Fiction: Le Serpent Blanc

Orochimaru est psychiatre à Konoha, cependant, personne ne se doute qu'il est à l'origine des inquiétantes disparitions d'habitants de la ville.
Classé: -12D | Drame / Mystère / Romance | Mots: 11901 | Comments: 12 | Favs: 1
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MlleChouette (Féminin), le 29/01/2016
Il y a des couples assez classiques, du genre SasuSaku, NaruHina…
Ils sont adultes, avec des enfants et leurs problèmes, donc rien de très stable.
Voilà, voilà !
Un peu de romance en ambiance de fond sur une affaire policière ne fait pas de mal !
Bonne lecture~




Chapitre 1: Prologue (ou chapitre 1, comme vous voulez)



Et par la violence du mouvement, le verre se brise contre le mur, à quelques centimètres du visage de Sakura, dans un fracas assourdissant qui résonne dans toute la demeure.

— Tu m'as jamais comprise ! hurle Sarada à sa mère. Tu me comprendras jamais ! T'es qu'une conne !

Mais elle ne voit pas la femme aux cheveux roses lui empoigner brusquement le bras et lui décocher une formidable gifle du revers de la main. Les larmes font chatoyer les yeux noirs de l’adolescente qui vient tout juste de fêter sa dix-septième année.

— Tu as intérêt à retirer tout de suite ce que tu viens de dire, fait Sakura d'une voix modérée de colère.

Pour toute réponse, la jeune fille la défie de son regard opaque.

— Maintenant !

— Va te faire foutre !

Une seconde frappe percute sa joue de plein fouet et déclenche un flot de larmes qui acidifie les rougeurs de son visage pâle, mais une main posée sur sa mâchoire, elle fixe méchamment sa mère en serrant les dents et le poing.

— Tu vas me ramasser ce que tu as fait et tu vas rester dans ta chambre jusqu'à demain matin !

— T'as qu'à le faire ! gémit Sarada dans un ample mouvement de bras. T'es bonne qu'à ça, et même Papa ne ressent plus rien pour toi !

Bien que Sakura aime plus que tout cette jeune fille, elle ne peut empêcher cette colère si intense qu'elle en viendrait à tuer l'adolescente, sur le champ… maintenant.

— Monte dans ta chambre… Tout de suite !

Sarada coupe sa respiration un court instant afin de retenir du mieux qu'elle peut ses larmes salées, tirant une grimace gravée par la torture d'un chagrin d'amour.

— Tout de suite !

Elle ne tarde pas, soumise à la menace de sa mère, et monte en courant les grands escaliers qui mènent à l’étage.

Les mains appuyées contre un plan de travail, Sakura ferme les yeux et se mord la lèvre inférieure, retenant elle aussi l'expression de souffrance d'une mère accablée par le comportement de sa fille. C'est lorsqu'elle entend une porte claquer violemment qu'elle se permet de tout laisser tomber, sa respiration qu'elle a jusqu'alors retenu pour ne pas faire exploser sa colère, et cette cascade alanguie d'eau salée qui nait de ses tristes yeux verts.

Elle observe un moment le verre brisé à côté d'elle, laissant son coeur se tourmenter d'une colère et d'une inquiétude sans pareilles. Elle se sent si impuissante face à la détresse de sa fille qu'elle en devient malade, et pour combler le tout, le père n'est que rarement présent pour la soutenir…Sakura se crispe. Toute cette amertume se détourne de Sarada pour cibler l'homme qu'elle a toujours aimé et adulé, et c'est dans une brutale prise de conscience que la femme renverse tout le plan de travail sur lequel elle a trouvé appui.

— Merde, jure-t-elle. Merde !

Elle se dépêche de réunir ce qu'elle a fait tomber et de le ramener en vrac sur la table. Dans la précipitation, elle s'est légèrement coupée avec un couteau à viande, alors elle passe la tranche de sa main sous l'eau froide afin de stopper la coagulation du sang.

Ses larmes amères ne se voient pas s'égoutter dans l'évier parmi la couleur flamboyante de la teneur qui s'évanouit au contact de la fluidité de cette eau transparente et glacée, et pourtant, les incessants spasmes du sanglot prouvent que Sakura touche le fond…



Sarada referme avec rage la porte de sa chambre et se laisse glisser contre celle-ci jusqu’à s’asseoir recroquevillée, les bras enlaçant ses genoux repliés sur sa poitrine. Elle étouffe ses pleurs en serrant ses mains autour de ses avant-bras, et c’est dans une pensée évasive qu’elle se rend compte que la seule personne capable de la soutenir dans cette affligeante détresse et sécher ces larmes douloureuses est ironiquement celle qui l’y a mené.

