Entre gris-clair et gris-foncé


Fanfiction Naruto écrite par Rastamilie (Recueil de Rastamilie)
Publiée le 16/07/2007 sur The Way Of Naruto



Petite mise au point… Ceci est une fic UA et OC complet, on aurait du mal à faire pire...
Encore une fic assez sombre et compliquée (ah làlà, mais où est donc passée la spontanéité de mes débuts de fanfickeuse???), je m'excuse d'avance pour les migraines que vous risquez de vous taper! Je précise que je ne suis pas (encore) allée à Tokyo, c'est en préparant mon carnet de voyage que j'ai commencée à m'imaginer ce truc. Certains lieux cités sont réels (faites des recherches sur google pour voir XD), d'autres complètement inventés ou déformés par mon esprit tordu!
Et si vous voulez la suite (ou le peu que j'en ai fait) tout de suite, allez faire un tour sur mon profil, j'y ai mit le lien vers le site où je publie mes histoires en temps normal.



Chapitre 4: Dialogues - première partie



"A la grande surprise du jeune homme, l'Anglais sortit d'une poche de sa veste un revolver chromé, qu'il remit à l'homme chargé de collecter les armes.

-Pourquoi un revolver? demanda le jeune homme.

-Pour m'aider à me fier aux gens. répondit l'Anglais."

Paulo Coelho, "L'Alchimiste"

***

Du cocon noir et tiède, je passe à l'enfer d'un blanc immaculé. La lumière est partout, et en même temps elle n'éclaire nulle part. Et puis de toute façon il n'y a rien à éclairer. C'est vide. Empty. Je ne sais pas pourquoi, mais l'équivalent anglais me paraît plus approprié. Empty. Je retrouve dans ces cinq lettres l'expression exacte de cette pression qu'exerce ce vide sur moi. C'est étouffant. Oppressant. Atroce.

Je ne pouvait rêver pire enfer que celui-ci: solitude, silence, uniformité, vide. Je suis mort, je n'ai plus besoin de respirer. Et pourtant je me sens suffoquer. J'appelle à l'aide, que quelqu'un me sorte de là, mais personne ne répond. Il n'y a même pas d'écho.

Je suis resté ce qui me semblera une éternité dans cette cellule sans sol ni plafond. Je suis passé par le stade du désespoir, de la folie, je me suis apitoyé sur mon sort, j'ai confessé toutes mes fautes les unes après les autres, espérant que cela me permettrai de sortir d'ici. Puis j'ai pleuré, pleuré, pleuré encore. Et puis finalement je me suis refermé sur moi-même, en position fœtale, et je n'ai plus émis aucun son.

Je ne me souviens plus exactement quand j'ai commencé à émerger. Il y avait un petit son électronique en bruit de fond. L'ouïe fût le premier de mes sens qui s'éveilla; cependant j'entendais tout comme si j'avais la tête immergée dans l'eau. Suivit l'odorat. Une odeur de tabac froid… et puis aussi, un léger parfum indéfinissable. Délicat, sensuel, je ne saurai dire si c'était un parfum d'homme ou de femme.

Vint le toucher. Ca a commencé par le ventre. La nausée. De ces nausées qui vous prennent quand vous n'avez pas mangé depuis deux ou trois jours. La bouche. Pâteuse. La langue. Râpeuse. Une fois, j'ai senti qu'on me touchait. Comme des frottements sur mon torse et mes épaules. Le jour où ce fût ma main droite qui s'éveilla, j'ai bougé les doigts faiblement et j'ai senti comme un poids dessus.

Jusqu'à présent, j'ouvrais les yeux mais je ne voyais rien. Mon trop long séjour dans mon enfer blanc avait dû me brûler la rétine. Et puis, un jour, quelques points sombres sont apparus dans mon champ de vision. Ca a mis du temps. Les couleurs sont peu à peu revenues, tout était trouble cependant. Et puis je ne voyais qu'un plafond. J'étais bien incapable de tourner la tête.

Maintenant j'essaye de me concentrer sur mes membres pour essayer de les faire bouger. La main droite. La main gauche. La jambe droite. La jambe gauche. Les orteils, c'est pas encore gagné. Tout comme les doigts. Mes gestes sont encore maladroits.

Mes autres sens reviennent peu à peu à la normale quant à eux. Bizarrement, je n'ai jamais vu personne. Même pas du bruit ou des voix. C'est comme si j'étais seul dans cette sorte de luxueux appartement.

