Elle est encore plus redoutable depuis qu'elle est en congés maternité...

Sasuke releva un sourcil étonné. Son absence dans leur vie se marquait par des événements manqués. Le mariage de Naruto et Hinata en faisait partie. Cinq ans plus tôt, jamais Sakura n'aurait pensé que Naruto serait le premier de leur trio à se ranger et se caser. Bout-en-train et pas très finaud dès qu'on touchait aux sentiments, il était exaspérant de naïveté à ne pas voir l'amour qu'Hinata lui portait. Elle avait dû dépasser sa timidité et relever ses manches pour le secouer, mais ça leur avait franchement réussi.

- J'aurais jamais pensé qu'un jour vous feriez semblant d'être ensemble. Je vous voyais plutôt finir vraiment ensemble, ou ne plus jamais vous revoir.

Troublée, Sakura fit claquer ses mains pour changer de sujet.

- C'est pas que, mais on a une journée chargée.

Ils attaquèrent l'interview tambour battant, enchaînant les questions à propos des agissements d'Orochimaru. Sakura s'était dégoté quelques témoignages intéressants à ce propos en rappelant ses intervenants, et quelques uns, protégés par l'anonymat, acceptèrent même de lui fournir des photocopies de relevé de comptes où certaines transactions importantes laissaient penser qu'il détournait les fonds des gains de Sasuke à des fins personnelles.

Les paiements qu'il était censé faire à l'orphelinat où Sasuke et Naruto avaient grandi n'y parvenaient que rarement. Sasuke soupçonnait Orochimaru d'utiliser ces fonds en pot de vin pour étouffer les scandales de ses autres élèves. Malheureusement, faute de preuves, Sakura ne pourrait pas accuser Orochimaru. Il lui faudrait donc creuser, ce qui retarderait indubitablement son article, et rendait leur entreprise plus hasardeuse encore.

Enfin, il livra son dernier atout : l'identité de celui pour lequel Orochimaru tentait d'évincer le président Nara.

- Si Kabuto prend la tête du journal le plus conséquent et le plus impartial de Konoha, Orochimaru obtiendra un pouvoir médiatique conséquent sans que personne ne puisse s'en douter. Il pourra ainsi se lancer dans la carrière politique dont il a toujours rêvé, et gravir les échelons avec le soutien du public.

Malheureusement, les jours passant, l'article de Sakura peinait à s'étoffer. La démission du président Nara traînant, Orochimaru finit par mettre sa menace à exécution. La photo de Sakura et Shikamaru se bécotant allègrement fit la une des journaux à sensation, et les titres annonçaient en gros et en gras : " Relation sulfureuse entre le président du Konoha News et sa jeune protégée : les rumeurs étaient vraies ".

Saï répliqua en envoyant anonymement une photo de Sakura et Sasuke qu'il avait prise au dojo, alors qu'il leur demandait de poser d'un air complice et naturel - ce qu'ils avaient eu beaucoup de mal à faire. On y voyait Sasuke passant ses bras dans le dos de Sakura, et lui sourire affectueusement. Elle était collée à lui, l'observait en contre-plongée, offrant ses joues rosies à l'appareil photo. La gêne engendrée par la situation leur avait été bénéfique, mais leurs gestes avaient eu du mal à paraître spontanés. Ils avaient passé toute la fin de la matinée à se promener dans le jardin Hyûga, tantôt main dans la main, tantôt bras-dessus bras-dessous, collés, distants, se regardant, se cherchant, jusqu'à ce que Saï décrète qu'ils y étaient.

Jointe à cette photo, une de leurs années lycée, où l'on voyait Sakura debout derrière un Sasuke assis, entourant son cou de ses bras. Elle riait aux éclats, tandis que Sasuke bougonnait, mais sa peau si pâle laissait deviner les rougeurs de ses joues.

Sasuke y alla de son éclat face aux questions des journalistes tant à propos de la photo que de l'article élogieux que Sakura lui avait réservé, crachant qu'il n'avait " Rien à déclarer ", ce qui enflamma les foules plus encore que s'il avait avoué. Son silence médiatique reconnu, il n'en fallut pas plus pour que plus grand monde ne doute de la véracité des faits.

L'enregistrement de Sakura, où l'on entendait clairement Orochimaru la faire mousser à propos de leur passé commun fuita comme par hasard, ne laissant plus de doute sur l'origine du scandale. La déclaration de Sakura durant l'enregistrement fit d'une pierre deux coups : elle la protégea à son tour des remarques sur son professionnalisme, comme ils l'avaient prévu, et rendit plus crédible encore son amourette avec Sasuke. Orochimaru leur avait servi l'excuse en or.

Kiba faillit poser problème. Il était repassé chez Sakura, menaçant de révéler qu'il avait assisté à la scène, et d'avouer qu'il s'agissait bien de son patron. Elle lui renvoya ses affaires à la figure, en même temps que tout ce qu'elle avait sur le cœur.

