Fiction: The Beginning (terminée)

Elle est perdue. N'en peut plus. Il est parti. Mais lui est toujours là. Seulement depuis son départ rien n'est plus pareil. L'enfer a commencé.
Classé: -12D | Général / Drame / Romance | Mots: 3913 | Comments: 0 | Favs: 2
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hane-chan (Féminin), le 24/12/2013
C'est un one-shot qui encore une fois nous montre un perso torturé, qui perd son identité et ses repères... À croire que j'adore brutaliser mes persos... Bref de base écrit sur les musiques de Anticeptik, notamment Pigs World. Les paroles sont de ONE OK ROCK - The Beginning.

Les changements fréquents de temps et de personne sont voulus pour accentuer cet effet de perte de lucidité, et de brutales prises de consciences.




Chapitre 1: The Beginning



Le monde s'écroulait. Littéralement. Il n'y avait pas d'autres possibilités. Tout était sans dessus dessous. Elle ne savait plus où donner de la tête. Où se trouvait l'endroit et l'envers. Un pêle-mêle de couleurs, de formes, d'éclairs d'images nettes sur un fond flou et d'un monde qui ne tournait plus rond. Des sons aussi. Un espèce de bruit ambiant, mélange de brouhaha constant et de musiques qui se superposaient. Des mots, des phrases qui ressortent de temps en temps. Et puis cette impression de détachement. Tu ne sais plus où poser ton regard, ne comprends plus ce que tu entends. Plus rien n'a de sens. Ni les voix, ni les visages. Et cette odeur de sueur et d'alcool partout où tu vas ! Ta bouche est pâteuse, tes idées brouillonnes. Tu ne sais plus. Je est elle. Tu est un autre. Tout est confus, mixé, secoué, et envoyé en giclées un peu partout. Tu ne comprends plus ce qu'il se passe autour de toi. Quelques pas, tes jambes flageolent. Le monde se met à tanguer sous tes pieds. Tu t'accroches au premier bras venu, te fichant des insultes qui fusent. D'ailleurs tu ne les entends même pas. Et tu es bien incapable de dire s'il s'agit d'insultes. Mais... Leur visage. Colère. Non. Mécontentement. Non. Tu ne sais déjà plus. Trop fugace. Ton monde s'échappe déjà à toi.

Elle ne savait déjà plus où elle était. Aucun visage reconnaissable. Des silhouettes. Plein de silhouettes qui se déhanchent autour d'elle. Qui l'enserrent, l'étouffent. Elle ne se sent pas bien. N'arrive plus à respirer. Lève les yeux. Penche en arrière. Titube et se redresse. Où était partie cette saleté d'Ino ? Jamais là quand elle avait besoin d'elle. Son coeur cognait dans sa poitrine. Les basses qui résonnent dans sa tête. Et le vide. Le vide qui l'englobe. Le néant qui la surprend. Il fait chaud. Elle ne se sent pas bien. Il faut qu'elle sorte. La bile lui remonte à la gorge. Elle croit déglutir. Elle sait plus. Où est-elle ? Et Ino ? S'était-elle une fois de plus enfuie vers la piste ? Une piste ? Vomir. Mon dieu ! Eclairs jaunes et flashes bleus. Tu ne sais plus. Tu perds la notion des choses. Ton coeur s'accélère et ralentit, tambourine au rythme de la musique. Cette musique même qui inhibe tes pensées et t'empêche de réfléchir correctement.

Saccadé. Tout est saccadé. Noir et blanc. Puis coloré. Flashes. Visages. Sons. Tes sens brouillés. Tu tournes la tête. Croises un regard. Le sien. Celui d'Ino. Pitié, remords, accusations. Tout mais pas ça. Pas ces yeux-là. Elle ne s'en sent pas capable. Pas émotionnellement prête. Alors elle s'enfuit. Ou tout du moins tente de s'enfuir. Mais tout tangue, comme un bateau en mer.

Just give me a reason
(Donne moi juste une raison)
To keep my heart beating
(De laisser mon cœur continuer de battre)
Don’t worry it’s safe right here in my arms
(Ne t'inquiète pas, maintenant tu es en sécurité dans mes bras)
As the world falls apart around us
(Même si le monde s'écroule autour de nous)
All we can do is hold on, hold on
(Tout ce qu'on peut faire c'est de tenir, tenir)

Une sensation d'apesanteur. Des bras qui te soutiennent. Un regard, un visage que tu connais. Un nom qui te vient en tête aussi. Mais tu ne parviens pas à les associer ensemble. Un dernier regard à Ino. Tu voudrais lui dire que tu es désolée, qu'il faut qu'elle comprenne, mais tu ne sais déjà plus.