Je ne m'inquiète pas outre mesure. Après tout, je suis mort. Et l'enfer blanc est loin derrière moi. Je passe mon temps à alterner moments de repos et exercices seul dans ce grand lit pour retrouver l'usage de mes membres.

Une sensation douce et tiède contre ma joue me tire de mon sommeil sans rêves. Cela me fait penser à ma mère. Elle me réveillait toujours de cette manière quand j'étais petit. Après tout, peut-être que tout ce que j'ai vécu jusqu'à présent, ma vie à Tokyo, Sakura, mon travail, ce monsieur Uchiwa, mon appartement qui sentais le moisi, ma solitude, mon suicide… Tout ça n'était qu'un mauvais rêve. Je m'appelle Naruto Uzumaki, j'ai dix ans et ma mère est en train de me réveiller pour ne pas que je rate le bus.

J'émets un grognement en bougeant légèrement, signifiant que je ne veux pas me réveiller. Pas tout de suite. La main quitte ma joue et le souvenir du mauvais rêve me revient.

J'ai besoin de cette main réconfortante contre mon visage. Alors je l'attrape à tâtons et la cale contre ma poitrine, à la manière d'un doudou. Je ne dors plus, le rêve se dissipe peu à peu maintenant que cette main réconfortante est là. Ce n'était rien de plus qu'un mauvais rêve…

-Uzumaki-san, réveillez vous.

Le ton est doux, mais cependant teinté d'une pointe d'autorité. Il m'en faut bien plus pour m'arracher de mon lit. Et puis je n'ai jamais aimé l'école. Les autres sont méchants avec moi.

-Non pas encore mam…

Mais soudain je comprend: Cette voix, ce n'est pas celle de ma mère. J'ouvre en grand mes yeux pour tomber sur deux charbons. Des mèches très noires, des yeux en amande, des sourcils fins, un teint très pâle. C'est un jeune homme. La première chose qui m'est venu à l'esprit, c'est qu'il était très beau. La deuxième, c'est qu'il avait un air mélancolique. Qui est-ce? Je le connais, je le sais. Seulement, ma mémoire a du mal à se remettre en marche… Uchiwa. Il s'appelle Uchiwa. Ca y est, je me souviens.

Uchiwa, ce junkie pété de thunes qui me harcèle depuis quelques semaines et qui connaît toute ma vie de A à Z. Ma réaction est instantanée: je le repousse violemment loin de moi et me recroqueville comme un animal blessé et acculé dans le coin du lit le plus éloigné de lui.

Qu'est-ce qu'il fait ici? Qu'est-ce que je fais ici? Je reconnais le mobilier, le papier peint, la vue imprenable sur Tokyo… Je suis dans sa suite à l'hôtel du Park Hyatt. Alors je ne suis pas mort finalement? Mais bon sang, qu'est-ce que je fous ici?!

-Je suis soulagé de voir que vous allez bien, Uzumaki-san. me dit-il dans un léger sourire.

Il fait un pas vers moi et je me tasse encore d'avantage dans l'angle du lit, à la limite du matelas.

-M'approchez-pas! Dégagez, je veux pas vous voir!

-Allons, Uzumaki-san, je ne vous veux pas de mal.

Il s'approche encore. Je recule et tombe du lit. J'ai mal, j'ai peur et je ne sais même pas pourquoi. Mes membres sont encore engourdis. Le temps que je tente un geste pour me relever et il est sur moi. Je me débats du mieux que je peux mais il parvient à m'immobiliser sur le sol en se mettant à califourchon sur moi.

Je tente de me libérer de son emprise un bon moment puis, à bout de souffle, j'abandonne en lui lançant mon regard le plus mauvais.

Lui aussi est à bout de souffle. Malgré mon état d'affaiblissement, il a eu du mal à me maîtriser. Il est petit et maigre et moi, selon les standards Japonais, je suis grand et plutôt lourd.

-Je préfère ça. me dit-il en affichant un sourire satisfait.

-Pourquoi vous m'avez pas laissé crever tranquillement?

Je lui crache cette phrase au visage en y mettant toute l'aversion que je lui porte. Cela ne lui fait ni chaud ni froid cependant. Il se contente de me répondre avec flegme.

-Cela me regarde.

Alors là… Si j'avait été dans mon état normal, je me serait jeté sur lui pour lui casser la gueule. Ce… connard de bourgeois, junkie et alcoolo, ce mec qui s'immisce dans ma vie, qui me sauve alors que j'avais rien demandé, voilà qu'il dit que tout ça c'est pas mes affaires?!