La jeune fille mord son pantalon pour faire taire son lourd chagrin et sa colère.Elle l’aime toujours de cet amour aveugle… C’était une histoire parfaite, digne d’un Roméo et Juliette… Et tout a si brusquement pris fin !… Elle et lui étaient le jour et la nuit, et les plus beaux moments qu’ils passaient ensemble, c’étaient à l’aube et au crépuscule… Pourquoi est-ce que ça s’est fini ?…

Diable, pourquoi ?…

Elle donne un puissant coup de pied dans la table qui se trouve face à elle en jurant au nom de Dieu, renversant à son tour ses affaires de cours si proprement classées. Quoiqu’encore, elles prennent la poussière… Sarada reste un instant immobile, son regard noir absent derrière ses fines lunettes rouges, le bas du visage caché derrière ses bras, mais elle finit par se relever soudainement. Elle mène ses pas dans sa chambre spacieuse vers la télévision, et allume sa console dernièrement sortie. Elle ne prête pas attention au vacarme qui vient de la cuisine, en bas, et se saisit de sa manette afin de lancer son jeu favori…



Trop occupée à dégommer des monstres pixélisés, l’adolescente n’entend pas sa mère monter les escaliers pour rentrer dans sa chambre, mais ce n’est pas pour autant qu’elle sursaute ou qu’elle manifeste une quelque surprise.

— T’as fait tes devoirs ?

— J’en ai pas, répond-elle sèchement sans détourner les yeux de son écran.

Sakura observe un instant sa fille dont le dos commence à se vouter disgracieusement à force d’adopter cette position assise.

— J’espère que ce n’est pas pour jouer que tu sèches les cours…— Nan. Je lis.

La femme jette un coup d’œil à la chambre dérangée. Bien entendu, elle ne croit pas un mot de ce que lui raconte l’adolescente.

— Tu attends que la femme de ménage passe pour ranger ta chambre ?

— T’es venue pour me dire quoi ? s’énerve Sarada.

— De descendre mettre la table…

Ça fait tilt dans sa tête. Sa mère ne l'a-t-elle pas privé de dîner ?…

— Attends.

Sakura patiente alors avec mécontentement, le dos appuyé contre la porte, que sa fille termine sa partie. Enfin, elle dépose sa manette blanche et se redresse pour faire face à l’adulte… Le mascara de la jeune fille s’est laissé emporté par les larmes et ses yeux sont encore rougis par leur sels.

— Et retire ce maquillage, maugrée la mère.

Sarada ne dit rien. Elle se contente de passer devant sa mère et de descendre les somptueux escalier en direction de la salle à manger.





Le crissement du briquet retentit dans la chambre chauffée par un radiateur réglé pour une température maximale tandis que l’odeur du renfermé envahit la pièce. On place la flammèche en dessous d'une cuillère et on attend patiemment que l’eau bout.

— T'as pas peur que ton père te chope ? demande Mitsuki sur un ton ingénu.

— Nan, j'entends quand il arrive. Le pire qui pourrait se passer, c'est que ma sœur me balance.

— Et t'as pas peur ?…

Boruto hausse les épaules, un air blasé se posant son visage d'ange.

— Je lui fais confiance, répond-il simplement.

Un soupir et un brusque mouvement, Mitsuki s'est affalé sur le canapé à côté du jeune homme de dix-sept ans. Sa pupille étrangement dorée fixe les images en mouvement de la télévision dont le son a été baissé d'une telle façon que l'on puisse suivre sans réel effort les informations et surveiller l'approche de quelqu'un.

— Putain, mon vieux… regarde-moi cette bombe !

Intrigué, Boruto lève ses yeux azurés sur l'écran.

— Avoue qu'elle est trop bonne…

— C'est qui ? J'ai pas vu.

— Tsunade.

Il esquisse un léger sourire du coin des lèvres, moqueur, avant d'embrayer :

— Cette meuf, tu l'as dans tes draps le soir, et le matin, tu l'as reconnais même pas avec toutes ces couches de maquillage et de crèmes antirides.

— Oh, reconnais qu'avec des seins comme ça, tu t'en bas les couilles, de sa tronche !

— Ben… je préfère avoir une jolie jeune fille plate qu'une cinquantenaire toute fripée avec deux gros obus.

— Une jolie jeune fille plate comme Sarada, relève Mitsuki, amusé par sa propre plaisanterie.

Boruto préfère laisser cette réflexion déplacée sans commentaire. Étant un peu sur les nerfs ces derniers temps à la suite de sa séparation avec la jolie jeune fille plate en question.

— Désolé, s’excuse son ami.

— T’inquiète.

Le jeune homme aux yeux d’un bleu presque irréel évalue la température de l’eau d’un simple regard avant de cueillir délicatement la seringue, et c’est avec précision qu’il prélève, à l’aide d’un filtre, un peu de cette eau souillée par une substance illicite. Enfin, il tend son bras gauche à Mitsuki qui se charge de placer la ceinture autour et de nettoyer le point de la piqûre.

— Serre plus, ouais !

— Après, c’est mon tour…

Boruto place la seringue sur sa veine enfin proéminente et tandis que l’autre adolescent desserre le garrot. Enfin, il passe à l’injection, lentement.

— La vache ! s’exclame Mitsuki qui s’apprête à vivre sa première perfusion.

— Vas-y, le tampon sec, comme je t’ai dit. Dix secondes. Tu comptes !

Il cherche d’une main impatiente le petit tissu en question fourré quelque part sur la table bordélique, et lorsqu’il le trouve, il l’applique sur le point d’injection.

— Un… deux… trois, énumère-t-il.

Et enfin arrive le chiffre dix.

— C’est bon, souffle Boruto.

— À mon tour !

Avant que l'héroïne ne fasse son effet, le jeune blond se charge d'appliquer le même protocole en lui rappelant les règles de base…



Himawari entre à l'improviste dans la chambre de son frère et le retrouve avachi sur le canapé aux côtés de son meilleur ami, devant une petite télévision.

— Eh, Boruto, l’interpelle-t-elle.

— Qu'est-ce que tu veux…

Elle s'avance pour remarquer le bazar sur la table basse, mélangeant seringue, feuilles, des flacons d'eaux… mais aussi un cendrier et quelques cigarettes. Son regard d'un bleu similaire à celui de son frère se pose sur ce-dernier dont la pupille est complètement dilatée.

— Il fait super chaud, ici !

— Qu'est-ce que tu veux, répète Boruto.

— Je voulais te demander de l'aide pour les sciences.

— C'est pour quand ?

— Demain…

Le grand frère lâche un râle de lassitude en jetant sa tête en arrière, puis passe ses mains délicates dans son épaisseur chevelure blonde.

— Apporte-moi ça.

— Merci ! fait joyeusement l'enfant avant de s'en aller chercher ses affaires.

Elle ne referme pas la porte derrière elle, car sa chambre est à côté.

— Ça doit te faire chier de te replonger dans les vieux cours, constate Mitsuki.

— Tu peux même pas comprendre… Toi, t'es fils unique, moi, j'ai une petite sœur hyper nulle au collège et qui a la gnac.

Le jeune homme au teint aussi pâle que la neige sourit légèrement, estimant l'agacement de son meilleur ami face aux cours de Terminale et à ceux de sa petite sœur.

— Du moment qu'elle ne triche pas comme toi, fait-il avant de tirer une dernière taffe.

Himawari revient, tout sourire, avec son classeur de sciences dans les bras. Elle indique à son frère que son cours s’appuie sur les phénomènes géologiques et qu’elle ne comprends pas comment les continents peuvent-ils dériver.

— T’as un exercice ?…

— Nan, un contrôle.

Boruto, dont le corps est animé par une pénible lenteur, prend le classeur des mains de sa sœur et commence à lire l’écriture candide.

— Tu m’as dit quoi ? La dérive des continents ?

— Euh, hésite-t-elle. Oui…

— C’est même pas noté dans ton cours, alors tu t’en fous…

— Non, mais je veux savoir.

— J’en sais rien, moi… Regarde sur internet.

La jeune fille de douze ans, un peu déçue, reprend son classeur. Mais lorsqu’elle s’apprête à faire demi-tour, Mitsuki l’interpelle.

— C’est une vieille théorie lancée par un gars… je me souviens pas de son nom.

— Merci mon pote, ironise Boruto.

— Nan, je sais : il disait que les continents étaient rassemblés en un seul. Pangée, je crois… Et qu’ils se sont fragmentés, puis dispersés en glissant sur un… truc. Bref, ce glissement a formé le fond des océans.

Le jeune blond observe son ami aux cheveux aussi pâles que son visage, tirant une grimace impressionnée.

— Le gars, même shooté, sait réfléchir !

— Merci Mitsuki ! Lui, il connait plus de choses que toi.

— N’importe quoi, braille Boruto.

Un sourire de petite fierté se dessine sur les lèvres du concerné.

— Disons que j’ai réussi mes contrôles, commence-t-il, amusé. Et sans antisèche.

— Gnagnagna…

Le bruit d’une serrure accueillant une clef le fait soudainement sursauter, et c’est la douce voix de sa mère qui, par la suite, lui coupe le souffle.

— Putain ! chuchote-t-il en se redressant vivement. Mitsuki, aide-moi à tout planquer !

Pas besoin de se faire répéter, son meilleur ami estime d’emblée les conséquences désastreuses si jamais on retrouvait une partie du matériel. La mère de Boruto est loin d’être sévère, mais ses parents à lui… n’en parlons pas !

Tandis que le grand frère sollicite sa sœur pour occuper Hinata qui vient tout juste de débarquer, et plus tôt que prévu en plus de ça, Mitsuki a déjà tout fourré dans un sac en plastique.

— Je le mets où ?

— Sous le canapé !

C’est comme si c’était fait, et Boruto s’est précipité vers son sac de cours pour sortir le premier cahier qui lui passe sous la main quand Mitsuki ouvre grand la fenêtre afin de faire circuler l’air.

— On fait genre tu m’expliques les math’, ok ?

Il acquiesce d’un hochement tête vivace en se rasseyant sur le canapé à côté de son ami au même moment où la mère frappe à la porte avant d’entrer…

— Bonsoir Boruto.

Elle remarque ensuite Mitsuki.

— Bonsoir M’man… On révise les math. On a un contrôle, demain.

— Bonsoir Mitsuki, fait-elle en s’approchant des deux amis. Tu vas bien ?

— J’ai attra’b’é un sale truc, ‘B’ada’b’e !

Boruto manque de pouffer de rire face à la comédie du jeune homme.

— Oh, oui. Tu m’as l’air bien enrhumé…

— Vous a’bb’rochez 'b'as, c’est con’d’agieux…

Hinata jette un coup d’œil vers la fenêtre grandement ouverte, puis sur la télévision encore allumée…

— J’imagine… Bon, euh… Boruto. Ton père rentrera tard, ce soir. On dînera sans lui.

— Ok, M’man.

Elle effectue un demi-tour, puis quitte la chambre en prenant soin de refermer la porte derrière elle. L’odeur abondante de la cigarette ne lui a pas échappé, ni le fait que l’air frais de l’hiver circule dans la chambre alors que le radiateur est allumé… Son fils fume devant elle et elle l’a déjà vu partager un paquet avec Mitsuki… pourquoi essayerait-il de le lui cacher ?… Sa fille Himarawi l’observe avec ses grands yeux bleus qu’elle a hérité de son père. Muette et timide comme Hinata l’a été lorsqu’elle avait son âge, elle détourne le regard avant de s’enfuir discrètement dans sa chambre…






Dernière touche de couleur.

Assise sur sa chaise haute, Seiko dépose son Marker jaune sur le côté parmi les autres feutres et crayons, puis s'étire en observant d'un regard satisfait son dernier dessin de la journée.

Non, vraiment, elle éprouve, en cette heure tardive, une fierté et un sentiment d'accomplissement. Voici la dernière caricature de Tsunade qu'elle pourra présenter, demain, à son patron, pour la une du journal satirique de Konoha.

Elle repose ses bras sur ses genoux et contemple une ultime fois le reste de son œuvre, quand elle sent une ombre légère se glisser dans son dos.

— Tu as fini ? susurre Iruka à son oreille.

— Oui. T'en dis quoi ?

Le professeur de philosophie dépose son menton sur l'épaule de sa compagne afin d'observer cette association de coups de crayon et de touches de couleur. Il en vient finalement à pouffer de rire.