Take my hand
(Prend ma main)
And bring me back
(Et ramène-moi)

Il t'embarque déjà dans son sillage, te tirant par la main loin de ce monde en puzzle que tu ne parviens pas à reconstituer. La chaleur de sa paume contre la tienne. Sa force. Tout n'est qu'explosion. Sensations, sentiments. Diffus, tellement diffus ! Le monde s'écroule mais des bras le ramènent à la normale. Le bruit s'éloigne. L'air frais. Une voiture, un moteur qui tourne. Tu es déjà assise. Tes yeux se plissent et se ferment. Lanternes au bord de la route. Bitume froid. Quelqu'un qui te tient les cheveux pendant que tu vomis. Et déjà la voiture redémarre. Destination nulle part. Lui qui te regarde. Ta conscience soudaine de ton regard vitreux, et du sien qui te sonde mais te laisse étrangement intacte. Sons dénaturés. Distordus. Tu ne sais pas trop où cela te mène. Pas trop ce qu'il se passe. Mais il est là. Sans juger. C'est suffisant.

So stand up, stand up (Just gotta keep on running)
(Alors lève toi, lève toi (et continue de courir))
Wake up, wake up (Just tell me how I can)
(Réveille toi, réveille toi (Dis moi juste comment je peux))
Never give up
(N'abandonne jamais)
Kuru wa shimi hodo setsunai
(Ce moment éphémère, beau à m'en rendre fou)

Vos doigts entre-mêlés sur ta cuisse nue. Et soudain, elle se rend compte de sa tenue de bimbo qui cherche à chauffer tout ce qui bouge. Short au ras du cul, décolleté plongeant, t-shirt transparent laissant entrevoir le soutien-gorge noir en dentelle, talons hauts et maquillage provocant. La honte qui te submerge. Mais il ne fixe que tes yeux. Ou la route, à l'occasion. Alors tu te laisses aller. Et pleure. Comme ça, sans raison. Comme un trop plein d'émotions. De toute façon, les larmes coulent toutes seules. Pas besoin de ton aide. Tu es tellement inutile dans tous les cas ! Parfum blessé, douleur sucrée, odeur peinée, souffrance acidulée.

Tout part en vrille. Echappe à ton contrôle. Tu ne te souviens plus de rien. Malaise constant, gêne ambiante, honte flagrante. Tu te mets à trembler violemment. Tes nerfs te lâchent. Tu voudrais t'enfoncer dans ton siège à disparaître ; et fuir en courant avec l'énergie du désespoir. Violet profond de la solitude. Incompréhension. Peur. Terreur. Froid glaçant dans tes veines. Et la chaleur de sa peau contre la tienne. Un goût amer dans la bouche. Comme un arrière-goût d'horreur. Bêtise humaine. Croire que l'on peut se relever. Trouée de lumière dans l'obscurité. Ses doigts qui s'accrochent aux tiens. Sa conduite sûre et souple. Son visage impassible. Simple spectateur. Ne m'abandonne pas ! te crie sa main tremblante dans la tienne. À moins que ce ne soit le contraire.

I risk everything if it’s for you
(Je suis prêt à tout risquer si c'est pour toi)
I whisper into the night
(Je murmure dans la nuit)
Telling me it’s not my time and don’t give up
(Me disant que ce n'est pas encore mon heure et de ne pas abandonner)
I’ve never stood up before this time
(Je n'ai jamais résisté avant ce moment)
Demo yuzurenai mono itta kono te wo hanasanai
(Mais j'ai trouvé la chose à laquelle je ne pouvais pas renoncer, c'est cette main que je tenais)

