Fiction: Lilas

- Un jour, je t'offrirai du lilas ! C'est sur ces mots que Naruto s'en alla. La laissant sur le carreau, désespérée, terrifiée à l'idée qu'il ne revienne jamais, ou sous la forme d'une lettre annonçant son décès. Était-elle destinée à perdre tous les êtres auxquels elle tenait ?
Version imprimable
Aller au
hane-chan (Féminin), le 26/07/2019
Je ne suis pas du tout satisfaite du titre de ce chapitre, mais je n'ai rien trouvé qui me convenait mieux, et qui ne risquait pas de donner trop d'indices. Donc on fera avec.

Ce chapitre lui, me plaît beaucoup, j'espère qu'à vous aussi il vous plaira !




Chapitre 3: Recherches



Armée d'un nouvel entrain, Sakura fila à la bibliothèque. Elle se connaissait trop bien pour savoir qu'il pouvait ne pas durer, et qu'il valait mieux en profiter tant qu'il était là. Elle éplucha les archives, les vielles coupures de journaux, se doutant que retracer le passé de Sasuke était le meilleur moyen de retracer le chemin qu'avait suivi Naruto. Elle remonta la piste au plus près de la vie de son ancien ami, reconstituant en filigrane l'histoire qu'il n'avait jamais contée qu'à demi-mots. Un père chef de la police, une famille quasiment intégralement dévouée à la protection de la ville, quelques uns engageant une carrière militaire, un patriotisme ambiant largement conséquent. Et puis, le drame.

Itachi Uchiwa, le chien galeux de la famille. D'abord adulé pour son génie, son ascension fulgurante, médaillé pour sa bravoure. Puis recherché dans l'intégralité du pays, peut-être même au-delà, pour avoir massacré dans l'intégralité sa famille, toute personne portant le nom Uchiwa. Toute, sauf une. Un petit garçon de huit ans, traumatisé à vie pour avoir vu ses parents se faire assassiner sous ses yeux par la personne qu'il aimait le plus au monde.

Une fois, une seule et unique fois, Sasuke s'était laissé aller à la confidence, lors d'une soirée où Sakura avait fait le mur, prétextant se rendre chez Ino, qui l'avait couverte en bonne amie. Kakashi, l'homme qui servait de famille d'accueil pour Sasuke et Naruto, et sans qui ces trois-là ne se seraient jamais connus ni même apprécié, s'était absenté pour un remplacement dans un lycée d'une ville voisine, et Naruto se vantait d'avoir trouvé la clé de son placard magique ; énième métaphore pour désigner sa réserve d'alcools. Il n'en fallut pas plus pour que la faussement sage Sakura accoure. Naruto s'était endormi en serrant contre lui la bouteille de saké qu'il s'était quasiment enfilée seul, et Sakura manquait d'en faire de même, la tête posée sur les cuisses de Sasuke qui râlait mais ne la dégageait pas. L'alcool l'avait lui aussi attendri, et le vague à l'âme qu'il ressentait ne lui permettait pas de s'imposer la solitude et les barrières desquelles il s'entourait habituellement.

- Tu sais, avait-il entamé d'une voix douce et lointaine, quand j'étais petit, mon frère c'était mon héros. Il était tellement intelligent et fort, c'était le fils préféré de mon père. Et il me le faisait savoir chaque jour qui passait. Par son indifférence, sa dureté. Il aurait voulu que je sois un second Itachi. Je n'ai jamais répondu à ses attentes. Mon frère, lui, tous les jours il m'encourageait. À ne pas baisser les bras, à m'améliorer, voir les progrès que je faisais, si minimes soient-ils. Mon frère, il prenait le temps pour moi. Ma mère, si aimante, ne pouvait pas raisonner mon père. Mon frère, lui, le pouvait.

Il avait laissé le silence s'installer, Sakura le regardant en contre-plongée, lui tourné vers Naruto qui ronflait, un petit sourire à la commissure de ses lèvres, une furtive douleur tordant ses traits, et son sourire s'évanouit. Elle sut à cet instant qu'il parlait plus pour lui que pour être écouté, et sa froide indifférence du lendemain lui rappellerait constamment qu'il regrettait de s'être ouvert à elle. Mais à cet instant, il ne portait pas encore ce sentiment, et il poursuivit.

- C'est pour ça que je le hais autant. Parce qu'il a été mon modèle, que ce lui d'avant l'est encore malgré moi, malgré tout ce qu'il a fait. Au fond, je le hais d'avoir fait ce que je suis dans la moindre de ses actions.