On dit que la colère décuple les forces. Ca doit être vrai puisque soudain j'ai explosé. Sans même avoir eu le temps de m'en rendre compte, j'avais inversé la situation, me retrouvant au dessus de lui et enroulant mes mains autour de son cou, écrasant la peau diaphane entre mes doigts crispés.

Mon corps a bougé tout seul. La peur a laissé place à la rage. Toute l'aversion que je ressens pour ce beau jeune homme qui a tout ce que je n'ai jamais eu et qui me regarde comme si j'étais sa chose…

Il me lance à présent un regard bien différent. Ses yeux charbons deviennent brillants, sa cage thoracique s'élève par saccades. Je devine une lueur de peur dans ses pupilles sombres et j'en tire une gigantesque satisfaction. Jusqu'à présent, c'était lui qui était en position de supériorité. Mais maintenant il se rend compte qu'il n'est en vérité qu'un vulgaire petit insecte que je pourrais écrabouiller entre mes poings. En cet instant il n'est rien. Et moi je suis tout.

Le voir ainsi, faible et effrayé, le fait de sentir littéralement sa vie entre mes doigts... J'ai envie de lui crier "alors, monsieur Uchiwa? Vous l'aviez pas prévu ça, hein? Et c'est qui le plus fort maintenant?" Je sais que si je n’exerçais qu'à peine une pression un peu plus forte sur sa trachée, il ne pourrait plus respirer. Il semble en avoir conscience lui-même puisqu'il commence à se débattre faiblement. Je resserre un peu plus mes doigts autour de son coup. Ses gestes se font plus précipités, plus violents. Mais les coups de genoux qu'il me donne pour me déstabiliser, ses mains fines qui s'agitent et tentent d'atteindre mon visage, me font autant d'effet que des coups d'épées dans l'eau.

Il ne peut plus respirer, sa peau d'un blanc laiteux commence à virer au rouge et il semble me supplier du regard. Je ne peux m'empêcher de ricaner. Monsieur Uchiwa qui me supplie du regard! Ses mains finissent pas s'agripper à mes phalanges dans une ultime tentative pour me repousser…

Et puis soudain je réalise ce que je suis en train de faire… Je suis en train d'étrangler un être humain. Un vrai connard, certes, mais un être humain quand même. Immédiatement, je le relâche et m'effondre sur l'épaisse moquette. Mes forces m'ont quitté aussi vite qu'elle sont venues. Je ne parviens pas à m'expliquer mon geste.

J'ai envie de vomir… J'étais en train de… De sang froid… Et j'en étais satisfait…

Un haut le cœur plus fort que les autres me fait recracher tout ce que j'avais dans le ventre. C'est-à-dire rien. L'odeur âcre de la bile envahit mes narines et le liquide translucide imbibe la moquette. Je n'ai même pas la force de me sortir la tête de cette répugnante flaque que je viens de cracher.

L'autre est encore étalé par terre lui aussi. Il est pris d'une forte quinte de toux et se masse le cou. Une minute. Il aurait suffit d'une seule minute de plus sans air pour qu'il ne meure… J'ai trop honte. Honte de mon geste, honte de moi… Je préfère fermer les yeux et faire semblant de m'être évanoui.

Nous sommes restés très longtemps allongés par terre. J'entendais sa respiration sifflante et erratique reprendre peu à peu un débit plus normal… Et puis je l’entends bouger. Moi je fait toujours semblant de dormir. Je faisais ça quand j'étais petit et que j'avais fait une bêtise. Je fermais les yeux et j'attendais que mon père quitte la pièce et me laisse tranquille. Je me disais que si je ne le voyais pas, lui non plus ne pouvait pas me voir. Même après avoir pris un nombre incalculable de raclées j'y croyais toujours…

-Vous me haïssez, Uzumaki-san. Je le sais bien.

Sa voix est étrange… Presque triste on dirait. J'aurai été à sa place, j'aurai quitté la pièce le plus vite possible. Au lieu de ça, je le sens s'accroupir tout près de moi. Ce mec est vraiment pas net.

-Après tout, je ne peux pas vous en vouloir… On haït bien trop souvent ce que l'on ne connaît pas.

Je n'ai pas ouvert les yeux, je n'ai pas bougé. J'étais bien résolu à ne pas le faire, mais quand j'ai senti sa main écarter de mon front une mèche de cheveux, je n'ai pas pu retenir un geste pour le repousser. Il soupire.