- Si tu fais ça, je te jure que je fais de ta vie un enfer. Je ferai en sorte que tout le monde sache que tu m'as trompée avec une collègue de boulot, et t'inquiètes pas que ton chenil va sacrément perdre en réputation !

Kiba se retira sans mots.

Enfin, le clou du spectacle, les révélations sur les agissements d'Orochimaru, parurent. Ce fut Rock Lee qui signa le papier. Sakura, en plein milieu de l'ouragan, ne pouvait plus se permettre de le rédiger en son nom, sans que cela n'éclabousse Sasuke, Shikamaru, ou elle-même. Shikamaru ne venait plus trop au bureau le temps que tout se tasse, d'autant qu'y était révélée la tentative de pression d'Orochimaru pour faire changer le nom d'auteur, ce qui permettait de rebondir sur les pots de vin qu'Orochimaru versait à certains tabloïds en échange de leur silence, et pour lesquelles Sakura avait finalement obtenu preuves et témoignages. Il se fit entendre que l'article était paru sans le consentement du président Nara, absent, ce qui le protégea des accusations de diffamation et de partialité dans l'affaire.

L'article fit des vagues. Les retombées furent telles que Kabuto comme Orochimaru se trouvèrent dans l'obligation de faire des excuses publiques, et de poser leur démission. Sasuke, enfin libre de son contrat, trouva en Naruto un entraîneur fiable et honnête, et put enfin reverser l'argent dont il avait été dédommagé à l'orphelinat.

Pour Sakura, l'enfer au bureau n'avait pas fini. Les messes basses la suivaient toujours, tenant du chuchotement que le nom. Sa carrière de journaliste, à peine entamée, en prit pour son grade. Elle accusa le coup. Devoir mentir et arranger la vérité à sa sauce pour se sortir d'un mauvais pas lui déplaisait au plus haut point : elle avait fait ce qu'elle exécrait le plus, ce qu'elle redoutait à son embauche. Elle-même hésitait à démissionner à son tour.

- Vous croyez qu'un jour j'arriverais à me pardonner mon mensonge ?

Shikamaru l'étreignit plus fort. Nichant sa tête dans ses cheveux, déposant un baiser au passage, il répondit :

- Faites ce qu'il vous semble juste. On fait tous des erreurs, Sakura. La nôtre a été de tomber amoureux.

Les jours passant, le battage médiatique finit par se calmer. Sakura, finalement, était restée. Démissionner, ça aurait certes été prendre la responsabilité de ses actes, mais ça aurait aussi été une fuite. Elle voulait se prouver, et prouver aux autres, qu'elle pouvait mener sa carrière sans plus aucune bévue. Si son histoire avec Shikamaru finirait un jour par se savoir, elle voulait être prête, et avoir assez de bouteille derrière elle pour assurer avec aplomb que sa relation avec le président n'avait en rien profité à sa carrière.

Il lui restait encore quelques détails à régler. Elle s'arrêta au manoir Uchiwa, où il fallut s'accorder avec Sasuke sur le déroulement de leur histoire : bonheur, disputes, rupture, et l'espérait-elle, amitié qui perdure.

- Je peux te demander un baiser ? Juste un. Quitte à faire croire à une idylle, laisse-moi enterrer celle de mon enfance.

Sasuke soupira, tergiversa. Finalement il s'approcha d'elle. Jamais Sakura n'aurait cru qu'il accepterait. Elle faillit fondre en larmes. Ce fut un baiser doux et chaste, étonnamment plus fraternel que charnel. Lorsqu'il s'éloigna, Sasuke avait les pommettes roses. Ça lui allait bien, d'être un peu plus mignon. Sakura lui sourit tendrement, tapota sa joue pour qu'il arrête de froncer les sourcils, et s'échappa après lui avoir tiré la langue. Il lui sourit, de ce sourire qu'il avait lorsqu'il savait qu'il ne pouvait pas rivaliser avec la bêtise de ses deux compères. Un rire magique explosa dans la poitrine de Sakura, qui lui fit autant de bien que de mal. Elle chassa une larme au coin de ses yeux, et monta dans la voiture où Shikamaru l'observait sur la défensive, presque jaloux.

- Ça y est, vous avez fait vos adieux ?
- Ça y est. Je peux me consacrer à vous.



Ça y est, c'est fini !
Parvenir à clore une de mes histoires en peu de chapitres, y mettre un point final sans l'abandonner... Je dois admettre être assez fière de moi. Je suis un peu triste de devoir les laisser poursuivre leur vie sans moi, mais je ne m'inquiète pas trop pour la suite, ils sauront gérer.

Je me demande juste si un jour Shikamaru et Sakura parviendront à se tutoyer...

J'espère que vous avez pris du plaisir à lire cette petite fiction, autant que moi à l'écrire.
Je vous fais de gros bisous, et j'espère vous retrouver avec mes autres fictions.




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