Ce soir-là, elle avait pleuré pour lui. Elle n'était pas au courant des faits divers des dernières années, cela ne l'intéressait pas, et ne savait pas exactement ce que Sasuke avait vécu. Elle le savait orphelin, son frère membre d'un groupe terroriste, mais ne connaissait pas les tenants et aboutissants. Pourtant, ce soir-là, sous la voix calme de Sasuke criait sa solitude et sa détresse, et elle avait pleuré. Jusqu'à ce qu'il craque aussi, et la serre dans ses bras en la remerciant pour ses larmes.

Sakura émergea de ses pensées à l'émotion qui lui noua la gorge. Depuis combien de temps n'avait-elle pas pensé à cette conversation ? À ces jours heureux et tristes à la fois, à cette soirée où elle avait su inconditionnellement qu'elle l'aimait, non pas pour ce qu'il laissait penser être, mais pour ce qu'il était ? Une crise de panique se profilait à l'horizon, et elle se releva brusquement pour couper court à ses souvenirs.

Une chose était sûre : où Itachi serait, Sasuke aussi. Et dans ses pas, Naruto.

Shikamaru semblait être parvenu aux mêmes conclusions, car le soir-même il parut à sa porte, tenant fermement le journal du jour, une mine soucieuse et grave sur son visage. Les gros titres annonçaient sans détour l'enlèvement du favori à l'élection présidentielle par l'Akatsuki. Candidat qui n'était nul autre que l'ex beau-frère de Shikamaru.

- Quoi que tu fasses... Je viens.

Scrutant la télévision avec intensité, l'un faisant les cent pas devant, l'autre attablée faisant blanchir ses jointures sur ses cuisses, ils écoutaient les informations dans un silence tendu, uniquement brisé par le goutte-à-goutte du robinet qui fuyait.

- ... toujours pas de demande de rançon ?
- Pour l'instant, aucune demande des terroristes n'a été faite. Le motif de cet enlèvement n'est pas connu. Certaines hypothèses avancent que l'Akatsuki cherche à attirer l'attention, mais le but en reste inconnu. Il est donc possible que cela ne soit qu'une démonstration de force. La dernière action revendiquée par l'Akatsuki remonte maintenant à cinq ans, lorsqu'ils ont fait exploser le Grand pont Naruto qui revêtait une importance économique majeure. L'Akatsuki est connue pour ses actions coup de poing visant à faire flancher le gouvernement. L'enlèvement de Sabaku No Gaara, candidat favori des sondages à l'élection présidentielle, semble donc s'inscrire dans cette même lignée, à un moment où l'Akatsuki ne faisait plus parler d'elle et paraissait presque de l'histoire ancienne.
- L'élection, d'ailleurs, censée avoir lieu dans moins de deux mois, est-elle remise en question ?
- Et bien pour l'instant, aucun communiqué de presse de la part de l'actuel président, Sarutobi Hiruzen, ne semble aller dans ce sens. Sa priorité est de retrouver Sabaku No Gaara, sain et sauf, et il compte y mettre, je cite " Tous les moyens à disposition ".

Shikamaru éteignit brusquement la télévision. Le discours des journalistes lui était insoutenable. Il s'assit par terre, la tête entre les jambes, se passant fébrilement les mains dans ses cheveux. Sakura tendit le bras vers lui et le laissa retomber en cours de route. Elle ne pouvait lui être d'aucun réconfort à cet instant.

- Tu es certain de vouloir t'engager là-dedans ? se contenta-t-elle de demander.
- Je suis sans attaches, comme toi.
- C'est faux, et tu le sais. Toi, tu as Chôji, et ta filleule. Moi, je n'ai...

Que toi, faillit-elle dire, mais elle se retint à temps.

- Que veux-tu que je fasse, alors ? explosa-t-il. Je ne peux pas rester sans rien faire... Je n'ai même pas la légitimité de demander à Temari comment elle va, en sachant pertinemment qu'elle ne va pas bien, qu'elle va s'engager dans les recherches coûte que coûte, et que peut-être même elle y passera aussi ! Qu'est-ce que tu veux que je te dise, hein, Sakura ? Que je vais me tourner les pouces, pousser Mirai sur sa balançoire tranquillement, aller boire une bière avec Chôji ? Ils m'ont déjà pris Asuma ! Le connard de frère de celui qui te sert de crush depuis des années a déjà tué le père de ma filleule !
- Et tu crois que ça serait mieux, s'il te tuait aussi, toi, son parrain ? hurla-t-elle à son tour, blessée par ses paroles.
- Tu veux quoi, que j'attende que tu crèves aussi dans ta noble cause ?

Ils se faisaient maintenant face, prêts à mordre, blessures à vif. Quelque chose louvoyait dans leur regard, et ils surent que la situation était en train de leur échapper. Les sentiments débordaient, ils n'avaient jamais prévu ça, n'en avaient jamais voulu, mais le mal était fait. Eux qui étaient brisés, pouvaient-ils construire quelque chose sur des bases instables ?

