Fiction: Luciole

Timide, douce, souriante, gentille, mordue du dessin et de l'architecture… Seiko avait tout pour être aimée par ses semblables. Et elle l'était, jusqu'au soir où tout son joli petit monde s'est effondré, l'entraînant en un rien de temps vers le fond. Néanmoins, bien que perdue cœur d'une foule haineuse de ce qu'elle est devenue, quelques personnes ont détecté la détresse dans son regard et ont pris l'initiative désintéressée de faire revivre cette lumière qui s'était éteinte.
Classé: -16D | Général / Action/Aventure / Drame | Mots: 58213 | Comments: 8 | Favs: 3
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MlleChouette (Féminin), le 13/11/2015
J'ai entamé cette fiction il y a bientôt 3 ans, en mars 2013 (ou mai, je ne sais plus !). J'ai recommencé plusieurs fois, passant de réécritures partielles à réécritures totales. On peut trouver plusieurs versions sur le net, dont deux notables. La première est bien avancée, celle-ci que je classe comme étant une Dark-fic, l'est moins car je l'ai commencé en juillet 2015 (8 chapitres, bientôt 9), mais comme elle est plus récente, sa qualité est normalement meilleure… À vous de juger ! *-*



Chapitre 1: Cauchemar



Le soleil brille de ses milles rayons dans un ciel azuré, offrant au village un aspect magnifique. Quelques nuages se profilent à l'horizon sans pour autant gâcher cette splendeur du matin. Dans une rue éclaircie par l'astre diurne, une petite enfant ne dépassant pas le un mètre trente marche avec un sourire enchanté sur son visage et un ours en peluche en guise de sac à dos au milieu d'une foule grouillante d'éclats. Ses yeux d'un noir épatant, dans lesquels distinguer leur pupille est clairement impossible, observe avec la même curiosité depuis ses petites années ces géants de bois, de briques et de ciment qui se dressent le long des allés.

- Seiko ! s'écrie une voix aiguë dans son dos.

La petite fille se retourne, agréablement surprise que quelqu'un vienne à elle. C'est Sakura qui accourt avec les bras battant l'air, un sac à dos sur les épaules.

- Salut ! s'égaye Seiko une fois cette-dernière arrivée à son niveau. Ça va ?
- Oui ! Ça fait trois ans que je t'appelle !
- Désolée…
- C'est pas grave ! assure Sakura en rouvrant la marche. Tu sais qu'on a un contrôle aujourd'hui ?

Les yeux de la gamine s'arrondissent soudainement et ses pas deviennent moins stable, la peur envahissant son petit cœur d'élève moyenne.

- Non…
- J'ai pas révisé, j'avais la flemme, dit l'enfant aux yeux d'émeraude. Mais ça va, c'est facile.
- C'est sur quoi ?
- Les multiplications. Iruka-sensei a dit d'apprendre par cœur pour la semaine dernière.
- Euh… Je pourrai me mettre à côté de toi ?…
- Hein ? Euh… je sais pas si c'est une bonne idée… si i' nous voit, on est morte…
- Je ferai attention, s'élance Seiko en se positionnant devant. Promis…

Sakura regarde son amie d'un œil soucieux, mesurant probablement le pour et le contre de la réponse à cet appel de détresse. Au final, elle secoue négativement la tête, l'air navre :

- Désolée, je peux pas. Si Iruka-sensei nous voit, on aura zéro toutes les deux.
- Mais il faisait pas ça aux autres contrôles !
- Il a dit que c'est la nouvelle règle… En plus, si j'ai une mauvaise note, mes parents vont m'engueuler.

Seiko baisse la tête, déçue de ne pas pouvoir compter sur l'aide de son amie aux cheveux roses qui se situe parmi les meilleurs de la classe. Un vent du nord froisse la rivière qui traverse Konoha, emportant les feuilles des arbres et les pétales de cerisiers qui viennent s'échouer sur les flots.
Haruno Sakura est une petite fille au grand front ; on dit que c'est un trait physique typique des personnes intelligentes, elle en est la preuve. Ses cheveux roses mi-long atteignent ses omoplates et quelques mèches du devant encadrent son visage angélique. Des yeux semblables à deux émeraudes s'harmonisent avec les couleurs de sa beauté florale et ornent un petit nez pointu. Sa bouche aux lèvres exquises accentue la délicatesse de son visage paré de joues rondes et rosées. Elle n'a pas neuf ans qu'elle ressemble à une princesse de la flore.