-Bon… Je vais appeler le room service. Vous devez mourir de faim.

Je le sens se lever et j'ouvre les yeux pour le voir quitter la pièce et refermer sans bruits la porte derrière lui. La joue toujours collée à ma propre bile, je ne bouge toujours pas.

Je sens un souffle d'air glacial contre mon dos. La baie vitrée est entr'ouverte et je remarque seulement maintenant je suis vêtu d'un simple pantalon en fine toile blanche.

J'ai froid.

Je suis fatigué.

Le grand lit, avec ses épaisses couvertures, se trouve à un mètre à peine.

Le silence a repris le dessus dans la chambre d'hôtel. Peu à peu, ma respiration s'apaise…

o°o°o°o

Je me suis endormi. Quand je me réveille, la nuit est tombée sur Tokyo. Quelques gratte-ciels, dominant la masse des buildings plus trapus, semblent observer la ville, drapés dans leurs fins nuages de pollution. Je suis de retour dans le grand lit aux draps immaculés. Je n'ai même pas senti qu'on m'y avait remis.

J'entends une voix s'élever du fond de la pièce. Je tourne la tête et vois une fine silhouette se détacher de la pénombre. Encore lui. Toujours lui.

Cette fois cependant, je ne ressens plus la peur panique qui m'avait pris à la gorge lors de mon premier réveil. C'est peut-être le fait qu'il soit assis à l'autre bout de la pièce et qu'il soit en train de lire un livre à voix haute.

Une voix calme, pleine de douceur et de mélancolie. Il a ramené ses mèches de jais derrière ses oreilles et je peux distinguer ses yeux en amande parcourir les pages. A l'école, je n'ai jamais été bon pour les lectures à voix haute. Je mâche les mots, je lis les symboles trop vite… Lui a une très bonne intonation et détache distinctement chaque syllabe. Il bouge si bien les lèvres que je pourrais sans peine lire dessus.

-… "Que le petit prince, ayant longtemps marché à travers les sables, les rocs et les neiges, découvrit enfin une route. Et les routes vont toutes chez les hommes.
-Bonjour, dit-il.
C'était un jardin fleuri de roses.
-Bonjour, dirent les roses.
Le petit prince les regarda. Elles ressemblaient toutes à sa fleur.
-Qui êtes-vous? leur demanda t-il, stupéfait.
-Nous sommes des roses, dirent les roses.
-Ah! fit le petit prince…
Et il se sentit très malheureux. Sa fleur lui avait raconté qu'elle était seule de son espèce dans l'univers. Et voici qu'il en était cinq mille, toutes semblables, dans un seul jardin!"
Bonsoir, Uzumaki-san.

Je sursaute en l'entendant m'interpeller. Je crois bien que je m'étais perdu dans sa lecture. C'est une jolie histoire, je ne l'avais jamais entendue auparavant. Il referme son livre et le pose sur une table basse à proximité avant de prendre une grande rasade se saké à même la bouteille. Et puis il se lève et viens s'asseoir au pied du grand lit dans lequel je suis étendu. Instinctivement, je ramène mes jambes vers moi.

-C'était quoi? Votre livre je veux dire.

-Un conte écrit par un Français. Antoine de Saint Exupéry. C'est l'histoire d'une drôle de rencontre entre un aviateur échoué dans le Sahara et un petit prince amoureux d'une fleur.

Un énorme silence s'installe entre nous deux. Il ne me dévisage plus comme avant. Il ne me regarde même plus d'ailleurs. Désormais, ses yeux charbons sont perdus dans une contemplation silencieuse de la ville en contrebas. Je le comprend et ne le déplore pas. Après tout, cet après-midi même j'ai essayé de l'étrangler.

Le souvenir de mon acte ramène à moi la nausée. Je me sens mal à l'aise ici. Même si tout semble paisible, même si il ne me regarde plus, même si il ne semble plus vouloir tenter de m'approcher. J'ai envie de lui demander de me ramener chez moi, mais je n'ose pas rompre ce semblant de calme. Il soupire puis, sans quitter des yeux la fenêtre, il se met à dire dans un murmure presque inaudible:

-J'ai été un véritable imbécile. Je m'en excuse. Après tout, c'est de ma faute si vous êtes mort, Uzumaki-san.

-Mais je ne suis pas mort.

-Si vous êtes morts.

-Si j'étais mort, je ne serais pas ici. Vous êtes encore ivre.

-Je ne serais jamais assez ivre, ou drogué, pour ne plus rien savoir.