L'angoisse te serre le coeur, et gonfle ta poitrine d'anxiété. Le silence tranquille se meut en bourdonnement agaçant. Les restes de ta soirée trop bruyante. Ta tête part en arrière, délaissant la vitre froide attaquée par la noirceur du monde. Tu éclates de rire, brisant le silence devenu pesant avec ce bruit de fond intempestif. Un rire nerveux, étranglé par tes larmes insatiables. Tu te fais vraiment pitié. Tu voudrais que Sasuke réagisse. Parle. Dise n'importe quoi. Mais qu'il parle ! Mais son silence te rassure aussi, et il le sait. Ton coeur hurle ; ou peut-être est-ce toi. Tu ne sais pas. Tu perds les pédales. Pètes un câble. Disjonctes. Complètement. Mais il ne dit rien. L'alcool et la fatigue ont eu raison de toi. Et ces trucs que tu n'aurais jamais dû prendre. Ces pilules que te tendait Kankurô, sous le regard réprobateur d'Ino. Mais tu en avais besoin. Tellement besoin ! Il n'est plus là. Tu ne te sens pas d'affronter le monde sans lui. Ca ne sert plus à rien. Il t'a laissée seule, complètement désorientée. Tu ne peux plus. Plus supporter le regard des autres. Pleins de compassion et de sollicitude. Mais qui ne comprennent rien. Vraiment rien. Sasuke te comprend, lui. Il te comprend, parce qu'il souffre lui aussi. Enormément. Mais lui a su se relever à temps. Pour te maintenir à la surface. T'empêcher de te noyer dans ton chagrin. Ou sinon, il est juste très fort pour cacher ses sentiments. Ca ne t'étonnerait pas. Pas le moins du monde. Il a toujours été comme ça, après tout. Même avant. Avant... ça.

Just tell me why baby
(Dis-moi juste pourquoi bébé)
They might call me crazy
(Ils peuvent me traiter de fou)
For saying I’d fight until there is no more
(De dire que je me battrais jusqu'au bout)
Fureri wo fukunda senkougankou wa kankakiteki shoudou
(Ces yeux brillants de tristesse résultent d'une impulsion)
Blinded, I can’t see the end
(Aveuglé je ne peux pas voir la fin)
So where do I begin ?
(Alors où dois-je commencer ? )

Tu secoues la tête, dans l'espoir de chasser tes pensées. Reprendre le contrôle sur elles. Montrer que tu es maître de toi. Mais ton corps amaigri prouve le contraire. Tes yeux vides aussi. Et ces putains de larmes qui ne se tarissent pas... Tu fais pitié à voir. Vraiment mal au coeur. Ta silhouette squelettique. Tes cheveux ternes. Tes jambes qui ne supportent plus ton propre poids, pourtant dangereusement bas. Et malgré tout, tu t'es habillée comme si tu allais séduire. Pour te prouver que tu peux encore séduire. Mais ce n'est pas vrai. Tu attires juste la pitié et la compassion. Pas les mecs. Et puis tu as encore Sasuke. Mais lui n'est pas neutre. Il t'aime déjà. Pour combien de temps encore ? Quand va-t-il se décider à t'abandonner purement et simplement ? À te laisser sur le bas-côté pour tracer sa route, continuer son chemin ? Tu ne sais pas. Pas ce qui le pousse à rester. À t'aider. À t'empêcher de sombrer plus profond encore dans la merde dans laquelle tu t'es embourbée. La drogue, l'alcool. Oublier. À tout prix. Oublier son absence. Oublier la souffrance. Mais Sasuke est là. À te remettre les pieds sur terre. À te rappeler la réalité, la même souffrance dans le coeur. Le même combat. Mais il a vaincu ses démons, là où tu t'enlises dans les ténèbres. Parce que tu es moins forte que lui. Que tu n'es pas capable de te relever. Il n'est plus là. Il a pris une autre route. Et maintenant que vos chemins se sont séparés, tu ne parviens pas à continuer d'avancer. Sasuke est là devant toi, à te tendre la main, à t'empêcher de faire machine arrière et de suivre le même chemin que lui. Mais alors que Sasuke continue de marcher d'un pas décidé, toi, tu traînes des pieds derrière lui, dans l'espoir que vous finissiez par vous arrêter pour rejoindre votre ami perdu.

Say another word, I can't hear you
(Dis un autre mot, je ne peux pas t'entendre)
The silence between us
(Le silence entre nous)
Nanimo nai you ni utsuteru dake
(Reflète qu'il n'y a rien)
I take this chance that I make you mine
(Je saisis cette chance de te faire mienne)
Tada kakusenai mono kattate yori misekakete
(Et pour les choses que je ne peux te cacher, je les déguiserai)

Mais Sasuke est là, lui. Tu ne peux pas lui faire ça. Pas à lui. Lui qui a tant bataillé pour ne pas se laisser submerger par les démons de son enfance, ceux qui lui ont ravi ses parents, ceux qui plus tard lui ont ravi son frère, et ceux qui viennent de lui ravir son meilleur ami. Pas lui. Elle l'aimait trop pour ça.