Seiko et Sakura arrivent à l'Académie en même temps que beaucoup d'autres enfants. Elles restent ensemble avant l'entrée en classe, puis une fois que la sonnerie retentit, elles se rangent dans les rangs en attendant l'arrivée de leur instituteur qui les accompagne jusqu'à leur salle. Sakura vient trouver sa place aux côtés d'Uchiwa Sasuke, un jeune garçon assombri par ses malheurs et très apprécié des filles. Seiko a déjà tenté une approche amicale avec lui, car ils ont tout les deux un passé difficile bien que très différent, mais il l'a rejetée froidement en appuyant sur son inutilité et sa bêtise. Vexée, la petite a décidé de ne plus lui adresser la parole… Elle s'est plutôt tournée vers Uzumaki Naruto, un enfant qui n'a, tout comme elle, jamais connu ses parents, vivant seul sous le tutorat d'Iruka et rejeté par le village pour une raison qu'elle ne juge pas dangereuse. Cependant, sa mère adoptive lui défend de s'approcher de lui alors elle a rompu l'amitié sans pour autant la transformer en une forme de mépris. Elle se souvient que ce garçon en a été profondément vexé, qu'il en a pleuré. Cela lui a fait mal, alors elle s'est promise de l'aider s'il rencontre une difficulté, qu'importe le prix et le risque.
Sakura s'est assise aux côtés de Sasuke, donc, et Naruto a cherché à s'approcher de la jolie fleur rose, en vain : un autre garçon s'est installé. Seiko s'est placée à gauche de Yamanaka Ino, une autre fille qui a l'Uchiwa dans son viseur.

Iruka salue ses élèves, puis commande à ce que l'on sorte une feuille dans un brouhaha de mécontentement.

- Trois fois quatre, articule l'instituteur. Huit fois sept. Cinq fois six. Deux fois dix. Neuf fois zéro. Neuf fois trois. Six fois six…

Et au fur-et-à-mesure que les opérations défilent, Seiko voit sa note plonger vers le zéro absolu. Ses doigts emmêlés dans ses cheveux bouclés, elle essaie en vain de retrouver visuellement les pages de son cahier de mathématiques. À côté d'elle, Naruto galère autant. Ino semble néanmoins ne trouver aucune difficulté. Alors elle prend son courage à deux mains et jette un rapide coup d'œil sur Iruka qui fixe l'Uzumaki. Il ne lui facilite pas la tâche…
Par chance, un élève fait renverser sa trousse pleine. Profitant de cette diversion, Seiko réussi à grappiller quelques résultats qui lui semblent cohérents sur la feuille de sa voisine. Elle prononce les nombres dans sa tête en les lisant rapidement, dans l'ordre, détache son regard, se souvient du son de sa voix, et le répète. Elle finit par compléter sa feuille, non entièrement, mais la bonne note est assurée si les réponses d'Ino sont justes.
À trois minutes de la fin de l'examen, Naruto n'a toujours rien écrit, à l'exception de deux ou trois réponses évidentes… Alors Seiko l'interpelle par un léger coup de pied dans le mollet et dirige discrètement sa feuille dans la direction de son camarade. Au moins, cela, il peut le faire…

- Bien ! Je ramasse.

Naruto profite de cet instant pour copier rapidement les résultats sur sa feuille. Enfin, Ino, Seiko et lui rendent leur copie à Iruka lorsqu'il vient à leur table. La fillette esquisse un léger sourire timide remplit de complicité sans pour autant regarder Naruto.

- Merci, chuchote-t-il.

Satisfaite de sa bonne action, Seiko balance joyeusement ses jambes en avant et en arrière.

- Nous allons maintenant entamer l'histoire de nos ancêtres, lance Iruka après avoir rangé les copies dans un coin de son bureau. Mais pour cela, il vous faut acquérir certaines bases de la mythologie. Sortez vos cahier. Quelqu'un peut-il m'en parler ?

Un élève lève brusquement la main.