Shikamaru reprit ses esprits en premier, détournant les yeux.

- Écoute...
- Non, toi écoute ! Tu veux aider ? Soit. Mais alors pas de plan sur la comète, pas de folie aventurière. Dans tous les cas, on n'en est pas là. On va pas faire mieux que la police en l'état actuel, on n'en sait pas plus, probablement moins qu'eux, on va juste les gêner. Ça ne sert à rien de se faire un sang d'encre, à part tourner en rond, ou foncer tête baissée comme des cons. On reprend les choses dans l'ordre.

Shikamaru acquiesça faiblement, et Sakura s'appuya piteusement sur la table en soupirant pour tenter de calmer son cœur qui cognait dans sa poitrine à lui en faire mal.

Ils se retrouvèrent le lendemain matin, sans qu'aucun des deux n'ait beaucoup dormi. Rien n'avait évolué depuis la veille, et Shikamaru abandonna le journal dans le métro, emboîtant le pas de Sakura qui les guidait jusqu'à l'appartement où avaient vécu Naruto et Sasuke, et dans lequel Kakashi profitait paisiblement de sa retraite. Enfin, paisiblement n'était pas le terme, au vu des cernes qui cerclaient ses yeux lorsqu'il leur ouvrit la porte, étonné.

- Sakura ! Oh, Shikamaru, poursuivit-il un peu plus formel. Entrez, j'allais faire du thé.

Des mois séparaient Sakura de sa dernière visite à Kakashi, et celle d'aujourd'hui n'avait rien de courtoise. Il le sentit lui aussi, puisqu'il s'assit sur l'accoudoir du canapé, une posture qu'il prenait lorsque les choses lui échappaient et devenaient sérieuses. La dernière fois qu'elle l'avait vu ainsi, elle lui annonçait la fugue de Sasuke.

- Je suis désolée, entama-t-elle sincèrement, peinée de devoir lui faire revivre le désastre.

Kakashi se redressa pour servir le thé d'une main tremblante.

- Tu comptes partir aussi, n'est-ce pas ? Après eux ? Que vont dire tes parents ?

Elle n'y avait pas pensé. À dire vrai, elle n'avait même pas pensé les prévenir. Pour eux, Naruto n'était que de la mauvaise graine. Une bille à l'école qui n'en foutait pas une, qui créait le bazar partout où il passait et qui embarquait toujours Sakura dans ses bêtises. Sasuke lui avait le charme de l'enfant prodige, du gamin droit dans ses bottes et qui revenait de loin, mais qu'est-ce qui pouvait prouver qu'il ne tenait pas de son frère ? La suite leur avait donné raison, ou du moins c'est ce qu'ils avaient choisi d'en conclure. Alors si Sakura leur annonçait qu'elle, leur fille devenue chirurgien respectable malgré ses fréquentations passées, partait à leur recherche en risquant sa vie, et son poste...

Kakashi dut comprendre que ce n'était pas la question à poser, puisqu'il enchaîna :

- Qu'est-ce qui me prouve que tu vas les ramener ? Que toi, tu vas revenir ? J'ai déjà perdu deux de mes enfants adoptifs. Ne m'en fais pas perdre un troisième.

Sakura battit des paupières, émue aux larmes. Jamais Kakashi ne lui avait adressé un tel signe d'affection aussi directement. Elle l'avait toujours vu comme l'ancien tuteur de ses amis, son ancien professeur, elle avait souhaité, parfois, qu'il soit le sien, mais jamais elle ne se serait laissée aller à espérer qu'il puisse lui rendre la pareille.

- Je n'ai pas de garantie à te donner. La seule chose que je puisse te promettre, c'est ma prudence.

Parce que les fausses promesses, elle n'en voulait plus. Les promesses qui enchaînaient les autres non plus. Alors elle n'affirmerait rien qu'elle ne puisse réaliser.

- Et pour ça, j'ai besoin d'en savoir au maximum. Savoir à quoi je dois m'attendre, de quoi je dois me méfier.



Bon ça y est l'intrigue se met doucement en place !

Je suppose que vous ne l'avez pas vu venir, ce petit retournement de situation. Personnellement j'ai eu beaucoup de plaisir à l'écrire et à le peaufiner dans ma tête. L'idée de faire un clin d’œil à l'histoire de Naruto me plaisait assez.

J'aime bien aussi le petit souvenir avec Sasuke et Naruto, et montrer un Uchiwa adolescent plus doux, moins avare de mots me tenait à cœur.




Chapitres: 1 2 [ 3 ] Chapitre Suivante »



Veuillez vous identifier ou vous inscrire:
Pseudo: Mot de Passe: