Fiction: Toi ou rien

C'est l'histoire d'une rencontre parmi tant d'autres. Celle de Tenten et de Neji. L'adorable Tenten et le froid Neji. La petite Tenten et le grand Neji. Tout commença lorsque cet homme avait levé les yeux vers elle et qu'il lui avait dévoilé ses yeux blancs. Tout commença lorsqu'elle lui proposa "Voulez-vous prendre un thé ?" Tout commença lorsqu'il la choisit.r
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Tanial (Féminin), le 19/12/2017




Chapitre 2: L'hiver



En retard. Ce terme pouvait décrire Tenten dans sa totalité. Le seul matin où elle était arrivée à l’heure au bureau, c’était non pas lors de son premier jour dans la boîte, mais lors du changement d’horaire. Quand on perd, ou gagne une heure, elle n’a jamais compris. Ce jour-là, son patron lui avait même offert un café à la machine. Vous ? À l’heure ? Venez, qu’on fête ça ensemble ! La jeune fille ne l’avait pas pris sur le ton de la rigolade, elle commençait à envisager sérieusement que cela relevait véritablement d’une maladie. Heureusement pour elle, son patron et ses collègues en riaient plus qu’autre chose. Par respect, Tenten partait toujours une heure plus tard que les autres.

En retard, Tenten était donc. Pas coiffée, son thermos à la main, elle avait attrapé le métro telle une furie, et était arrivée dans le hall d’entrée de la boîte d’édition avec un semblant de dignité, feint bien sûr.

Tenten était en réalité graphiste dans un magasine de mode. Elle avait trouvé un secteur où son amour pour l’art, la composition et les couleurs pouvaient lui rapporter assez d’argent pour bien vivre. Elle avait eu ce job après sueur et larmes, mais maintenant elle était bien. Métro-Boulot-Dodo avait parfois du bon. Arrivant dans son open-space attribué à l’équipe en charge du magazine Mode&You elle lançait comme à l’accoutumée une blague de bas niveau. « Ça va tout le monde ? Personne n’est en retard ? » Ou « Bah alors, Roger, et les croissants ? » Faire rire les collègues était une des astuces pour garder son job. Bien qu’elle était plutôt bonne dans ce qu’elle faisait.

La « Petite Tenten » était alors assez populaire dans l’entreprise. Mignonne sans être un canon, petite sans être naine, joyeuse sans être bruyante, tout le monde l’appréciait. Elle n’avait pas de trop grandes ambitions, ce qui lui permettait de bien s’entendre avec ses supérieurs. En résumé, tout allait bien dans le meilleur des mondes. Seulement, parfois elle y repensait.

À ce jour où elle avait invité un inconnu chez elle. Le prince aux yeux blancs l’avait-elle nommé. Elle se souvenait de son nom, bien sûr, mais cet instant dans son train-train habituel lui semblait être un rêve. Une illusion. Telle l’existence d’un prince à la peau d’ivoire.

Mais ce qui s’était passé il y a quelque mois maintenant n’était pas un rêve. Elle allait en être certaine.

Alors qu’elle revoyait la composition de la page de couverture pour le mois d’avril, un de ses collègues la surpris en lui agrippant soudainement les épaules.

Un petit cri surpris fit relever la tête de plusieurs de ses voisins, concentrée sur leur ordinateur respectif sans que quiconque ne prononce une protestation.

- Que veux-tu, Naruto ? Chuchota-t-elle d’un ton agacé.
- Ô Déesse de la bonté, sauve-moi !

Elle fit tourner son fauteuil et le regarda en face. Le journaliste spécialiste de la mode ne lui avait jamais demandé le moindre service en trois ans de collaboration. Ses yeux océan pétillaient.

- Ma fille a été envoyée à l’hôpital, avec une jambe cassée, expliqua-t-il.
- En quoi cela me concerne ?
- Une sorte de reportage est prévu cet après-midi ! J’aimerais aller auprès de ma fille, peux-tu faire ce reportage pour moi ? J’te promets, le chargé du shooting est cool. J’le connais, tu n’auras qu’à prendre des notes facilement !

Demande inattendue. Pourquoi elle ? Elle était graphiste ! Pas journaliste pour un sou.

- Demande aux autres journalistes, SR, ou rédacteurs ! Pourquoi moi ?
- Je sais que tu sais écrire, et les autres ne voudront pas. Il n’y a que toi qui aies un cœur ici !

Elle jeta un œil sur son écran. Elle avait presque fini. Elle pouvait bien rendre ce service… Et il était vrai que l’écriture la tentait depuis quelque temps. Et qu’il était aussi vrai que sa fille était tout bonnement adorable. Elle rendrait ce service, ne serait-ce que pour la petite Nina.

- OK. Mais parce que c’est toi. Et parce que tu vas m’offrir un dej’ la semaine prochaine, n’est-ce pas ?
- Tout ce que tu voudras ! Merci Ten’ !

Il lui claqua une bise sur la joue, lui fourra un descriptif du reportage dans les mains, et partit en trombe en attrapant à la va-vite son manteau sur une chaise. Naruto était la tornade du magazine. Il courait aussi vite qu’il faisait ses interviews, papiers, reportages. Une vraie perle.

Tenten finit son travail, s’acheta un sandwich sur le pouce, et repartit dans le métro, le tout en lisant en diagonale le papier de Naruto. Prendre compte de l’ambiance d’un studio photo de mode ? OK. Interview des modèles, des assistants, du photographe. OK. Le shooting était bien évidemment pour leur propre magazine. Quelque chose sur les couleurs de l’hiver ou une bêtise du genre. Tenten n’était pas très branchée mode, bien qu’elle portait son style fièrement. Les modes et les saisons se faisaient et défaisaient, elle gardait ses deux chignons, sans jamais colorer ou lisser sa tignasse naturellement rebelle. Ses jeans souvent troués « avec classe » disait-elle, s’accompagnaient souvent d’un manteau un peu trop large, cachant alors ses jolies formes.

Tenten aimait la précision. Mais elle n’était pour autant pas toujours précise. Comme cette fois-là. Elle n’avait pas fait attention au nom du photographe. Neji Hyuga.

Le destin fait bien les choses.




Fidèle à elle-même, Tenten arriva en retard. En même temps, si elle n’avait pas été arrêtée aussi fréquemment par des vendeurs à la sauvette pour un parapluie ou un porte-clé à quelques euros, elle aurait sûrement était là dès le début du shooting. Mais non.

La chance lui sourit pourtant, une assistante la vit dès qu’elle passa le pas de la porte. Mademoiselle Tenten ? Venez avec moi, je vais vous expliquer !
Elle remercia intérieurement Naruto d’avoir préalablement prévenu le staff du changement de journaliste. Elle avait beau être assez téméraire pour prendre la place d’un journaliste reconnu, elle n’était toute de même pas très à l’aise dans cet univers de flash et de paillette. Plusieurs mannequins se bousculaient pour avoir la meilleure lumière près de la glace, un chargé habits hurlait après une pauvre assistante qui avait commandé la mauvaise pointure d’escarpins et un technicien paniquait devait une ampoule cassée.

Tant de mouvements et de frénésie effrayèrent un peu la jeune journaliste qui faillit s’empêtrer les pieds dans des câbles au sol. Il ne manquerait plus que ça. Enfin, l’assistante aux boucles rousses et Tenten arrivèrent au studio photo. Elles restèrent à l’écart pour que Tenten puisse obtenir quelques informations concernant le déroulé de la séance.

Alors que l’assistante prenait attention à tout bien expliquer le plus clairement possible à Tenten, cette dernière remarqua au-dessus de son stylo une aura familière. Puis, elle eu un blanc. Lui. C’était l’homme au thé ! Derrière le gros appareil photo, les cheveux d’encre dans une queue de cheval lâche, à crier sur une pauvre mannequin qui ne trouvait pas la bonne pose. Un toussotement de la rousse ramena Tenten à la réalité et la remercia pour toutes ces indications. L’assistante lui demanda de ne pas trop s’approcher de l’espace photo, et qu’elle pourra interviewer le photographe dans une heure environ.

Une heure pouvait paraître long, mais pas face à un tel spectacle. Tout allait vite. Le photographe donnait quelques indications un peu vagues Imagine c’est le début de l’hiver.
Ce à quoi le mannequin, paniqué, tentait vainement de prendre des poses sans succès. Suivante ! Criait-il. Un autre mannequin ! Et s’en suivit un véritable défilé, mannequins disponibles après mannequins, sans qu’une seule réussisse à satisfaire l’Hyuga pointilleux. Proche de l’énervement, encore au stade de l’exaspération il demanda un nouveau mannequin. Au bout de leur vie, les pauvres assistants bafouillèrent qu’il n’y en avait plus. Une femme se lamenta de la situation, il leur fallait absolument finir les photos aujourd’hui ! Ils étaient déjà en retard.
Se levant brusquement, Neji se leva de son tabouret, près de l’appareil, et jeta un coup d’œil circulaire dans la grande salle. Son regard rencontra celui de Tenten. Avant que celle-ci puisse ressentir la moindre émotion, il s’avança rapidement vers elle. Il lui attrapa violement le poignet et le leva à la hauteur de son visage. Ses yeux de glace la fixèrent et il ordonna.

- Viens devant l’objectif.





Un flottement s’installa dans la salle. Les assistants retenaient leur souffle, les mannequins étaient choquées devant une telle demande, et Tenten se demanda qu’est-ce qu’elle faisait ici, déjà ? C’était quoi, cette surenchère de demandes à la con ? Elle voulait bien aider mais fallait pas pousser. Faire le mannequin ? Non pas qu’elle détestait être prise en photo, mais elle se contentait des albums de famille, souriante derrière son éternel gâteau d’anniversaire au chocolat. La pression de l’Hygua sur son poignet la sortit de ses répliques silencieuses. Elle se demanda soudain s’il se souvenait d’elle ? Avait-il lui aussi chéri cet instant paisible du mois de septembre ? Soudain, la pression diminua, les yeux blancs s’adoucirent.

- S’il te plaît. Comme un second service.

Sa voix s’était adoucie également. Et elle le savait, Tenten. Qu’elle était faible devant ce visage, au son de cette voix grave. Alors, comme elle l’avait invité chez elle quelques mois plus tôt, elle accepta d’un hochement de tête de se faire prendre en photo.



Aussitôt, deux femmes lui avaient littéralement sauté dessus pour l’emmener illico se changer. Tout le monde savait que cette petite journaliste était le dernier moyen de sauver le shooting. Elle devait être parfaite. On lui défit ses chignons adorés, jouant ensuite avec ses boucles brunes. Maquillage, parfum, beaux vêtements, la petite buveuse de thé était métamorphosée. Mais pas entièrement. Le parfum de luxe ne couvrait pas entièrement son odeur de cannelle et de bois chaud, le maquillage ne tenait pas la comparaison avec la lueur ambrée de son regard, et les coupes de la robe ne faisaient que suivre les formes de la jeune fille. On avait pour l’habitude de dire que les mannequins ne valaient pas les vêtements de luxe qu’elles portaient. Pour Tenten, se fut l’inverse. Les vêtements n’étaient presque pas à la hauteur.

Enfin relâchée, perdue, Tenten se dirigea vers la zone photo. Le photographe, qui était occupé à régler une centième fois l’éclairage avec les techniciens, s’approcha d’elle. D’un coup de pouce expert, il effaça une grande partie du rouge des lèvres de la jeune fille, et détacha la tresse sophistiquée qui hiérarchise ses cheveux.

Il l’examina ensuite d’un air satisfait et l’invita d’un geste devant l’objectif. Docilement, elle se place à l’endroit indiqué. Tenten inspira profondément, puis expira. Elle était plus ou moins prête.

Naruto, pensa-t-elle, ce n’est pas un déjeuner que tu me dois, mais une semaine entière !

Tenten vit les épaules de Neji se figer derrière l’appareil. Il était en position. Puis il déclara :

Tu es le début de l’hiver.

Se fut le tour à toutes les personnes présentes de se figer. Si les professionnelles n’avaient pas réussi à lui donner satisfaction, alors une amatrice… Mais il y avait une chose qu’ils ne savaient pas. Entre eux deux, il y avait une connexion. Un silence partagé, une odeur de thé vert, les couleurs d’un plaid. Ils se comprenaient sans prononcer de mots, sans se connaître.
Aussi pure qu’une enfant, Tenten ne connaissait en rien les poses basiques des mannequins. Libérée des conventions, elle se concentra sur les mots de Neji. Je suis l’hiver. Je ne suis plus l’automne. Alors la jeune fille suivit son inspiration.

Elle ferma les yeux, à moitié pour éviter le regard blanc, à moitié pour s’évader de cette salle trop remplie de personnes inconnues, à moitié encore pour devenir aussi silencieuse que la neige qui tombe, que la fin d’une chose et la naissance d’une nouvelle. Elle tourna lentement sur elle-même, en tirant lentement sur chacun des rubans qui constellaient sa robe blanche. Un à un, ils tombèrent doucement sur le sol, s’éparpillant autour d’elle. Devenue vierge, la robe, plus blanc que la neige, aussi blanche que les yeux du photographe, n’avait pour motif que les plis provoqués par les mouvements de la jeune fille. Elle marcha ensuite, silencieusement, d’un pas légèrement sauté. Puis, elle s’assit par étape en boule, ses cheveux se fondant avec le col de la robe, le visage enfui dans ses bras nus. Enfin, elle s’allongea au sol, ses membres rencontrant les rubans abandonnés plus tôt, glissant le long de sa peau. Les bras ouverts, ses paumes ouvertes vers le ciel, les cheveux entachant le sol d’une marre brune, elle semblait faire l’ange dans la neige.

Neji fit des dizaines et dizaines de photos. Il n’avait rien eu à rajouter. Ils se comprenaient, et il avait exactement ce qu’il voulait. La prestation, finie, il sourit. Il se demanda avec excitation si un jour, cette jeune fille, lui offrira plus que ce qu’il pouvait imaginer. Cette idée lui enflamma le ventre.

Tenten se sentait apaisée. Les sons autour d’elle lui semblaient lointains. Dans cet univers, il n’y avait qu’elle, le froid qui lui brûlait la peau et l’hiver qui la prenait de toute part. Il fallut que Neji prononce son nom pour qu'elle sorte de son rêve éveillé.

- Tenten, peux-tu te lever maintenant ?

Le rouge lui monta soudainement aux joues en réalisant son moment d'absence. Finie la belle endormie, la jeune fille était maintenant tremblotante de gêne. À seulement quelques mètres, Neji la regardait de toute sa hauteur avec un regard froid et sévère. La palette de nuances de tons et d'expressions que dévoilait ce dernier dans un si court laps de temps déstabilisait la jeune fille. La voix lui avait semblé douce, quelques instants auparavant. Maintenant, deux cristaux lui écorchaient tout le corps. Il semblait intouchable, inatteignable.

Mais où était l'homme qui tremblait dans le métro ?

Loin.


Finalement, une assistante se décida à venir en aide à la journaliste égarée. La petite rousse la tira par le bras et l'entraîna dans le dressing pour lui rendre ses vêtements tout en la remerciant. Merci, mille mercis, vous avez sauvé la séance ! Toujours ailleurs, Tenten ne faisant que hocher vaguement la tête sans prendre pleinement conscience des événements. Avait-elle seulement réalisé qu'on l'avait prise en photo ? Qu'il l'avait prise en photo ? Avait-il senti, comme elle l'avait senti, elle, cet hiver, ce froid qui l'avait emportée pendant quelques secondes ?

Changée, elle imbiba un coton de démaquillant et se débarrassa des couleurs pastel qui parsemaient son visage. Les rougeurs naturelles de ses joues réapparaissaient et la rassuraient. Sa Tenten était toujours là. Elle quitta la loge pour tomber sur un technicien, cahier et stylo en main.

Ah oui, l'interview.

Elle devait aller l'interviewer. Lui parler. Face à face. Une peur inexplicable lui tordit le ventre. Une peur mêlée à de l'excitation, de l'euphorie et de l'angoisse. Un joyeux mélange qui acheva la pauvre fille qui était déjà peu sûre d'elle. Elle aperçut le photographe installé dans un fauteuil, jumeau d'un second, vacant en face. Moins d'un mètre les séparait. Tenten aurait alors accepté de faire l'interview en criant d'un bout à l'autre de la salle, pourvu qu'elle n’ait pas à s’approcher de lui.

Quand elle s’avança près de la place qui lui était réservée, l'homme lui sourit. Encore un nouveau sourire. Celui-ci tirait ses lèvres que d'un seul côté, légèrement, alors que sa lèvre inférieure se relevait de quelques millimètres. Il était impatient. Il voulait la tester. L'impression de se jeter dans la gueule du loup prit Tenten à la gorge. Et Dieu qu'elle avait raison !


Le siège grinça lorsqu'elle s'assit.

Bonjour la délicatesse.

Tenten se fit violence pour ne pas perdre le peu de sang froid qui lui restait et commença l'interview.

- Tout d'abord je tenais à vous remercier pour avoir accepté de consacrer un peu de votre temps à notre magazine ...
- Pas de ça entre nous.

Il l’avait coupée. Sèchement, mais d’une voix claire. Précise. Belle. Tenten releva la tête qu'elle avait baissée quelques instants, pensant prendre note de la moindre réaction. Ce sont des yeux légèrement déstabilisés qu’elle offrit à Neji.
Peu importe, elle tiendra le coup. Elle tenta de suivre la liste de questions rédigées soigneusement par Naruto en avance, mais rien ne semblait intéresser le photographe. Il ne lâchait rien comme le souhaitait la jeune fille.

Vous êtes connu pour choisir vous-même les modèles, et êtes très restrictif concernent la palette de studios avec lesquels vous acceptez de travailler. Cela révèle t-il d'un égoïsme mal placé ou d'une exigence maladive ?
Vous devriez être plutôt flattée dans ce cas.

Il la fixait intensément. Le miel dans sa voix fit presque fondre Tenten.

Mais il était hors de question qu’elle lui cède.

Les minutes s’écoulèrent et le constat ne fut pas très fructueux : même si Tenten tentait de le provoquer, il répondait toujours avec ironie, à côté, ou jouait avec la provocation. Ses talents de journaliste ne pouvaient rivaliser avec quelqu’un d'aussi médiatisé et friand de joutes verbales.

- J’ai personnellement trouvé que vos travaux avec le mannequin chinois Lee étaient remarquables. Ils se détachent aisément de vos autres collaborations. Ces photos détiennent une aura différente. Elles sont plus… sincères.

Tenten ne savait pas que cette question était celle - peut être même la seule - capable de sortir Neji de ses aises. En effet, à la surprise de celle-ci, le regard du photographe changea et une nuance perlée couvrit ses yeux. Ils semblaient alors plus colorés.

- De qui provient cette remarque ? Du véritable journaliste ou de vous ?

Tenten ne comprit pas de suite. Il s’appliqua à répéter.

- Le journaliste officiel en charge de cette entrevue ? Ou… La jeune peintre assise devant moi ?
Moi.

Elle laissa un silence.

- La journaliste devant vous.

Cette revendication, absolument mal placé de la jeune fille, fit sourire Neji. Il pouvait voir à des kilomètres qu’elle n’était pas habituée à ce genre de situations. Il savait lire dans les autres. Être clairvoyant lorsqu’on est photographe est un atout majeur.

Attendri par cette démonstration de courage, il céda. Un peu. Le ton employé était plus léger.

- Lee n’est pas un mannequin ordinaire, comme vous avez pu le constater.

Tenten vit le visage de Neji s’éclaircir et s’animer.

- Tu auras peut-être la chance de le rencontrer un jour.

Elle était bouche-bée. D’une part, face à ce jonglage entre vouvoiement et tutoiement qui tour à tour l’éloignait puis le rapprochait de lui, mais surtout par les fausses ouvertures qui lui faisait. Tu avais cru briser une muraille ? Te faufiler entre les tourelles ? Pas du tout, jeune enfant. Tu es cent ans trop jeune. Repasse dans quelques saisons.

La suite de l’entretien s’était tenu sur le même ton. La brune ne pouvait rien en tirer. Merci d’être passé ! Faisant fit des conventions, elle se leva brutalement après sa dernière question, sans même écouter la réponse floue de son invité, força ses lèvres à former un semblant de sourire à vingt centimes, et partit en claquant des talons. Elle traversa rapidement le studio et sortit du bâtiment.

Aujourd’hui, tu as gagné la bataille. Mais pas la guerre. Je te l’assure.





Le lendemain matin, ce fut une douce odeur de croissants chauds qui accueilli Tenten à son bureau. Alors qu’elle sifflait de contentement, elle vit Naruto lui faire un immense sourire – dont il a le secret – de son poste un peu plus loin. C’est avec plaisir qu’elle alluma son ordinateur, un croissant dans la bouche, et fouilla d’une main agile son sac à la recherche du calepin de la veille.

Si il pense que je ne ferai pas un papier fourni avec ses quelques réponses…

Tenten jet un œil sur son panier de croissants.

Et si l’autre croit qu’il va s’en sortir avec quelques croissants…

Elle lâcha soudainement son calepin sur le bureau dans un grand « Pof »

C’est qu’ils connaissent mal Tenten !

La motivation remontée à bloc, elle se lança dans l’écriture de son article. Elle pianotait sur son clavier avec une dextérité remarquable. Et avec grand bruit. Elle qui avait toujours été si calme… Ses collègues n’osaient pas la déranger. Elle doit en avoir gros sur la patate, chuchota un homme à un autre.
Les croissants avalés, son thé bu, son clavier épuisé, elle finit son article dans un temps record. Elle l’enregistra sur le Cloud, et envoya un message à Naruto.

C’est fait.

Elle vit Naruto lever les yeux vers elle après avoir vu son message. Déjà ? Semblait demander son regard bleu. Oui, déjà. Alors lis-le que j’en finisse.
Curieux, Naruto lu de suite l’article. À mesure qu’il avançait dans sa lecture, un sourire se fit de plus en plus visible sur son visage doré. Parfait, c’était parfait ! Mieux que prévu. Parfait ! Il envoya dans la seconde un message à sa sauveuse, rempli de smileys souriants, de cœurs, et de feux d’artifice. Tenten en conclu que sa mission était un succès, et se remit sur son travail habituel. Non pas sans un sentiment de victoire.

Il faudra attendre deux mois avant que l’interview soit publiée. Tenten ne savait pas si elle allait réussir à attendre aussi longtemps. Pour certains les vengeances se dégustaient froid. Par pour elle. Aussi douce soit la sienne, aussi puérile aussi, elle aurait préféré placarder son texte sur tous les feux rouges de la ville.

Mais une rumeur urbaine disait que ce n’était pas très conventionnel.




En fin de journée, Tenten s’apprêtait à partir quand Naruto l’appela. Elle fut d’abord étonnée qu’il soit toujours au bureau à cette heure avancée.

- Tenten ! Ne pars pas comme ça ! Je t’en dois une.

Elle se retourna et attendit que le jeune homme arrive à sa hauteur.

- Tu vis seule n’est-ce pas ? Viens manger à la maison !
- Tu es sûr ? Et ta fille ?

Naruto sourit.

- Ne t’inquiète pas, elle a la jambe dans le plâtre mais elle est toujours aussi friande d’animation dans la maison. Vraiment, viens.

Elle accepta. Après tout, elle n’avait rien de prévu pour ce soir. Même pas un poisson rouge à nourrir ou une plante à arroser. De plus, se dit-elle lorsqu’ils arrivèrent au niveau des parkings, elle n’aurait pas à prendre le métro. D’après ce que le journaliste lui a raconté avec enthousiasme, ils habiteraient « Carrément à coté ! »




Stupéfaite. Tenten était stupéfaite.

On lui avait dit que la femme de Naruto était belle. Sublime, délicate telle une fleur. Mais pourquoi, pourquoi donc, personne ne lui avait parlé de ses yeux blancs ? Elle vit l’entourloupe arriver à des kilomètres.