— C'est en rapport avec ce qui passe aux info’ ?

— Jiraiya m'a téléphonée ce midi pour me demander une série de dessins sur Tsunade, confirme-t-elle. Il ne me reste plus qu'à les scanner et les lui envoyer par mail, mais j'ai tellement la flemme…

— Je peux le faire pour toi, si tu veux.

— Non ! s'écrie Seiko en sautant de sa chaise. Ça me prendra dix minutes maximum.

Iruka l'observe tendrement. Cela se voit qu'il attend quelque chose, quelque chose comme un baiser… alors la dessinatrice s'approche d'un pas, sourire narquois sur les lèvres.

— Dix minutes, fait-elle en posant son index sous son menton imberbe. Dix minutes, et je suis à toi.

Et juste au moment où il allait pour l'embrasser… elle s'esquive d'un simple mouvement.

— Tu peux attendre jusqu'ici, murmure Seiko en ne manquant pas de lui décocher un léger clin d'œil.

L'enseignant regarde sa compagne s'éloigner avec ses dessins sous le bras, le laissant seul au milieu de ce petit atelier, un peu abêti, comme à chaque fois qu'elle lui fait ce coup… Il passe sa main derrière sa nuque, puis quitte à son tour la pièce en direction de leur chambre.

Les dernières minutes consacrées à son travail se sont écoulées et la jeune dessinatrice de vingt-sept ans se prépare pour se coucher. En retirant ses vêtements de la journée, elle fait face à son reflet qui transparaît dans le miroir de la salle de bain. Elle observe son buste nu parsemé de quelques marques imprimées par la varicelle lorsqu'elle était petite, puis se retourne légèrement et dégage son dos de ses longues boucles noires, lui permettant ainsi d'examiner d'un simple regard les cicatrices d'une sale enfance que le temps a laissé vieillir. Elle en caresse une du bout de ses doigts fins, pensive…

Son corps est magnifiquement bien dessiné, à croire qu'il a été modelé par un dieu dans de l'argile. C'est une chance, pour elle… et pourtant ces empreintes de maltraitance l'ont abîmé. Combien d'hommes sont tombés sous le charme de sa silhouette et l'ont ensuite rejetée pour ces maudites disgrâces ?…

Seiko enfile un large t-shirt pour la nuit offert par son compagnon lors de son emménagement chez lui quelques années auparavant, et pousse la porte de la salle de bain qui mène directement à la chambre. Elle y retrouve Iruka, assis contre la tête du lit, le bas du corps recouvert par les draps, à lire le roman d'un auteur du siècle dernier. Ses cheveux châtains habituellement attachés ne descendent, le soir, pas plus bas que ses épaules. L'homme âgé de trente-deux ans détache son regard sombre de l'écriture noire pour se déposer sur la femme. Il se plaît à la voir se déhancher sous son vieil habit masculin, et lorsqu'elle le rejoint sur le matelas, encadrant souplement ses jambes des siennes, il ne prend même pas la peine de finir de lire sa phrase, ou même de marquer la page de son livre qu'il place ainsi sur sa table de nuit afin d'accueillir pleinement sa compagne en déposant ses mains habituées à manipuler le papier sur ses hanches. Seiko vient l'embrasser tout innocemment sur la joue en se penchant en avant tandis qu'il cherche à lui ôter son haut. Néanmoins, elle affiche une certaine réticence…

— Tu sais bien que tu ne peux pas avoir honte, avec moi.

— Pour le plaisir des yeux, hein…

— Arrête, souffle Iruka.

Ce n'est pas la première fois que son compagnon voit son corps en entier, il est juste le premier homme à ne pas s'enfuir à la vue de ses cicatrices. Toutefois, elle décide de les oublier pour cette nuit et pour toutes celles qui suivront, et autorise, enfin, ces mains délicates soustraire à ses formes divines cette fine couche de tissu. Elle embrasse son homme sur les lèvres avec une tendresse déconcertante, puis le laisse respirer son parfum sauvage, boire la chaleur de son corps, et savoure les caresses et leur chuchotements sur sa peau naturellement hâlée, pour, au final, dans cette pièce bravant le froid de l'hiver, s'abandonner aux plaisirs d'un puissant amour, soudé et incorruptible.