- Oui ?
- Il y a deux dieux qui ont fait le monde. C'est Izanami et Izanagi.
- C'est exact, appuie le professeur. Trois autres dieux sont nés d'Izanagi : Susanoo, le dieu qui règne sur les océans, Amaterasu, la déesse du Soleil, et Tsukiyomi, le dieu de la Lune. C'est la légende folklorique. Mais sachez qu'une tribu ancienne nommée Hing suivait une version différente de cette légende. Elle raconte qu'Amaterasu, Susanoo et le dieu de la terre Saruka-Hiko se seraient associés pour faire pousser une fleur, et que de cette fleur seraient nés trois autres dieux…

Seiko a rapidement décroché du cours et a préféré s'évader dans son esprit. Un moment, Ino l'interpelle :

- Je sais que t'as copié sur moi.

La petite fille aux boucles noires évite son regard, embarrassée…

- J'le dirai pas à Iruka-sensei, mais si tu veux, j'ai une astuce pour avoir la réponse…
- C'est quoi ? s'enquiert alors Seiko qui déteste tricher.
- En fait, par exemple, si t'as trois fois huit, si tu sais ça fait quoi deux fois huit, t'as qu'à faire deux fois huit plus huit.
- Euh…
- Bah ça fait combien deux fois huit ?
- Euh… seize ?
- Oui, et si tu veux faire trois fois huit, t'ajoutes plus huit.
- Vingt-quatre ?
- Voilà, c'est pareil avec la table de deux. Tu sais compter de deux en deux ?
- Oui : deux, quatre, six, huit, dix…
- Deux fois un, ça fait deux, deux fois deux, ça fait quatre, deux fois trois, ça fait six… En fait, tu comptes de deux en deux quand tu fais la table de deux, et de huit en huit quand tu fais la table de huit !
- C'est qui qui t'a appris ça ? s'émerveille Seiko.

Ino prend soudainement un air de fierté.

- Je l'ai apprise toute seule !
- Ino et Seiko ! replace Iruka.

La petite fille au sac en peluche se plait à tester toutes les combinaisons dans son esprit, et effectivement, elle se rend compte que cette astuce fonctionne pour tout.

Les heures passent, la dernière sonnerie s'écrie dans les lueurs d'une après-midi ensoleillée et lourde d'atmosphère. Seiko s'empresse de rentrer chez elle afin d'annoncer à Konohana, sa mère adoptive, qu'elle a eu un contrôle et que sa note sera excellente, sans pour autant lui avouer qu'elle a usé de moyens désapprouvés par l'Académie.

Le Soleil finit par achever sa ronde dans le ciel printanier et le village s'endort lentement. On entend encore à l'extérieur des hommes qui se chamaillent pour une femme, des chiens qui aboient, ou la chanson des cigales. Si Konoha ne devait pas être habité par l'homme, il serait la cité des lucioles. Seiko s'amuse à en capturer dans des bocaux spéciaux. Elle éteint la lumière et les observe durant de longues minutes, si ce ne sont pas des heures, avant de libérer ces petites lampes vertes vivantes. Mais ce soir, prise d'une fatigue insurmontable, elle vient s'endormir avec la joue contre le dos de ses mains, les bras croisés sur son matelas.

Seiko se réveille en pleine nuit, dérangée par l'inconfort dans son sommeil. L'absence de lumière l'intrigue, alors elle se lève dans le noir et se dirige vers l'interrupteur à tâtonnements bien qu'elle ait toujours détesté l'obscurité. Lorsqu'elle permet à l'électricité de se diriger vers sa lampe, elle constate que la luciole n'est plus dans son bocal. Non… en fait, elle est morte… Elle ne sait pas pourquoi, car elle avait recouvert le récipient d'un film transparent qu'elle a percé à l'aide d'un crayon pour permettre à l'air d'entrer. Cela n'a pas suffit pour celle-ci, on dirait. Seiko s'approche pour prendre le bocal entre ses petites mains et observer avec dégoût l'insecte retourné sur le dos.

- Beurk, lâche-t-elle en le faisant rouler.

Elle enlève alors la couverture en tirant légèrement sur le film, ouvre sa fenêtre derrière laquelle une pluie battante fait rage, et secoue le récipient de verre à l'extérieur. L'orage gronde, Seiko frémit un peu, mais plus autant qu'avant. Elle se contente de refermer la fenêtre et de rester à l'abris du grognement menaçant du tonnerre, puis va se cacher dans ses couvertures.
La Lune éclaire sa fenêtre de son éclat de glace, elle semble observer la petite fille de son regard froid, immobile, comme si, malgré cette agression céleste, elle veillait sur elle. Alors les paupières de l'enfant s'alourdissent, et ces rideaux de couleur caramel, après quelques efforts insignifiants pour les maintenir levés, s'abaissent vers ce sol si doux pour mettre fin au spectacle de charbon sous une averse d'applaudissements.