Je ne comprends pas ce qu'il me dit. Et puis je ne sais même pas si j'ai vraiment envie de comprendre. Tout ce que je sais, c'est que je n'ai pas envie de rester ici. Après ce que j'ai fait cet après midi, je commence à avoir plus peur de moi que de lui.

-Je veux rentrer chez moi.

Il ne répond pas. A la place, il saute à bas du lit et vas chercher un plateau posé sur la même table basse sur laquelle repose le mince livre dont il a lu un passage tout à l'heure.

Avec des gestes lents, il pose le plateau sur la table de chevet. Ses yeux ne se sont toujours pas posés sur moi.

-C'est un assortiment. J'ai demandé du foid, je ne savais pas quand vous vous réveilleriez.

-Je veux rentrer chez moi. répétais-je.

Il commence à s'affairer, enlevant la cellophane sur les barquettes de sushi, déballant les baguettes à usage unique, débouchant les fioles de sauce.

-J'espère qu'il y en aura suffisamment. Si vous avez encore faim, dites-le moi. J'en commanderais d'autres.

Il m'énerve… J'attrape son bras dans un geste nerveux et répète une nouvelle fois d'une voix forte que je veux rentrer chez moi. C'est la première fois que je l’entends bégayer. Il tente faiblement de se dégager, mais je ne lâche pas prise. Cette fois j'en suis sûr: il évite mon regard.

-U… Ukumaki-san… Vous me faites mal… Vous ne pouvez pas rentrer chez vous.

-Ah ouais? Et pourquoi?

-Lâchez moi s'il vous plaît.

-Non! Je veux savoir!

-TU ME FAIS MAL NARUTO!

Sous le choc, j'ai lâché prise. Il a crié d'une voix aiguë, limite hystérique. Et maintenant il est retourné se réfugier sur le canapé et avale à grandes gorgées l'alcool que contient sa bouteille. Je ne comprends pas sa réaction. J'ai serré son bras, mais pas si fort que ça… Je dois l'avouer, ça me fait un choc de le voir perdre son sang froid pour si peu.

-Pourquoi vous dites que je peux pas rentrer chez moi?

-Je vous l'ai dit, vous êtes mort.

Là, il commence vraiment à m'énerver…

-Bordel mais non je ne suis pas mort! Vous êtes bien placé pour le savoir en plus! C'est qui qui était à deux doigts de vous tuer tout à l'heure?

-Oui mais… Votre appartement a été re-loué, vous n'avez plus de travail, plus d'argent, et puis tout le monde… Vous ne pouvez pas partir.

Il a prononcé sa dernière phrase presque à la manière d'une supplication. Replié sur lui-même, serrant sa bouteille contre son ventre, ses cheveux voilant son visage, on dirait presque un gosse. J'ai peur de comprendre ses paroles, et c'est avec appréhension que je lui pose la question suivante:

-J'ai dormi combien de temps?

-Les sakuras commencent à fleurir…

Hein? A Tokyo, les sakuras s'éveillent fin Mars alors… Non, ce n'est pas possible… On était début décembre… Je n'ai pas pu dormir aussi longtemps! C'est absolument impossible de rester quatre mois dans le coma sans perfusions et assistance médicale! Mon regard se tourne de nouveau vers la baie vitrée, mais il n'y a rien dans l'obscurité de la ville pouvant m'aider à deviner la saison.

-Je ne vous crois pas.

-Dès que quelque chose bouscule un peu votre logique, vous refusez tout en bloc de toute façon.

Il s'allume une cigarette et l'odeur du tabac emplit la pièce spacieuse, le cachant à moitié derrière un mince écran de fumée. Un bras enroulé autour de ses jambes, le menton posé sur ses genoux, ses cheveux mi longs en bataille cachant la moitié supérieure de son visage… On dirait un gamin qui boude.

-Pourquoi est-ce que vous me retenez ici?

-Je ne vous retiens pas. Vous êtes libre de partir si vous voulez. Je vous demande ça comme un service.

-Bon. Alors pourquoi vous voulez que je reste?

-Parce que j'ai fait une connerie.

Première grossièreté que j'entends sortir de sa bouche. Ca fait bizarre…

-Alors maintenant vous voulez jouer les mère-Thérèsa parce que vous avez pas la conscience tranquille?

-En schématisant bien, vous brûlez.

-J'ai pas envie de jouer aux devinettes. dis-je d'un ton nerveux.

-Alors ne posez plus de questions et mangez. me répond-t-il, agacé.