Il est vingt-trois heures passées lorsque Sasuke tourne le verrou de la maison familiale. Il se dévête de son sombre manteau sur lequel la neige s'est un peu accrochée sur le chemin qui relie sa voiture à la porte d'entrée, puis s'avance dans le couloir qui mène à la salle à manger. Il s'étonne un peu de voir sa femme assise à une table, seule au milieu de cette pièce et à ne rien faire, mais il n'affiche rien sur son visage. Il remarque par la même occasion sa main droite recouverte d'un bandage.

— Bonsoir.

Sakura ne lui répond pas. Elle se contente de le regarder déposer son par-dessus noir au porte-manteau.

— Je t'ai laissé un peu de légumes avec de la viande dans le frigo, lui annonce-t-elle finalement.

— Merci.

Il se dirige vers le réfrigérateur pour y dénicher un petit Tupperware contenant effectivement l'équivalent d'un plat pour enfant qu'il réchauffe au micro-onde.

— Tu sais que ta fille sèche les cours pour jouer aux jeux vidéo ?

Dans le vacarme du petit four, Sasuke choisit de ne rien dire, à croire qu'il n'entend pas…

— Tu ne t'en rends même pas compte, crache sa femme.

— Je ne suis malheureusement pas assez présent pour m'occuper d’elle.

— Et c'est bien ce que je te reproche ! Ses résultats sont en baisse depuis que Boruto et elle se sont séparés, elle passe ses journées devant l'écran de sa télévision… seize heures, aujourd'hui. Seize heures ! Tu t'en rends compte ? Seize putain d'heures ! Il n'y a que moi pour m'en soucier ?…

Sasuke patiente encore quelques secondes avant de récupérer son plat maintenant tiède, puis il tire une chaise à côté de Sakura et s'y assied calmement.

— Tu sais qu'elle passe le bac, cette année ?

— Je sais.

— Alors pourquoi est-ce que tu ne réagis pas !

— Les affaires vont mal, je n'ai pas le temps de m'occuper de ça.

— Le ça désigne ta fille, et je ne suis pas sa mère.

— Fais ce que tu veux, n'attends pas mon autorisation pour lui faire comprendre les choses.

La mère adoptive se lève brusquement en frappant son poing gauche contre la table, renversant ainsi l'assiette de son mari et son contenu sur le sol en marbre blanc, témoignant, en plus de la superficie de la propriété, de la richesse de la famille.

— Je n'ai pas besoin de ton autorisation, scande Sakura. J'ai besoin de ton soutien !

Sasuke regarde sa femme, silencieux. Au fond de lui, il aimerait passer plus de temps avec sa famille et lui consacrer plus d'attention, mais la plainte déposée par un puissant client contre son entreprise ne lui permet pas de s'adonner aux loisirs familiaux. Il part tôt le matin et rentre tard le soir, ses journées sont épuisantes, et c'est encore s'il ne monte pas se coucher et reste endormi sur le canapé jusqu'au petit matin.

— Tu sais quoi ? fait brusquement Sakura. J'ai décidé de l'emmener consulter un psy. Si je ne peux pas compter sur toi, je compterai sur quelqu'un d'autre.

L'homme se lève, toujours calmement, afin de nettoyer ce que sa femme a renversé sous le coup d'une juste colère. Il ne lui en veut pas, car elle a raison. Il ne lui en veut pas non plus, car il l'aime malgré tout ce qui les sépare. Il ne lui veut que son bonheur, mais la période ne profite à personne de la famille. Après avoir jeté la nourriture, il finit par se renseigner sur le docteur en question.

— Le meilleur de la ville, répond-elle sur un ton plus posé. Orochimaru.

— Juste pour un chagrin d'amour qui tourne mal ?

— Je n'ai peut-être pas ramasser tout les éclats du verre qu'elle a jeté près de mon visage…

Sasuke regarde en direction du coin de la cuisine, puis juge qu'en effet, c'est une bien meilleure solution de laisser Sarada entre les mains d'une personne qui s'y connaît.

— Et… ta main ?

— C'est autre chose, merci de t'inquiéter. Tu montes te coucher ou tu as des choses à faire ?

— Je dois travailler encore un peu sur l'ordinateur. Ne m'attends pas…

— Très bien.

Sakura range sa chaise, toujours fâchée, puis monte les escaliers en direction de la chambre du couple. Le mari soupire de lassitude, rompu entre sa vie professionnelle et sa vie familiale…



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