Mais c'est un bruit assourdissant qui vient tirer la gamine de son sommeil profond. Il est quatre heures du matin, et cela venait de la cuisine. Son cœur commence à palpiter si bien qu'elle l'entend dans ses tempes. Elle ne sait pas pourquoi elle a peur, peut-être parce que c'est inhabituel et que c'est suspect.
La pluie continue de cogner violemment contre le toit de sa chambre, quant à la Lune, elle a disparu… Seiko entend un second fracas, saute de son lit et s'empare une nouvelle fois de son courage que l'on matérialisera par son kunai posé sur sa table de nuit. Elle prend le temps d'avaler sa salive, et malgré l'angoisse engourdissant ses jambes, elle quitte la pièce dans un silence absolu.

Elle s'aventure dans les escaliers. C'est dangereux, car il n'y a pas de lumière, mais ce que perçoit son ouïe la fait ralentir d'anxiété. Des bruits de lutte viennent de la cuisine… Elle loupe une marche, trébuche, chute douloureusement, roule dans un vacarme pas possible, et s'étale dans un liquide chaud et épais, juste en face de cette fameuse pièce où la lumière s'échappe du bas de la porte. L'angoisse, à son paroxysme, lui fait oublier la douleur et amplifie ses sens auditifs. Ce que Seiko entend tétanise ses muscles. Le souffle coupé, son regard se plante sur cette épaisse couche dégueulasse de sang noircit par l'obscurité. Plus de fracas, plus de lutte, un semi-silence envahit ces ténèbres de terreur, seul le bruit sec d'un hachoir dans un sac de viande se répète avec une odieuse régularité une centaine de fois… Le poing clos contre le parquet, les ongles plantés dans la chair de sa paume, les doigts coincés entre deux planches, le bras près à en arracher une dans un moindre sursaut, tandis que cette abominable percussion résonne dans le néant de la mort, l'imagination de Seiko est suffisamment poussée pour interpréter le bain de sang qui déborde de la cuisine. Le rythme morbide en accord avec les pulsions de son angoisse achève sa détonation macabre dans un dernier coup de hachoir, et ainsi, le silence, empereur de la nuit, revient s'assoir lentement, pas à pas, sur son trône de l'horreur.
Seiko reste à terre, les mains et les genoux plongés dans un sang qui n'est pas le sien et dont le ventre et les avant-bras en sont souillés. Elle se sent tétanisée, démunie, nue de tout contrôle, et lorsque la porte de l'Enfer s'ouvre enfin dans un grincement de désolation, découvrant ainsi le cadavre ensanglanté et égorgé de sa mère, son cœur manque un battement. Elle bascule en arrière, recule misérablement pour échapper au meurtrier, mais régurgite toute la teneur épouvantable qu'elle a laissé bouillir en elle.
Seiko ne prononce pas un mot, la voix paralysée par l'effroi. Elle se dit que c'est un cauchemar, elle s'en persuade, mais elle reste crispée, le dos contre les marches, tandis que la montagne noire l'observe de toute sa grandeur. Elle ne voit pas son visage masqué par un foulard qui ne laisse à découvert que ses yeux ornés de lunettes noires, pénibles à distinguer à cause de l'obscurité. Cette ombre massive ne reste pas bien longtemps face à la gamine, elle s'enfuit dans un nuage de poussière, la laissant là, meurtrie, face au regard vitreux de sa mère. Konohana fixe sa fille, ses cheveux de terre collés sur sa tempe par le sang et la sueur, avec une iris aux couleurs de l'effort intensif. Seiko réfléchit à retrouver ce porteur de la mort pour le supplier de la tuer, et ainsi, elle se réveillera en sanglot, puis elle criera sa mère qui viendra la réconforter, mais une cuisante douleur au niveau de sa cuisse l'empêche de se lever… Elle s'est coupée avec le kunai dans sa chute, et ce sang sorti de ses veines, comme celui séché sur ses mains qui s'émiette au moindre frottement de doigts, lui rappelle la dure réalité de cet effroyable cauchemar.



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