Je regarde le plateau plein de sushi. Bon, c'est vrai que j'ai faim. Mais si j'accepte de manger, après je lui devrai quelque chose. Déjà que je lui dois la vie alors que je m'en serait bien passé… Mais j'ai faim. Très faim. Je regarde alternativement ce monsieur Uchiwa qui fume toujours sa cigarette en fixant le mur d'en face, puis les sushi, puis lui, les sushi, lui, les sushi, et puis je soupire et prends les baguettes.

A peine ais-je entamé goulûment mon repas qu'il se lève et se dirige vers la porte.

-Vous allez où?

-Maintenant que je sais que vous vous nourrissez, je suis plus tranquille.

-C'est pas une réponse ça.

-Depuis quand mon existence vous intéresse?

-…

Comme je ne trouve rien à répondre, je préfère me taire et continuer à engloutir mon dîner, tout en continuant à l'observer du coin de l'œil. Il hausse les épaules et sors en laissant derrière lui l'odeur de sa cigarette.

J'ai envie de fumer.

Tant pis, j'attendrai qu'il revienne.

J'ai attendu pas mal de temps. Au bout de plusieurs heures, j'ai fini par me rendormir. A mon réveil, il n'était pas là. J'ai encore attendu. Et puis j'en ai eu marre d'attendre, alors j'ai essayé de me lever. Sauf que mes jambes n'ont pas supporté mon poids, alors je me suis retrouvé comme un con, le visage écrasé contre la moquette, à essayer de me relever.

Je ne sais pas pourquoi, mais mes jambes, et à moindre échelle mes bras, sont en cotton. Comme quand on vient d'avoir des fourmis et que le sang recommence à circuler. C'est à la limite entre la douleur et le chatouillement, et c'est franchement insupportable.

Au bout d'un bon moment, je parviens enfin à me mettre en position debout en me tenant franchement à la table de chevet. Tiens, justement, il y a un téléphone sur la table de chevet, avec un papier à côté.

"Chers clients, avant de composer un numéro extérieur composez le 0.
Pour joindre la réception, composez le 1.
Pour le room service, composez le 2.
Pour tout problème d'entretient, composez le 3."

Je me rassois au bord du lit et compose le 1. Le réceptionniste décroche quasiment tout de suite.

-Oui, ici la réception, que puis-je pour votre service?

-Heu… dis-je très intelligemment. Monsieur Uchiwa est parti quand?

-Hier, tard dans la soirée, monsieur.

-Et il a dit quand il reviendrait?

-Non monsieur. Monsieur Uchiwa ne nous dit jamais rien vous savez.

-Ah, ok. Ben merci.

-Je vous en prie, monsieur.

J'ai à peine raccroché qu'un truc me vient à l'esprit. Je redécroche et appuie sur le même numéro.

-La réception, que puis-je pour votre service?

-Ouais, c'est encore moi. Vous pourriez me dire c'est quoi le prénom de monsieur Uchiwa?

-Attendez un instant je vous prie… Je suis désolé monsieur, sur son dossier, il est simplement inscrit "Uchiwa S.".

-Tant pis alors. Désolé pour le dérangement.

-Je suis au service de monsieur.

Je repose le combiné. Ces réceptionnistes, ils sont encore plus polis qu'un pur Japonais bien éduqué, ce qui n'est pas peu dire… Bon, je vais re-tenter de marcher. Dans le salon, il doit forcément y avoir un paquet de cigarettes… Si j’arrive à m’y rendre.



Ca coupe un peu brutalement et je m'en excuse, mais ce chapitre là était vraiment long et je ne savait pas vraiment où l'arrêter.
Alors j'anticipe parce qu'on m'a déjà fait la remarque sur ff.net, oui Sasuke c'est bien présenté à Naruto au premier chapitre, mais bon, Naruto étant Naruto, il avait oublié son prénom. Ca c'est fait...

Ensuite j'ai appelé ce chapitre "dialogues" car je suis en train de me refaire l'intégrale d'Amélie Nothomb - qui d'allieurs se définit elle même comme une "dialoguiste" et non pas comme une écrivaine. Bref, tout ça pour dire que forcément mes lecture m'ayant inspiré, j'avait envie de tester un peu l'écriture d'un chapitre reposant essentiellement sur le dialogue, alors qu'en temps normal je suis beaucoup plus à l'aise dans la narration...

Bon ben j'espère que mon histoire vous plaît, que je ne vous fait pas trop fumer et ne vous donne pas trop mal à la tête xD