- Tenten, je te présente Hinata ! Ma femme.

Le visage de la femme était l’un des plus beaux qu’avait vus Tenten. Elle affichait une symétrie parfaite, un teint à faire pâlir les firmes de maquillage, des cheveux brillants et fluides, des lèvres légèrement rosées, et des yeux aussi blancs que rares.

- Ah, mes yeux. Chantonna la voix aigue d’Hinata en sentant le malaise de la brune. C’est un trait héréditaire dans ma famille. Hyugua, vous connaissez ?

Ah ça, pour connaître…

Naruto pouvait s’estimer chanceux que sa jolie femme soit là. Sinon, Tenten lui aurait fait sa fête. Il n’aura pas pu la prévenir que sa femme et le photographe étaient de la même famille ? Elle sentit ses propres joues devenir plus rouges qu’à l’accoutumée. Elle devait ressembler à une tomate à coté du teint porcelaine de la belle Hyuga.

Et la beauté aussi, c’est un trait héréditaire dans cette famille ?

Les gênes sont injustes pensa Tenten en suivant le couple jusqu’au salon de leur grande maison. Des cris retentissaient à l’étage. Le plâtre n’entamait en rien l’énergie débordante de l’ainée de la petite famille. On entendait des protestations plus pincées qui devait être la cadette. Après ce qui aurait pu être le son produit par un troupeau de rhinocéros dévalant un escalier, les deux petites filles arrivèrent dans le salon.

La beauté semblait bel et bien être héréditaire ici. Toutes deux de longs cheveux noirs, elles possèdent cependant les yeux de leur père. Raison pour laquelle Tenten n’avait jamais douté du moindre sang Hyuga en apercevant de temps à autres les photos des filles de Naruto sur son bureau. La joyeuse famille au complet, ils se mettent à table dans la bonne humeur, bien que haute en décibels.

De fils en aiguille, le sujet qui fâche fut abordé.

- Et donc notre Tenten a interviewé pour moi ton cousin. Neji.

Hinata reposa ses couverts silencieusement, alors que sa bouche s’ouvrit en un petit « O ».

- Tout s’est bien passé Mademoiselle Tenten ?
- Oui oui… répondit Tenten. Enfin, ça s’est passé surtout.

Le couple continua à la fixer. Et ? Et ?
Hinata reprit la parole.

- Ne soit pas gênée Tenten…

Tenten ne savait pas quoi répondre. Comment réagir. Ils étaient de la même famille… Elle ne pouvait par discréditer son cousin.
Hinata émit un rire cristallin devant la panique de son invité.

- Naruto, reprit-elle, tu as lu l’article de Tenten non ? Tu dois savoir ?
- Non. Tu nous as écrit un papier plein de mystères, dit-il à l’adresse de Tenten. Je ne sais pas comment s’est passé l’entretien. Peut-être en est-il mieux ainsi.

Tenten bu une gorgé d’eau avant de répondre.

- Peut-être.

Les deux petites avaient vaguement suivi l’échange sans y prêter attention. Neji était quelqu’un d’un peu effrayant pour elles. Comme un cauchemar, leur subconscient effaçait leurs souvenirs de lui. Tonton Neji ? Grand. Distant. Impressionnant. C’est tout ce qu’elles avaient pu dire à Tenten à la fin du repas. Il vient rarement à la maison, rajouta la plus grande. Et il dispute souvent Maman. Alors on ne l’aime pas.


Tenten y repensait sur le chemin du retour.
Son GPS était d’accord avec Naruto, seulement quelques minutes de marche séparaient l’appartement de Tenten et la maison de son collègue. Assez de temps pour laisser son esprit imaginatif modeler des scénarios, des scènes, des images prenant source dans les paroles des petites filles. Hinata avait quelque peu insisté sur la rencontre de son cousin et de Tenten, elle n’avait cependant pas émis le moindre commentaire ou avis. Naruto non plus. Ce Neji restait bien mystérieux.

Et énervant.


Il n’en fallut pas plus pour que le destin décide de participer à la fête. Il était 23h20 et son téléphone sonna.


Sur l’écran s’afficha :
Appel entrant - Numéro inconnu.




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