Fiction: Lilas

- Un jour, je t'offrirai du lilas ! C'est sur ces mots que Naruto s'en alla. La laissant sur le carreau, désespérée, terrifiée à l'idée qu'il ne revienne jamais, ou sous la forme d'une lettre annonçant son décès. Était-elle destinée à perdre tous les êtres auxquels elle tenait ?
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hane-chan (Féminin), le 17/02/2019
De retour après 4 ans d'absence, j'avais envie d'écrire à nouveau sur Naruto. Ça fait bizarre de revenir ici !

Petite fiction qui ne devrait pas être trop longue, et pour laquelle je vais essayer cette fois de pas mettre quatre ans pour poster la suite (Oui j'ai encore l'espoir de finir au moins la fic "Comme une tornade", un jour peut-être).

C'est une UA, au fait, ça se passe dans le monde réel.




Chapitre 1: Un jour je t'offrirai du lilas



- Un jour, je t'offrirai du lilas !

C'est sur ces mots que Naruto s'en alla. La laissant sur le carreau, désespérée, terrifiée à l'idée qu'il ne revienne jamais, ou sous la forme d'une lettre annonçant son décès. Un vide immense cinglait sa poitrine, et son cœur se noyait dans l'étendue, se perdait, coulait. Elle aurait voulu pleurer toutes les larmes de son corps, ou s'arracher les yeux pour ne pas avoir à le faire. Devait-elle s'estimer heureuse qu'il l'ait prévenue de son départ ? Aurait-elle préféré qu'il s'abstienne, qu'il ne lui donne pas le mauvais rôle, celui de devoir annoncer à sa femme la nouvelle ? Elle l'aurait haï, si elle avait pu, pour lui faire ça. Mais elle en était incapable et il le savait, et il en profitait à sa guise, jusqu'à l'user de tout bon sentiment.

Etait-elle destinée à perdre tous les êtres auxquels elle tenait ? Devaient-ils tous s'en aller, les uns après les autres, comme une compte-goutte se viderait ? Combien devait-elle supporter avant que l'univers n'estime qu'elle avait assez souffert, qu'il était temps pour elle de se reposer sur quelqu'un qui l'accompagnerait dans son voyage jusqu'à ses derniers jours ?

Sasuke avait été le premier. Jusque là, elle ne savait pas encore ce que l'abandon signifiait. Quelque chose clochait depuis un moment, comme une fausse note dans la partition. Elle l'avait vu venir de loin, ce dénouement inéluctable, comme on raturerait violemment la page avant de la déchirer pour de bon. Amour piétiné, qui continuait de la hanter, amitié brisée à coups de marteau, éclats de verre lacérants qui se projetaient par vagues surprenantes des années plus tard. Puis ça avait été Ino. Son corps décharné, désarticulé, qui saignait abondamment, étalé sur la route comme une poupée de chiffon. Bientôt il ne saigna plus ; les pulsations erratiques de son cœur avaient simplement cessé. Et maintenant...

Et maintenant son dernier rempart avait cédé.

Que lui restait-il de ses jours heureux, de ces éclats de bonheur qui lui réchauffaient l'âme ? Elle avait froid. Ça s’insufflait dans ses muscles, dans ses os, la glaçait de l'intérieur. Son visage se ferma, elle boucla ses émotions, les verrouilla dans une boîte, jeta la clé du cadenas. Tout pour ne pas craquer. Si elle se laissait aller... Jamais plus elle ne pourrait se relever. Il ne lui restait plus qu'à continuer d'avancer, et ne plus jamais se retourner. S'affranchir du passé, raffermir sa prise sur le cordon de la vie, et devenir forte, toujours plus forte, à n'importe quel prix. À dire vrai, le prix, elle l'avait déjà payé.

Du moins, c'est ce qu'elle croyait.

Il fallut faire face. Sonner à la porte, voir Hinata ouvrir, surprise, inquiète. Au vu de l'heure tardive, il ne pouvait s'agir que d'un mauvais présage. Inspirant pour se donner du courage, elle releva les yeux pour les ficher dans ceux, laiteux, de son amie tremblante.

- Naruto est parti.

Elle crut sincèrement qu'Hinata allait défaillir. Sa main se serra sur le chambranle de la porte, à en faire pâlir ses phalanges, et elle murmura d'une voix blanche :

- Sakura... Je suis enceinte.

Un petit rire désabusé partit de sa gorge, incontrôlé, incontrôlable. Elle se passa une main fatiguée sur son visage, et essuya les quelques pauvres larmes qui s'enfuirent de ses yeux. Hors de question de pleurer devant Hinata. Elle n'avait pas besoin de ça. Qui avait le plus de droit de ressentir le chagrin immense qui les happait, entre elles deux ? Certainement pas Sakura. Elle aurait dû rester consoler son amie, mais elle s'en sentait incapable. Anesthésiée de toute émotion. Hinata n'en menait pas large non plus, et certainement que le choc la maintiendrait un temps dans le déni. Ensuite seulement pourrait-elle pleurer, hurler à sa guise, si sa fierté ne l'en empêchait pas.

La nuit lui parut s'étirer en longueur. Le sommeil la fuyait comme elle-même le fuyait, et elle s'installa sur la pauvre chaise unique devant la minuscule table de la cuisine. Elle resta dans la pénombre, un verre de vin devant elle, qu'elle toucha à peine. Le vin, c'était la dégustation, c'était le verre qu'on buvait pour une occasion particulière, c'était festif. Et plus rien ne l'était désormais. Elle n'alluma pas la télévision, ne bougea pas, resta enfermée dans son mutisme. Combien de temps demeura-t-elle ainsi, accoudée piteusement à sa table, ses yeux se perdant dans le vague, pensant trop et trop peu à la fois ? Il était quatre heures lorsqu'elle se décida à attraper son verre devant elle et trinquer dans le vide :

- À la solitude !

Et elle siffla son verre. Puis s'en resservit un. Et un autre encore, jusqu'à ce que la bouteille soit vide.

Elle se réveilla une fois de plus dans un lit qui n'était pas le sien, dans des bras qui n'étaient pas ceux qu'elle désirait, son sang pulsant douloureusement à ses tempes. Depuis combien de temps ce jeu absurde durait ? Depuis combien de temps se retrouvaient-ils pour combler leur manque affectif ? Mais leurs étreintes étaient le seul exutoire à la violence qu'ils enfermaient, à la frustration de ne pouvoir rattacher les morceaux déchirés de leur âme désolée. Ou peut-être se blessaient-ils un peu plus à chaque fois. Elle ne savait pas. N'avait pas envie de savoir. Et si la question lui traversait de temps à autres l'esprit, elle la laissait en suspens, flottant dans sa tête sans jamais y donner suite, soupirant pour couper court à sa torture habituelle.

Shikamaru se détacha finalement d'elle et se releva sans un mot, enfilant son caleçon balancé à la va-vite sur le sol et sortit de la chambre. Elle l'entendit se doucher, puis claquer la porte d'entrée, la laissant une fois de plus seule. Un café l'attendait cependant sur le comptoir, juste à côté du double des clés de l'appartement. C'était la seule attention dont il était capable de faire preuve, et ça lui suffisait amplement ainsi. Si Shikamaru avait été plus tendre, ça aurait fait bien longtemps qu'elle lui aurait lacéré le visage de ses ongles, l'aurait frappé et lui aurait hurlé dessus. C'était peut-être pour cette raison que leurs ébats n'avaient rien de doux.

Sakura se rendit en retard à son travail. Elle n'avait absolument pas envie d'y aller, mais ne pouvait pas s'y résoudre. La conscience professionnelle prenait le dessus, mais au-delà, elle sentait qu'elle ne supporterait pas de passer la journée entière seule avec elle-même, avec ses pensées qui tournaient en boucle, et cette phrase, cette pauvre phrase qui résonnait dans sa tête. "Un jour, je t"offrirai du lilas." Elle sentit sa bouche se tordre affreusement dans un immonde sourire, et il lui fallut tout l'effort du monde pour l'effacer de son visage. Des gens se retournaient déjà vers elle. Pas besoin de passer tout le trajet dévisagée par des inconnus qui la prendraient pour une folle.

Tsunade la fit venir dans son bureau à peine arrivée. Elle sut d'avance qu'elle n'allait pas passer un bon moment.

- Sakura, c'est ton troisième retard en l'espace d'un mois. Tu es chirurgien, tu ne peux pas te le permettre. Des gens comptent sur toi. Des patients. Des vies sont en jeu.
- Veuillez m'excuser.
- Non, je ne peux pas. Même si je voulais, avec toute la bonté du monde, je ne peux pas t'excuser. J'ai appris pour Naruto, et j'en suis navrée. Mais tu dois séparer ta vie privée de ta vie professionnelle. Sinon... jamais tu ne pourras te considérer comme un bon chirurgien.

Pétrifiée, Sakura n'était pas sûre de comprendre où son mentor l'emmenait. Ou pas sûre d'avoir envie de comprendre. Pourtant, elle articula :

- Êtes-vous... êtes-vous en train de me virer ?

Tsunade s'enfonça dans son siège, pinçant l'arête de son nez pour réfléchir.

- Non, je te mets en vacances forcées. On ne peut pas se permettre de perdre un médecin aussi compétent que toi. Seulement, si à ton retour rien n'a changé... Je serai obligée de te mettre à la porte, oui.

Devait-elle être soulagée de ne pas perdre son travail, sa raison de vivre ? Ou pieds et poings liés dans sa vocation, qui s'était peu à peu transformée en enfer personnel ? Elle ferma les yeux, revit le corps d'Ino, et souffla très lentement pour se concentrer sur sa respiration, et reprendre le contrôle. On ne lui laissait pas le choix. Aujourd'hui, elle n'avait pas le droit de fuir ses pensées. On lui refusait cette pause bienvenue. C'est donc naturellement, presque fatidiquement, qu'elle se rendit au cimetière, un bouquet de fleurs à la main.

- Salut, Ino. Ça fait longtemps, hein ? Je suis une mauvaise amie, je ne passe pas souvent, je sais.

Sakura s'installa sur le rebord de la tombe, propre et bien entretenue. La stèle gravée rappelait sans cesse qu'elle était partie trop tôt, la photo qu'elle était souriante et pleine de vie ; avant de ne plus l'être du tout. Sakura déposa le bouquet dans un vase vide, que les parents d'Ino laissaient à son usage, en sachant pertinemment qu'elle finirait par revenir. Et pourtant, elle passait peu les voir, et les évitait autant qu'elle pouvait. Elle ne savait plus comment les regarder dans les yeux. Que dire, après l'accident qui avait fauché leur fille ? Des banalités qui s'accumulaient, des mots creux, un malaise grandissant face à un amour débordant et une tristesse infinie. On ne devrait jamais avoir à enterrer son enfant.

- J'ai... J'ai encore couché avec Shikamaru. Je sais, tu vas me réprimander, et je sais que tu ne t'en remets toujours pas. C'est la dernière chose que tu aurais crue possible, n'est-ce pas ?

Ils n'avaient jamais été vraiment proches, Shikamaru et elle. S'ils avaient tous deux Ino comme trait d'union, ils ne se côtoyaient qu'en sa présence. Elle partie... Les choses avaient changé. Les fêlures s'étaient agrandies, il fallait recoller les morceaux. Puis ça avait été une bière au bar par-ci par-là. Et finalement, après avoir perdu sa meilleure amie, Shikamaru s'était fait plaquer par la femme de sa vie. Temari, du bout des lèvres, lui avait murmuré qu'elle ne pouvait plus se perdre dans l'ombre d'Ino. Elle s'en était allée, terrassée par sa jalousie, recroquevillée, sauvant les apparences, rapiéçant sa fierté de femme blessée. On ne rivalise pas avec une morte. L'image intouchable qui garnit les souvenirs de la personne décédée la pare d'une aura majestueuse.

Mais ça, Sakura ne le dira pas à son amie, fut-elle incapable d'entendre au travers du cercueil. Ino n'était pas responsable.

La suite, elle est facile à deviner. Noyer son chagrin dans le fond de son verre avec son amie d'infortune, pour finir le lendemain avec une tête rose plutôt que blonde dépassant de la couette. Et les voilà tous deux pris au piège d'une spirale infernale, d'un schéma qui se répétait trop souvent à leur goût mais qu'ils étaient incapable de briser.

- Mais, peut-être me pardonneras-tu, si tu savais... Naruto... Naruto s'est fait la malle à son tour. Il m'a laissée en plan, parce qu'il s'est mis en tête de ramener Sasuke pour moi. S'il savait... s'il avait compris que j'en avais plus rien à foutre. Mon cœur est déjà mort, et ce ne sera plus jamais le même Sasuke. Même s'il y arrive, il ne me ramènerait qu'un inconnu qui porte le même nom. Si seulement il ne s'était pas accroché à cette promesse qu'il m'a faite il y a des années... Il n'aurait jamais laissé Hinata seule, enceinte de lui, à se dire qu'elle va passer sa grossesse sans le père de l'enfant, sans jamais qu'il soit au courant. Je m'en veux, tu sais. Je m'en veux, parce que je crois bien que c'est de ma faute. J'ai arraché Naruto à Hinata.

Elle essuya les larmes qui coulaient abondamment sur ses joues. Elle ne se rappelait plus s'être mise à pleurer.



Je suis assez étonnée, ce chapitre m'est venu très facilement, il était bouclé en moins d'une après-midi. Pour quelqu'un qui n'a pas écrit de fic sur Naruto depuis quatre ans, je m'estime assez fière !

Je ne sais pas s'il reste beaucoup de monde dans la communauté WoN (ça fait un bail que je suis pas venue et que le site existe) mais j'espère que ce premier chapitre aura plu aux lecteurs toujours présents !




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