So stand up, stand up (Just gotta keep on running)
(Alors lève toi, lève toi (et continue de courir))
Wake up, wake up (Just tell me how I can)
(Réveille toi, réveille toi (Dis moi juste comment je peux))
Never give up
(N'abandonne jamais)
Kanashimi to setsunasa
(Cet éclat captivant de douleur et de tristesse)

Mais elle perdait pied. Passait son temps à chercher à oublier. Pour ensuite se remémorer le passé, dans la peur constante d'oublier. Les moments de joie qui faisaient qu'elle souriait, ces instants partagés à rire, à pleurer, crier, se disputer, chanter, dormir, manger, étudier, et rire encore. L'angoisse constante qu'il s'efface peu à peu de sa mémoire. Qu'elle finisse par oublier l'intensité de sa peine. La violence de sa douleur. Qu'elle finisse par avancer de nouveau, et oublier le son de sa voix, celui de son rire, sa fraîcheur, son sourire, la couleur exacte de ses yeux. Qu'elle finisse par oublier l'odeur de sa peau, quand elle le serrait dans ses bras. Que les traits de son visage se floutent dans son esprit.

Just give me a reason
(Donne-moi juste une raison)
To keep my heart beating
(De laisser mon cœur continuer de battre)
Don’t worry it’s safe right here in my arms
(Ne t'inquiète pas, maintenant tu es en sécurité dans mes bras)
Kudaketenaide saite jita kono omoi wa
(Cet amour qui a fleuri se brise en morceaux, pleure et flétrit)
So blinded I can’t see the end
(Alors aveuglé je ne vois pas la fin)

Parce qu'après tout, c'était grâce à lui qu'elle était celle qu'elle était. Cette fille joyeuse qu'elle n'était plus. Cette fille qui s'assumait, elle et ses choix, qui prônait les valeurs qui lui semblaient justes, qui se battait pour ses convictions, et qui faisait en sorte d'aider ceux qui en avaient besoin. Parce qu'après tout, c'était grâce à lui qu'elle avait rencontré Sasuke. C'était lui qui lui avait présenté. Lui qui avait fait en sorte de les réunir le plus souvent possible, lorsqu'il avait compris la nature des sentiments de son amie pour Sasuke, occultant par la même occasion ses propres sentiments à son égard. Parce qu'il savait qu'elle avait une chance. Parce qu'il avait toujours fait passer les sentiments de Sakura avant les siens. Les désirs de Sakura avant les siens. Et son bonheur avant le sien.

Look how far we made it
(Regarde jusqu'où on a été)
The pain i can’t escape it
(Je ne peux échapper à la douleur)
Kono mamajya mada owarase koto wa dekinai deshou
(Je ne peux pas terminer ce dont je ne veux pas voir la fin)
Nando kutabarisou demo kuchi hateyou tomo owariwanaisa
(Même si je suis épuisé et que j'ai semblé m'effondrer plusieurs fois, même si je faiblis, ce n'est toujours pas la fin)
So where do I begin ?
(Alors où dois-je commencer ? )

Et voilà où ça les avait mené... Sasuke ne tenait plus que pour que Sakura ne s'effondre pas, mais il était mort de l'intérieur. On lui avait retiré tous ceux auxquels il tenait. Il ne lui restait plus qu'elle. Jamais il ne supporterait de la perdre, elle aussi. Pas elle. On pouvait lui prendre n'importe qui, Neji, Shikamaru, Ino, Karin, Suigetsu, et même Gaara, il s'en fichait bien, si on lui laissait Sakura ! Ca pouvait sembler cruel, dit comme ça, il ne souhaitait la mort de personne, mais Sakura était le dernier fil qui le retenait à la vie. Son espoir personnel. Sa bouffée d'air frais. Son oxygène. La lumière au bout du tunnel. Quand bien même il devrait d'abord la ramasser à la petite cuiller pour cela. Pour qu'elle redevienne cette étoile étincelante dont il était tombé amoureux. Ce joyau rose à l'apparence délicate mais réellement fort. Sauf qu'elle était comme une maison dont on aurait ôté une bonne partie des fondations. Sur un équilibre précaire, à deux doigts de s'écraser à son tour, si Sasuke relâchait son attention ne serait-ce qu'une seconde.

Nigirishimeta ushinawanu youni to
(Je garde ma main fermée afin de ne jamais la perdre)
Te wo hirogereba koboreochisou de
(Car si je l'ouvre elle me glissera entre les doigts)
Ushinau mono nado nakatta hibino dasei wo sutete kimi wo
(Je ne peux pas te perdre, à moins que tu n'abandonnes au cours de ces jours inertes qui tu es)

Elle capta son regard sur elle mais ne leva pas les yeux en sa direction. Elle ne s'en sentait pas le courage. Elle était encore en ébullition, prête à exploser, complètement dévastée de l'intérieur, complètement sonnée par tout ce qu'elle avait pris à cette soirée anarchique, et bien amochée par la recrudescence de ses pensées orientées vers son ami. Elle détestait ces moments de flottement, où, après l'absence, la conscience revenait doucement, juste assez pour qu'elle se rappelle de ce qu'elle cherchait éperdument à oublier, mais pas assez pour qu'elle ait le contrôle d'elle-même ou de ses pensées. Confusion encore présente, et des bribes de mots, de phrases, qui s'imposaient à elle par flashes, avec force, comme s'ils entraient en collision avec les autres pour se faire de la place dans sa tête et qu'elle ne puisse plus les cacher au fond d'elle-même.

Just tell me why baby
(Dis moi juste pourquoi bébé)
They might call me crazy
(Ils peuvent me traiter de fou)
For saying I’d fight until there is no more
(De dire que je me battrais jusqu'au bout)
Fureri wo fukunda senkougankou wa kankakiteki shoudou
(Ces yeux brillants de tristesse résultent d'une impulsion)
Blinded, I can’t see the end
(Aveuglé je ne peux pas voir la fin)
So where do I begin ?
(Alors où dois-je commencer ? )

Naruto. Ce mot occultait tous les autres. Sasuke s'arrêta, sentant la main de Sakura trembler dans la sienne. Ils faisaient face à l'entrée de leur appartement. Celui qu'ils avaient pris en collocation, tous les trois, avant qu'elle ne se mette en couple avec Sasuke. Elle revoyait encore son meilleur ami ouvrir la porte en grand, en beuglant qu'ils étaient en retard et que leur repas était froid, qu'il avait failli manger leur part, pendant qu'ils se baladaient il ne savait où à faire des trucs de couple, comme il disait. Il était parti trop tôt. Beaucoup trop tôt. Blam ! Fauché par une voiture alors qu'il se rendait à un entretien d'embauche. Parce qu'il avait laissé tomber les études en cours d'année, et que son petit job de livreur de pizza le samedi soir ne suffisait plus à payer le loyer ; parce que Sasuke et Sakura ne pouvaient pas bosser plus que le samedi non plus, en raison de leurs études. Sakura se souviendrait toujours du jour où c'est arrivé. Sasuke qui débarque dans sa salle de cours, paniqué, essoufflé. Son regard se fichant dans le sien, alors que l'appréhension lui nouait déjà l'estomac. Et puis un mot. Juste un. Naruto. Puis le trou noir. Et l'enfer qui commence.

Look how far we made it
(Regarde jusqu'où on a été)
The pain i can’t escape it
(Je ne peux échapper à la douleur)
Kono mamajya mada owaraseru koto wa dekinai deshou
(Je ne peux pas terminer ce dont je ne veux pas voir la fin)
Nando kutabarisou demo kuchi hateyou tomo owariwanaisa
(Même si je suis épuisé et que j'ai semblé m'effondrer plusieurs fois, même si je faiblis, ce n'est toujours pas la fin)
It finally begins...
(Ça commence finalement...)

Sasuke pousse la porte, entre et reste dans l'entrée. Sakura hésite un instant, déboussolée, comme si elle revenait de lui, ce qui est sûrement le cas. Elle va pas tarder à commencer son manège, il le sait. Il ne dit rien, comme toujours. Parce qu'il sait qu'elle se sent acculée, à chaque fois qu'elle rentre dans l'appartement. Elle finit par franchir le seuil, d'une démarche flageolante, et actionne la lumière. Elle défait ses escarpins, qu'elle balance négligemment sur le côté. Le stress monte, l'anxiété refait surface. Ca se lit sur son visage. Sasuke se décale. Ca y est, ça commence. Elle regarde autour d'elle, se demandant par quelle pièce elle va commencer. De toute façon, elle finit toujours par la même. Elle rentre dans la cuisine, allume la lumière, traverse celle-ci et se rend au salon. Elle allume le plafonnier et actionne le bouton de la lampe de chevet près du canapé, avant de faire demi-tour. Sasuke est toujours dans l'entrée, la regardant simplement faire. Elle appuie sur l'interrupteur de la salle de bain, celui des toilettes, et celle de la première chambre ; la leur. Avant, le salon était la chambre de Sakura. Mais elle en a eu marre de jongler entre son lit et celui de Sasuke, lorsqu'ils se sont mis ensemble. Et puis maintenant, elle est tellement envahie par les cauchemars qu'elle ne peut plus dormir seule. Son cauchemar éveillé, c'est quand elle atteint la chambre de Naruto. Elle s'arrête toujours quelques secondes, devant la porte fermée, avant d'abaisser la poignée pour découvrir la chambre vide lorsque la lumière jaillit. Les affaires de Naruto n'ont pas bougé d'un millimètre par rapport au jour où il a disparu. Elle n'a pas osé y toucher. Ni aux vêtements sales qui jonchent le sol, ni même au paquet de biscuits entamé qui traîne sur le bureau et doit avoir attiré un million de bestioles. Mais même lui, elle ne peut pas y toucher. Parce que ça serait comme avouer que Naruto est parti et qu'il ne reviendra plus. Et c'est pas possible. Jamais elle ne pourra faire ça. Elle ne le supporterait pas.

Un jour, il faudra bien qu'elle trie ses affaires. Un jour. À ce moment-là, peut-être tombera-t-elle sur les photos de leur trio, les Inséparables, comme les surnommaient leur bande. Tu parles ! Il était bien beau maintenant, leur trio amputé d'un membre ! Elle se demandait vraiment ce qu'elle avait fait pour mériter ça. Pour qu'on lui retire son Naruto. Etait-ce le fait de ne pas avoir répondu à ses sentiments, d'être sortie avec Sasuke et d'avoir, ainsi, brisé l'équilibre de leur trio ? L'avait-on privée de Naruto pour rééquilibrer la balance ? Mais maintenant qu'il ne restait plus qu'elle et Sasuke, allait-on la priver de lui aussi, parce que contrairement à lui elle ne parvenait pas à tourner la page ? Ou au contraire, allait-elle se détruire en premier ?

Naruto aurait été là, il lui aurait fait remarquer que si elle se rendait compte que l'autodestruction était une possibilité, elle avait aussi la possibilité de l'empêcher. Mais Naruto n'était plus, et Sakura ne possédait plus le recul nécessaire pour voir qu'il était encore temps de se sauver, elle, et ainsi de sauver Sasuke. Et que si Sasuke s'était sauvé, c'était pour la sauver, elle, aussi.

Sakura n'en pouvait plus. Sa soirée avait été une catastrophe, elle avait besoin de dormir et enfin se reposer de tout ce qui avait été remué dans la plaie béante dans son coeur que Sasuke tentait de panser. Il éteignit toutes les lumières sur son passage, avant de rejoindre Sakura, déjà allongée dans le lit. Il la serra dans ses bras, lui embrassa la tempe. Mais elle dormait déjà. Demain, il lui faudrait à nouveau se battre contre ses démons, et tenter de gagner du terrain sur les ténèbres qui menaçaient de l'engloutir. Mais il y avait de l'amélioration, et même si Sakura n'était pas sortie de l'affaire face à son comportement autodestructeur, Sasuke était confiant. Ils étaient sur la bonne voie. Naruto veillait sur eux. Demain serait un autre jour, un jour qui permettrait enfin d'accepter la disparition de Naruto, six mois plus tôt. Mais il restait dans leur coeur, quoi qu'il arrive. C'est sur cette pensée que Sasuke s'endormit à son tour. Une nuit durant laquelle ni Sakura ni lui ne firent le moindre cauchemar. Car une étoile jaune veillait sur eux.



Pour la petite anecdote, je me suis rendue compte que les paroles traduisaient parfaitement ce que je voulais transmettre dans ce texte lorsqu'en cherchant un titre j'ai tourné la tête vers mon poster de ONE OK ROCK et que j'ai pensé à la chanson The Beginning ^^

Bref, n'hésitez pas à me faire part de votre avis, d'autant que c'est ma première vraie songfic ^^




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